Un peu d'histoire sur les manufactures au 17e et 18e siècle

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Un peu d'histoire sur les manufactures au 17e et 18e siècle Empty Un peu d'histoire sur les manufactures au 17e et 18e siècle

Message  Conservateur le Jeu 17 Déc 2020, 21:42

Divers mémoires et rapports sur les manufactures de Maubeuge, Charleville, Saint-Etienne, etc du début du 18e à la période révolutionnaire, détails très intéressants à bien des égards... (Attention textes denses !!)

Mémoire, Juillet 1762
La dernière guerre ayant pour ainsi dire épuisé les magasins d'artillerie des fusils du dernier modèle à l'usage des troupes dont ils étaient approvisionnés on s'est occupé à la paix du soin d'en faire le remplacement, mais le peu de secours fourni par la finance n'a pas permis de faire fabriquer une quantité suffisante de fusils, en sorte que lors de l'évènement de la présente guerre on s'est trouvé dans l'obligation d'augmenter le travail des manufactures pour être en état de fournir l'armement des troupes de nouvelle levée, a celui des augmentations survenues dans les anciennes troupes sur pied et aux remplacements dont elles avaient d'ailleurs besoin pour entrer en campagne.
Il a paru alors que pour exciter l'émulation des entrepreneurs le plus sur moyen était de leur demander de faire fabriquer la plus grande quantité de fusils qu'il était possible en leur promettant des payements réguliers, sans cependant leur passer de nouveaux marchés qui auraient pu gêner leur travail, et qu'ils ont eu la liberté d'étendre.
En 1750, le prix du fusil de soldat non compris celui des bayonnettes qui se fabriquent à la manufacture d'armes blanches d'Alsace était fixé, savoir :
A St Etienne : 12,15
Charleville et Maubeuge : 13
En 1754, il a été fait quelques changements et augmentations au fusil de soldat tendant a plus de solidité et de perfection ce qui a donné lieu après bien des représentations de la part des entrepreneurs et de l'avis des inspecteurs des manufactures d'en augmenter le prix, savoir de 20 à St Eteinne et de 15 à Charleville et Maubeuge en sorte qu'il a été également porté dans ces trois manufactures a 13, 15
mais comme on a encore depuis quelques années exigé plus de soins et de solidité dans la fabrication des armes, les entrepreneurs ont représenté qu'ils n'avaient pu se dispenser d'accorder aux ouvriers quelques augmentations sur une partie des pièces qui entrent dans la composition du fusil et ils n'ont pas cessé de demander que le prix en soit augmenté et de leur accorder aussi des passeports pour exemple du payement de tous droits les matières qui entrent dans la fabrication de l'arme, soit qu'il a les ... de l'étranger ou de l'intérieur du Royaume.
L'augmentation demandée en dernier lieu par ces entrepreneurs sur le prix du fusil est :
Par ceux de St Etienne de 3
Par ceux de Charleville de 2
et de Maubeuge de 3.
Les motifs sur lesquels ils fondent leurs demandes sont :
qu'ils s'en faut de beaucoup que le fusil de soldat ait été porté en 1754 à sa juste valeur, que depuis l'année 1750, et même antérieurement les matières qui entrent dans la fabrication des armes et surtout le fer qui en fait la principale partie, sont considérablement augmentées, que depuis cette année ces matières ont encore été portées à son plus haut prix, et que le nouvel impôt de 5 sols pour livre sur ces mêmes matières, joint à la retenue de 2 (?) pour livre d'augmentation affectée à l'école royale militaire est un surcroit de charge pour eux.
Que d'un autre côté les ordres précis qui ont été donnés de rebuter en général tous les canons de fusils auxquels on reconnait le moindre défaut après la seconde épreuve, sans qu'ils puissent être réparés, ainsi qu'il se pratiquait avant, leur occasionne une nouvelle perte.
Et qu'enfin les établissements considérables de leurs manufactures, les réparations annuelles des bâtiments et usines qui les composent, les frais de régie, les appointements de leurs employés, les intérêts tant de leurs emprunts que des sommes assez considérables qui leur sont dues par le roi et par les troupes et les autres différentes dépenses qu'entraine leur entreprise, bien loin de leur laisser aucun bénéfice sur leur fourniture, les mettent dans la dure nécessité d'y perdre.
Pour parvenir à connaitre autant qu'il est possible si les demandes des entrepreneurs sont fondées, on a pris le parti de consulter quelques uns de Mr les inspecteurs généraux de l'artillerie et les inspecteurs particuliers des manufactures. En conséquence ils ont été chargés de prendre les renseignements les plus particuliers sur le prix auquel revient le fusil aux entrepreneurs dans chaque manufacture et de donner à cet égard tous les éclaircissements possibles.
 
Manufacture de Saint-Etienne :
Mr Guyot de Guiran, maréchal de camp, l'un des inspecteurs généraux de l'artillerie qui a visité la manufacture de St Etienne et qui y est entré dans les plus grands détails concernant la fabrication des armes, marque que le fusil de soldat revient aux entrepreneurs à 12 livres 1 sol et 7 deniers.
En sorte qu'en apparence ils y trouvent un bénéfice de 1 livre 13 sols et 5 deniers. Total pareil au prix du fusil : 13 livres 15 sols.
Mais il observe que ce bénéfice qui parait assez considérable, est en partie absorbé par le retard des payements des sommes qui sont accordées aux entrepreneurs, par leurs emprunts, les intérêts des sommes qui leurs sont dues, leurs frais de voyage, les approvisionnements de bois de noyer et autres matières qu'ils sont tenus de se procurer quatre ou cinq années avant de les employer et les rebuts qui s'y trouvent lorsqu'il est question de les mettre en oeuvre.
Il ajoute qu'il est essentiel d'obliger les entrepreneurs à se pourvoir de fer de la forge de Betfort en Alsace et de le fournir aux ouvriers mais qu'il coutera plus cher que celui de Franche Comté dont on fait usage, ce qui leur occasionnera un surcroit de dépense, qu'ils ne pourront supporter sans égard à l'augmentation de prix qu'il parait d'ailleurs juste de leur accorder.
Mr de St Hilaire inspecteur particulier de cette manufacture marque de son côté que le prix du fusil de soldat revient aux entrepreneurs à 12 livres et 3 sols, en sorte qu'ils y trouvent un bénéfice apparent de 1 livre 12 sols, total pareil aux prix du fusil : 13 livres 15 sols.
Mr de St hilaire sans entrer dans les mêmes détails que Mr de Guyol sur les dépenses qu'entraine la fabrication des armes, observe seulement que le retard des payements et les autres charges des entrepreneurs diminuent ce bénéfice apparent. Il conclut par représenter qu'il lui parait convenable d'accorder à ces entrepreneurs une augmentation de 20 sols par fusil dont il estime que la principale portion doit être repartie aux ouvriers par augmentation sur quelques vues des pièces qui entrent dans la composition de l'arme.
 
Manufacture de Charleville :
Mr de Montbeillard, inspecteur de cette manufacture marque que si les entrepreneurs essuient des retards sur leurs payements et s'il leur en coute des escomptes sur les effets qui leur sont donnés en payement à longues échéances, il s'en suit une perte réelle pour eux, qu'en conséquence ils se trouvent obligés de faire leurs approvisionnements à contre temps et dans le cas de faire des emprunts pour remplir le service dont ils sont chargés.
Que par ces raisons il est presque impossible de déterminer au juste le prix du fusil, que pour en approcher de près il faudrait que les fournitures fussent toujours égales, les durées ou matières à des prix constants, connaitre la valeur exacte de leurs fonds, de leurs bâtiments, forges, usines et approvisionnements, en distinguant les bois, fers et autres matières, soit de bon service ou que l'on pourrait se trouver dans le cas de rebuter par rapport à leur mauvaise qualité ou à leurs défauts.
Suivant l'état que Mr de Montbeillard a joint à sa valeur du 25 mars dernier, les différentes pièces qui entrent dans la composition du fusil et les autres dépenses qui y sont relatives, il revient aux entrepreneurs à  : 12 livres 18 sols et 5 deniers, en sorte que leur bénéfice apparent est de 16 sols et 7 deniers. Total pareil au prix du fusil est de 13 livres 15 sols.
Mr de Montbeillard observe cependant que les bois venant a augmenter comme il y a lieu de le craindre, ce bénéfice de 16 sols et 7 deniers sera diminué, que d'un autre côté si le fond de la manufacture et les approvisionnements des entrepreneurs sont seulement de 600 mille livres comme ils le prétendent, au lieu de 300 mille auxquels il les a évalués, il en doit résulter une diminution de bénéfice de 12 sols par fusil, ce qui l'absorberait pour ainsi dire en entier. Encore faudrait-il qu'ils fussent assurés d'une fourniture de 25 mil fusils au moins par année, car si elle se trouvait réduite à 12 ou 15 mil, ce qui peut arriver surtout en temps de paix, alors une partie de leur charge étant les mêmes pour une médiocre fourniture que pour une plus considérable, ils demeuraient en perte réelle.
Mr de Montbeillard ajoute que dans le prix coutant du fusil apprécié à 12 livres 18 sols 5 deniers ne sont point compris les intérêts des sommes dues aux entrepreneurs par le roy et les troupes, l'escompte des effets qui leur sont donnés en payement à longues échéances, les petites pensions alimentaires qu'ils sont dans le cas de faire à de vieux ouvriers infirmes, ni les gratifications qu'ils accordent aux meilleurs ouvriers pour exciter l'émulation.
Il laisse enfin au ministre a décider de l'augmentation qu'il jugera a propos d'accorder aux entrepreneurs sur le fusil de soldat pour leur donner moyen de se soutenir.
 
Manufacture de Maubeuge :
Mr Geoffroy de Flevy ci devant inspecteur de la manufacture de Maubeuge sans entrer dans les mêmes détails que Mr de Montbeillard, ni mettre en considération les dépenses ordinaires et extraordinaires qu'entraine une manufacture marque que suivant le prix des matières qui entrent dans la fabrication du fusil et ceux de la main d'oeuvre payée aux ouvriers, il revient à l'entrepreneur aux prix coutant à 10 livres 8 sols et 9 deniers. Mais il représente qu'il est indispensable d'accorder aux ouvriers une augmentation sur le prix de la main d'oeuvre de quelques pièces du fusil qu'il apprécie à 8 sols 9 deniers. En sorte que le déboursé de l'entrepreneur sera porté à 10 livres 17 sols et 6 deniers.
Il ajoute que l'entretien des bâtiments et usines de la manufacture, la réparation des réservoirs et canaux, la fourniture des meules et gros outils, la retenue des 6 deniers par livre et autres frais sont à la charge de l'entrepreneur, mais il n'en fait aucune appréciation sur le prix de l'arme.
Le sieur Darets entrepreneur de la manufacture représente qu'elle a été établie avec l'agrément du roy il y a 62 ans par son ayeul, qu'en l'état ou elle est à présent avec des dépendances elle fait un objet d'environ 300 mille livres qui ne produit aucun intérêt ; que feu son père a sacrifié quatre vingt mille livres du bien de son épouse actuellement vivante et la plus grande partie du sien pour soutenir cette manufacture dans des temps difficiles et attendre le payement de plus de 200 m a qui lui étaient dues par sa Majesté.
Il observe qu'on avait flatté feu son père de lui accorder les intérêts de cette somme de 200 m dont il était alors en avance sur ses fournitures à compter de l'année 1754 jusqu'au parfait payement, ainsi qu'il en a été usé en faveur des entrepreneurs de la manufacture de Charleville qui cependant se trouvaient dans un cas moins favorable que lui ; que si la même grâce ne lui a pas été octroyée, ce n'a été que parce qu'il n'avait personne à la Cour qui sollicita en sa faveur et qu'étant seul, il était forcé de se tenir à sa manufacture ou sa présence était nécessaire pour en suivre le travail.
Le sieur Darets ajoute que précédemment il lui était permis de faire réparer les canons de fusils auxquels il avait été reconnu quelques légers défauts après la seconde épreuve, mais que l'ordre donné depuis quelques temps de les rebuter lui fait un tort considérable, dégoute les ouvriers auxquels il n'est pas en état de payer la main d'oeuvre de ces canons et par cette raison fera abandonner leur travail.
Il observe enfin qu'il lui sera de toute impossibilité de soutenir sa manufacture si l'augmentation de 3 livres par fusil qu'il demande ne lui est pas accordée.
Mr de Morey, maréchal de camp, inspecteur général de l'artillerie qui a été consulté sur les demandes du sieur Darets observe qu'il a reconnu que le fusil de soldat lui revient a quelque petite chose de plus qu'à Charleville par rapport au bois de noyer qui lui coute plus cher et qu'il lui parait juste de lui accorder une augmentation sur le prix du fusil de soldat mais que la demande qu'il fait de porter cette augmentation à 3 livres est excessive.
On croit pouvoir dire que quoique Mr Geoffroy de Flevy ne porte le prix coutant du fusil de Maubeuge qu'à 15 livres 17 sols et 6 deniers compris l'augmentation qu'il demande d'accorder à l'ouvrier il revient à l'entrepreneur a quelque chose de plus qu'à Charleville, dont Mr de Montbeillard, qui a approfondi la matière, évalue les déboursés à 12 livres 18 sols et 5 deniers.
Par les raisons ci devant détaillées, il parait de toute justice et même indispensable d'accorder aux entrepreneurs des manufactures à commencer de cette année une augmentation sur le prix du fusil de soldat qu'ils sollicitent depuis longtemps à de biens justes titres et qu'en leur assurant des payements réguliers mois par mois proportionnés aux fournitures dont ils seront chargés. Cette augmentation peut être seulement portée pour St Etienne à ... et pour Charleville et Maubeuge à cette différence de prix qui a eu lieu pendant plus de trente ans jusqu'en 1750, est motivée sur les établissements considérables de ces deux dernières manufactures auxquelles les entrepreneurs ont employé de gros fonds sur ce qu'ils sont obligés de tirer de l'étranger une partie de leurs matières, entre autre le charbon de pierre que les premiers trouvent aux portes de St Etienne.
Il est à considérer que cette augmentation du prix de l'arme ne demeurera dans la suite que pour la moindre partie à la charge de Sa Majesté par la raison que lorsqu'il sera délivré des fusils aux troupes d'infanterie des magasins du roy, elles les payeront au même prix qui sera accordé aux entrepreneurs et que Sa majesté en fera seulement les avances pour en approvisionner ses arsenaux.
Il parait encore convenable d'accorder aux entrepreneurs des passeports pour exemptes de payement des droits les fers nécessaires pour la fabrication des armes afin qu'ils n'ayent point de prétexte pour se dispenser de les tirer des forges qui leur sont indiquées.
On croit devoir ajouter qu'il parait juste d'accorder en particulier au sieur Darets et à sa famille un dédommagement pour leur tenir lieu des intérêts de la somme d'environ 200 mille livres dont leur père a été en avance pendant plusieurs années puisque cette même grâce a été accordée par une décision du roy aux entrepreneurs de Charleville dont l'objet s'est monté à 83 251 livres. Que le sieur Darets se trouvait alors dans un cas plus favorable qu'eux puisqu'il a sacrifié la plus grande partie de son bien et celui de sa femme pour soutenir sa manufacture, qu'il était d'ailleurs seul sans autre ressource et que les entrepreneurs de Charleville étaient en grand nombre et dans une situation bien moins fâcheuse.
On estime que les dédommagements qu'il convient d'accorder au sieur Darets et à sa famille peut être fixé à ... et qu'il sera encore très inférieur aux intérêts que leur père avait lieu de prétendre.
Monseigneur est supplié de faire connaitre ses intentions sur les différents objets contenus dans ce mémoire qui se réduisent à trois points principaux :
à l'augmentation du prix du fusil de soldat
à l'exemption des droits sur les fers nécessaires à leur fabrication
et au dédommagement à accorder au sieur Darets.
 
Détail du prix du fusil que le roy a agréé dont le model scellé du cachet de monsegneur Chamillart sera remis a ceux qui ont l'inspection des armes tant à Paris qu'à Lion et Charleville.
Fusil
Prix qui se paye aux ouvriers
Canon compris la première épreuve 4 livres 10 sols
achevage et polissage 4 sols
la platine 1 livre 15 sols
Bois et montage 1 livre 13 sols
équipage et achevage 16 sols
Seconde épreuve 2 sols et 6 deniers
Les deux anneaux, façon de grenadiers 8 sols
Total : 9 livres 8 sols et 6 deniers
Commissions de St Etienne : 9 sols
Pour encaissage et emballage, voitures, provisions des commissionnaires de Roanne et Orléans, faux frais de rupture qui se fait aux armes : 1 livre et 5 sols
Trois deniers des Invalides : 3 sols 6 deniers
Total : 11 livres 6 sols
Le sieur Titon nommé dans les marchés précédés s'est engagé de fournir dorénavant les fusils de soldat rendus à Lion à 13 livres chacun, et à 13 livres 10 sols ceux rendus à Paris, dont il y aura 9 livres 8 sols 6 deniers pour les ouvriers qui les auront fabriqués.
Conformément au détail cu dessus transcrit, et le surplus sera pour les frais de commission d'emballage, de magasin, entretien, interets des avances, peines et soins du sieur Titon, ce qui a été accordé par Monsegneur Chamillard au nom de Sa Majesté, avec faculté à Titon de faire travailler seul dans les manufactures de St Etienne et Charleville comme cela s'est fait dans l'établissement du magasin royal, à condition néanmoins d'avoir toujours pendant la guerre trente mil fusils et douze mil pendant la paix à commencer du 1er avril de l'année prochaine pour l'armement de ses troupes qu'il remplacera dans les magasins, à mesure qu'il en livrera. Le prix des autres armes se substituant comme il a été réglé par le premier marché. Fait à Versailles le onze avril 1702
Signé Chamillard et Titon
 
 
Tableau des prix du modèle de 1774; considéré seulement pour les ouvriers, savoir :
Aux canonniers 4 livres
Aux garnisseurs 10 sols 6 deniers
Aux foreurs, 5 sols 3 deniers
A l'émouleur 3 sols
Total : 4 livres 18 sols et 9 deniers.
Il existe encore d'autres petits frais pour le canon qui seront les mêmes pour le modèle de 1777 comme pour celui de 1774.
 
Platine : aux forgerons : 3 livres
Il existe encore d'autres petits frais pour la platine qui seront aussi les mêmes pour le modèle 1777 comme pour celui de 1774.
Baguette :
Aux forgerons : 13 sols 6 deniers
Aux émouleurs : 2 sols 6 deniers
Aux limeurs, et tourneurs de tête 9 sols
Total : 16 sols 9 deniers
Il existe encore d'autres petits frais pour les baguettes qui seront aussi les mêmes pour le modèle de 1777 comme pour celui de 1774
 
Pièces de garnitures :
Sous garde : 6 sols
Plaque : 7 sols 6 deniers
Embouchoir : 9 sols
Grenadière : 6 sols 3 deniers
Battant : 2 sols 3 deniers
Capucine : 3 sols 9 deniers
Portevis : 1 sol 3 deniers
Ecusson : 4 sols 6 deniers
Détente : 1 sol 3 denier
Ressort de baguette : 1 sol 9 deniers
Ressort de bayonnette : 1 sol 9 deniers
Total : 2 livres 5 sols et 3 deniers
 
Bois de noyer : 1 livre 3 sols
 
Main d'oeuvre équipeur monteur : 2 livres 8 sols
 
Examen des raisons qui nous ont semblé nécessiter l'augmentation ci-dessus pour certaines parties du modèle de 1777 :
 
Canonnier : Nous avons projeté de donner 5 sols d'augmentation au canonnier avec lequel nous n'avons point encore fait de prix, quoique nous ayons déjà plus de douze cent canons de forgés.
Et la raison que nous avons de cette augmentation, c'est l'assujettissement où nous devons actuellement tenir cet ouvrier de forger plus serré, et de ne souder ces bonnes chaudes que sur le point précis où la broche n'a que 6 lignes, ce qui exige plus d'attention, de travail, et même un peu plus de manière dans la lame à canon.
D'ailleurs cet ouvrier est exposé à essuyer beaucoup de pertes dans son ouvrage et comme c'est lui qui est l'ame de la manufacture, il faut au contraire de ce qu'on a fait jusqu'à présent, tacher d'améliorer un peu son état.
Garnisseur :
Nous avons projeté aussi de donner au garnisseur 3 sols d'augmentation :
1/ à cause du tenon d'embouchoir ou croissant qui est plus difficile à ajuster par sa forme et sa position
2/ à cause de la lumière du canon qui devra se percer de bas en haut, ce qui forçant l'ouvrier de tenir son poinçon obliquement sera cause qu'il en cassera beaucoup, ainsi que nous l'avons déjà éprouvé.
3/ à cause du bouton de culasse qu'il doit forger plus gros, du pas de vis qui est plus serré et plus profond, ce qui rend le bouton de culasse plus difficile à faire, ainsi que le taraudage des canons : ces deux derniers objets obligeront encore le garnisseur de renouveler souvent ses taraudes et ses filières.
 
Foreur :
Nous devons donner aussi au foreur deux liards d'augmentation, à cause du travail qu'il a de plus, pour former au tonnerre du canon la boite d'évasement prescrite pour en préparer le taraudage, et parce qu'il convient aussi de lui tenir compte de la fabrication, et de l'entretien des outils nécessaires à cette opération.
 
Emouleur :
Nous projetons encore de donner aussi à l'émouleur 400 deniers d'augmentation, parce qu'il sera assujetti scrupuleusement aux proportions ordonnées pour le canon, et dans lesquelles il ne se maintiendra qu'en travaillant avec beaucoup de précaution et en présentant souvent son calibre, ce qui lui prendra beaucoup de temps.
 
Platines :
La platine du nouveau modèle comparée avec celle de 1774 présente pour la forge plusieurs différences qui augmentent la matière et enchérissent le travail du forgeron.
Le corps de platine étant plus épais notre échantillon de fer ordinaire pour cette partie s'est trouvé trop faible, et nous avons été obligés d'en fendre de plus forts.
Il en est de même pour les chiens dont les reins et la sous gorge se trouvent aussi plus larges et plus épais.
La noix se trouve également plus forte que celle du modèle de 1774 et nos anciens moulins n'ayant pu servir, nous avons été obligés d'en faire faire d'autres.
L'angle de la batterie est un objet difficile pour la forge, et il causera souvent la perte de cette pièce, jusqu'à ce que les platineurs en aient pris l'habitude.
La pièce de pouce de la batterie, inusitée jusqu'alors, est entrée aussi pour quelques chose dans les objections du forgeron de platines.
Mais le limeur en fait un objet considérable de difficultés, en disant qu'il ne lui fallait qu'un coup de lime pour achever la face de batterie de 1774 et qu'il lui en faut ici plusieurs.
Il fait aussi la même objection pour le rempart et le bassinet, qui n'étant plus dans les mêmes plans, ne peuvent plus comme précédemment s'achever du même coup de lime.
Le limeur, remontre encore une difficulté très assujettissante dans la batterie, c'est d'être obligé de faire attention à percer toujours les trous du pied de batterie dans le même point, le bassinet de cuivre et sa bride ne pouvant plus varier.
La pente, les arrondissements et le bombage de la batterie sont encore des assujettissements pénibles pou le limeur.
Le fraiseur de la vis du bassinet au modèle de 1774 se faisait conique, dans le nouveau modèle elle est ... et avec une embase pour la soutenir au collet, par conséquent travail et difficulté de plus.
Au bas de la crête derrière la mâchoire inférieure, il y a encore un évidement qui interrompt le coup de lime, et qui ralentit par conséquent le travail de l'ouvrier.
Toutes ces difficultés bien considérées et débattues avec les platineurs, nous avons cru ne pouvoir nous dispenser de donner pour la forge et la lime de la platine du nouveau modèle, dix sols trois deniers d'augmentation sur la platine de 1774 nonobstant le petit profit que fait le forgeron sur le bassinet de forge qu'ile ne fournit plus.
Quant au bassinet de cuivre que l'on donne aux platineurs, nous en avons discuté le prix avec le fondeur, et après l'examen le plus scrupuleux, nous sommes tombés d'accord avec lui de lui payer six sols pièce.
Ce qui joint à 10 sols 3 deniers ci-dessus donne un prix de 16 sols 3 deniers d'augmentation par platine.
Ces trois deniers font accordés pour la noix, parce que comme nous l'avons observé ci-dessus, elle est plus forte que celle de 1774.
 
Baguette :
La fabrication de la baguette pour le nouveau modèle, étant à peu près la même que pour celui de 1774 nous n'avons pas jugé à propos de faire aucun changement dans les prix de cette partie.
 
Garnitures :
Sous garde et écusson
Indépendamment des difficultés qui présente l'écusson du modèle de 1774 pour la forge, il faut encore pour l'écusson du nouveau modèle que le forgeron réserve une épaisseur suffisante de fer pour former la plate forme dans laquelle se loge la bascule de la sous-garde.
Il faut aussi qu'il réserve l'épaisseur de fer qu'exige l'emplacement des doigts du tireur, et les arrondissements nécessaires pour former cet emplacement.
Quant à la sous-garde du nouveau modèle comparée avec celle du modèle de 1774 elle n'exige de plus pour la forge que le soin de réserver au noeud de derrière la quantité de fer suffisante pour former la bascule.
Mais les plus grandes difficultés de ces deux pièces sont dans la lime, à cause de l'ajustage qui ne peut être trop parfait pour leur union puisqu'au moyen de la bascule, ces deux pièces ne doivent plus en faire qu'une lorsqu'elles sont super l'une sur l'autre.
Il existe encore pour le limeur un assujettissement très grand, et cependant indispensable qui consiste à conserver à l'écusson le contour prescrit sans lequel l'union parfaite des deux pièces ne pourrait pas avoir lieu.
Les arrondissements de ces deux pièces et le perçage des trous sont encore des objets à prendre en considération pour cet ouvrier, parce qu'ils exigent de lui beaucoup d'attention et de temps.
D'après toutes ces observations et les plus longs débats que nous avons eu avec le forgeron, et le limeur d'écusson et de sous-garde, nous n'avons pu nous défendre d'accorder pour la fabrication de ces deux pièces ensemble, tant pour la forge que pour la lime, 24 sols au lieu de 6 sols 6 deniers qu'on payait au modèle 1774.
 
Observation pour note : Il n'y a pas un ouvrier de sous garde à la manufacture qui ne certifie qu'il a plutôt achevé une sous garde d'arme fine qu'on lui paye 40 sols, qu'une sous garde de nouveau modèle, et que sans la quantité qu'ils espèrent en faire, au lieu de 24 sols, a quoi nous les avons taxés, ils aimeraient mieux renoncer à leur métier que d'en faire une seule à moins de 30 sols.
 
Plaque :
Cette pièce est plus difficile pour le forgeron dans le nouveau modèle que dans celui de 1774 ; le dedans de la plaque n'est qu'un plan horizontal qui n'a point d'emboutissure, d'ailleurs pour s'y procurer la hauteur du talon, il faut réserver 5 ligues de fer (lignes ?) d'épaisseur dans cette partie.
Au lieu qu'au modèle de 1774 le forgeron avait la facilité de l'emboutissure et par son moyen la hauteur du talon se trouvait dans trois ligues d'épaisseur au plus.
Il s'en suit donc de là que la plaque du modèle de 1777 indépendamment de son travail de forge qui est plus difficile, nécessité encore une augmentation de fer.
Il y a d'ailleurs dans cette pièce plus d'ouvrage pour le limeur que dans la plaque du modèle de 1774, tant à cause de la pente de la queue, que des arrondissements de toutes les surfaces vues sous différents sens.
D'après toutes ces observations et discussions avec l'ouvrier, nous avons jugé que le travail de cette plaque excédent à celui de la plaque du modèle de 1774 méritait deux sols six deniers d'augmentation.
 
Embouchoir :
Les plus grandes difficultés de cette pièce pour le nouveau modèle se rencontrent dans la forge, et elle est bien plus difficile à faire que l'embouchoir de 1774.
le forgeron est obligé d'y réserver une petite masse de fer pour y former la bouterolle dans laquelle doit se placer à écrou la petite vis destinée à arrêter l'embouchoir.
Cette petite masse réservée est gênante pour l'ouvrier lorsqu'il veut rouler la partie supérieure de l'embouchoir quand il se dispose à le souder.
Le manque de coulisse au dit embouchoir gêne aussi beaucoup cet ouvrier, et il a, à cause de cela, beaucoup de peine d'en élever le nez qu'il est obligé de tirer exprès, et auquel il ne peut donner la hauteur qu'en forçant la broche à outrance.
Or pour toutes ces opérations, il faut qu'il rapporte à chaud l'embouchoir sur son mandrin jusqu'à quatre fois, tandis qu'à l'embouchoir de 1774 il le finissait en deux.
Au reste cette pièce est très scabreuse à forger parce qu'elle peut casser facilement aux deux coins du nez à cause de l'enfoncement de la broche pour le former et des chaudes réitérées.
La bouterolle ne pouvant être réservée à la forge qu'en masse, comme nous l'avons dit plus haut, c'est le limeur qui doit la former, ce qui fait un travail assez difficile pour lui et excédent dans le nouveau modèle à celui de 1774.
D'après toutes ces observations et discussions avec l'ouvrier nous avons jugé que cet embouchoir du nouveau modèle méritait trois sols d'augmentation.
 
Grenadière à battant :
Cette pièce du nouveau modèle n'a rien de commun avec la grenadière du modèle de 1774. cette dernière n'étant qu'une simple boucle soudée à laquelle on a enlevé de forge un bouton où est percé le trou qui reçoit le battant.
La grenadière du nouveau modèle, au contraire, demande beaucoup de justesse pour la forge, elle est formée d'un morceau de fer aplati aux extrémités duquel il doit être réservé deux têtes lesquelles sont pliées sous un angle obtus pour qu'en se rejoignant en roulant la pièce, elle puisse former la charnière qui doit recevoir le battant.
Si la bande se trouve trop longue entre les deux têtes la pièce est manquée parce qu'alors elle a un plus grand diamètre que le mandrin.
Elle demande encore plus de savoir faire dans le limeur,
1/ parce que la partie intérieure de cette grenadière qui porte sur le bois étant convexe pour remplir la concavité ménagée exprès au dit bois pour assujettir la dite grenadière, la forme intérieure en est difficile à rencontrer avec la précision qu'exige son usage.
Les trous de la charnière ne sont pas moins difficiles à percer justes et pour qu'ils soient percés ou plus haut ou plus bas, cette pièce se trouve disproportionnée et par conséquent de rebut.
La justesse de la vis et son taraudage, la perfection de la charnière et de son écrou sont des choses qui n'exigent pas peu d'adresse et de temps de la part du limeur.
Le battant d'en bas est à peu près le même quant à la forme que celui du modèle de 1774 nous avons exigé seulement qu'il soit plus achevé.
D'après toutes ces observations et discussion avec l'ouvrier, nous avons jugé que cette grenadière avec le battant d'en bas du nouveau modèle méritait 6 sols de plus que ces deux mêmes pièces au modèle de 1774.
 
Equipeurs Monteurs :
Nous avons observé déjà que l'equipeur monteur pour le modèle de 1774 n'était pas mieux payé que pour celui de 1763, dans les dernières années quoiqu'il y ait pour lui une augmentation d'ouvrages assez considérable, et même plus de risque à courir dans son travail :
1/ relativement à l'écusson portant arrêt lequel exige d'être mis en bois avec la plus grande précision dans toutes sa longueur
2/ cet écusson gêne aussi beaucoup l'equipeur monteur pour le forage de sa baguette puisqu'en effet, pour peu que le canal de la dite baguette, se dévoye, et ne rencontre pas exactement l'arrêt de l'ecusson le bois doit être rebuté et reste en pure perte pour lui.
3/ cet equipeur monteur a encore une peine de plus avec cet ecusson au modèle de 1774 qu'à celui de 1763 dans l'ajustement de la première vis de sous garde qui doit traverser le dit ecusson
4/ de plus le ressort de baïonnette placé à l'extrémité du bois sur le devant et qui y exige un petit logement dans sa partie la plus faible, a souvent été cause que l'equipeur monteur a eu des bois rebutés parce qu'il était difficile d'éviter de les fendre dans ce point.
D'après les risques de cet ouvrier dans son travail et les difficultés qui s'y trouvent de plus au modèle de 1774 qu'à celui de 1763, nous ne concevons pas comment on avait pu faire pour éviter d'augmenter son prix.
Aussi cela l'a-t-il fait crier beaucoup dans le temps et le mécontente même encore à présent pour le petit nombre de fusils du modèle de 1774 qui nous restent à faire.
Mais comme ce que nous avons dit ci dessus pour l'ecusson subsiste aussi dans le nouveau modèle, et que le travail y est même plus considérable parce que l'ecusson y est plus long et qu'il est contourné suivant la forme de dessous de la crosse du fusil, l'equipeur monteur sera assujetti à ne rien changer au contour de cet ecusson, en le mettant en bois, parce que s'il le déformait le moins du monde, la bascule de la sous garde ne pourrait plus rentrer dans le petit logement qui fait son ajustage.
L'embouchoir du nouveau modèle lui donne encore un travail qui exige de la précaution pour y tarauder la bouterolle et y adopter la petite vis qui doit le contenir en le fixant au croissant.
D'ailleurs il ne lui sera pas facile non plus de former au bout de cette vis le rivet qui doit l'empêcher de sortir de son petit écrou parce que ce rivet se trouve précisément dessous la base supérieure de l'embouchoir.
Cet ouvrier aura donc la peine de dégrossir le croissant qui sera laissé exprès un peu plus plein par le garnisseur, a fin que l'equipeur monteur puisse plus facilement l'approprier à son usage et le disposer comme il jugera plus convenable.
En conséquence de toutes ces observations relativement à l'equipeur monteur et de l'intention où nous sommes conformément au réglement de retirer à cet ouvrier la trempe des platines que nous évaluons seulement à deux sols six deniers, parce qu'il restera toujours obligé d'en blanchir et polir comme il faut toutes les pièces.
Nous projetons et jugeons nécessaire de lui donner pour montage et équipement du fusil du nouveau modèle, le prix de 51 sols 6 deniers net, ce qui comparé avec le prix du modèle de 1774 fait à cet ouvrier une augmentation de 6 sols par fusil. Le prix de la trempe étant soustrait et ce qui nous met en droit, en le payant aussi convenablement, d'en exiger un bon et fidèle service.
 
De la trempe :
L'equipeur monteur étant dechargé de la trempe, nous comptons en former un atelier à part, pour lequel nous avons déjà notre établissement préparé et conformément au réglement du nouveau modèl, nous y mettrons en tête un maitre ouvrier dont nous avons déjà fait choix, sur qui roulera toute cette opération, et qui nous en répondra, cependant elle n'en sera pas moins dirigée principalement par les officiers et contrôleurs et ce maitre ouvrier sera très bien payé, avec les deux sols six deniers  par platine soustraits à l'equipeur monteur d'autant plus qu'il ne sera assujetti qu'à blanchir les pièces susceptibles de recuit et seulement de manière à le mettre à même de connaitre par sa couleur les degrés du dit recuit.
Il résulte de tout ce que nous venons d'exposer que pour monter comme il faut, le travail du nouveau modèle dans cette manufacture et nous mettre à même d'exiger des différents ateliers la besogne telle qu'il convient de l'avoir pour faire un bon service nous jugeons que le prix de la fabrication du dit nouveau modèle doit excéder celui du modèle de 3 livres sauf à diminuer par la suite quelques petites bagatelles sur certaines parties, lorsque les ouvriers auront acquis plus de facilité par l'habitude...
 
 
Etat des prix payés par les entrepreneurs de la manufacture d'armes de Charleville à leurs ouvriers pour la fabrication des pièces du fusil de Vincennes suivant le premier modèle envoyé à cette manufacture par ordre de Monseigneur le maréchal Duc de Belleisle suivant sa lettre du 28 février 1758, savoir...
Second modèle envoyé à la manufacture de Charleville par ordre de Monseigneur le Marquis de Cremilles suivant sa lettre du 19 juin 1758...
 
Mémoire – Manufacture de Saint-Etienne, février 1785
 
Les propriétaires de la manufacture d'armes de St Etienne, justement alarmés de la situation de leurs affaires, et de la chute prochaine de leur manufacture, qu'ils prévoient depuis longtemps, ont déjà eu l'honneur d'exposer par différents mémoires au Ministre, et à Mr de Gribeauval les raisons qui ralentissent le cours de la fabrication, et qui réduisaient leurs bénéfices à peine à six et demi pour cent de l'intérpet de leur mise de fonds. Ils appuièrent leurs réclamations au mois de septembre dernier par des états circonstanciés des pertes énormes que les ouvriers canonniers supportaient, lesquelles avaient forcés plusieurs d'entre eux d'abandonner le travail, et que tous avaient progressivement contracté des dettes si considérables envers les entrepreneurs qu'ils sont hors d'état de pouvoir jamais les acquitter. Ils demandèrent en conséquence une augmentation de 40 par fusil et qu'on se relâchat un peu de la sévérité du réglement de 1777 relativement aux canons, à la perfection desquels les ouvriers n'ont pu atteindre au prix qui en é ét précédemment fixé. Le ministre a bien voulu avoir égard à leurs représentations et leur annoncer qu'il leur serait payé à l'avenir 20 soles de plus par fusil d'infanterie et de dragon et mousqueton, à compter du premier janvier 1784. cette augmentation étant encore insuffisante pour satisfaire l'ouvrier, et produire aux entrepreneurs l'intérêt de 15% sur leur mise de fond que leur accorde le réglement de 1777 donnerait nécessairement lieu par la suite à de nouvelles réclamations. Par conséquent le roy ne serait jamais assuré du prix qu'il doit payer les armes qui se fabriquent pour prévenir cette incertitude et ôter tout sujet de plainte et de réclamation aux entrepreneurs, ils supplient le ministre et Mr de Gribeauval de changer le régime actuel de leur manufacture et d'y en substituer un autre plus analogue aux dispositions du réglement de 1777 qui donnant aux préposés du roy une autorité entière et absolue pour la réception et la distribution des ouvrages, le prix et le choix des matières qui s'emploient, ne laissent d'autres fonctions et d'autres soins aux entrepreneurs que ceux de l'administration de la chose, ou de régisseurs intéressés. C'est donc sous ce point de vue et cette dénomination qu'ils demandent à être considérés et traités en cessant d'être entrepreneurs pour être régisseurs, ils n'auront plus de réclamation à faire ; les préposés du roy pourront exercer et étendre leur influence pour la plus grande perfection possible des armes, aussi librement et aussi loin qu'ils le jugeront nécessaire. Il ne pourra par conséquent plus y avoir de plaintes, parce que les régisseurs auront toujours un intérêt puissant pour concourir et seconder les préposés du roy, tant pour l'accroissement de la fabrication que pour lui conserver le degré de perfection qu'elle a maintenant ; dès ors il n'y aura plus entre eux qu'un même esprit, comme un même but ; c'est donc pour y parvenir et mettre leur réputation à l'abri de tout soupçon que les propriétaires de la MAS prennent la liberté de proposer un plan de régie aussi facile à concevoir que simple dans l'exécution et par lequel le roy en indemnisant les régisseurs sur leur mise de fonds, ne paiera plus alors les fusils qu'au prix coutant, leurs propositions consistent en ce qui suit…
Pour empêcher que les canonniers ne s'endettent (ce qui arriverait infailliblement si on leur permettait de disposer à leur volonté des canons qui leur sont rebutés) les régisseurs s'obligent à prendre pour leur compte tous ceux qui sont condamnés pour travers, chambres et défauts de proportion, en conséquence les ouvriers à qui ils appartiendront seront appelés une fois par mois pour les reconnaitre en présence d'un officier, en effacer leur marque : après quoi ils seront remis aux régisseurs qui les feront porter sur leur compte au prix qui sera convenu, et arrêté en déduction de ce qu'ils devront, car s'ils ne devaient rien, ils leur seraient payés comptant.
Les régisseurs s'obligeant à prendre tous les canons rebutés, comme aussi à garder pour leur compte, les bois et les fers auxquels on aurait reconnu quelques défauts de qualité aux visites et dans le cours de la fabrication, demandent à être maintenu dans le privilège accordé à leur manufacture de faire fabriquer exclusivement les armes du calibre de guerre, ainsi qu'il est porté par les lettres patentes d'aout 1769 et aux termes de l'ordonnance du roy du 7 juillet 1783 sans quoi ils ne pourraient pas se charger des canons rebutés aux ouvriers.
En faveur de ce privilège, les régisseurs feront exécuter par les ouvriers de la manufacture, de préférence à tous autres les armes qui leur seront demandées par les Cours étrangères, les armateurs ou celles qu'ils enverraient par spéculation dans les colonies. Ils feront part à l'inspecteur de ce qu'ils se proposent de faire fabriquer, et se concerteront avec lui, pour employer les ouvriers qui n'auraient pas suffisamment de travail et ne pas déranger ceux qui seraient utiles aux besoins du service. Les régisseurs conviendront de prix de gré à gré avec ces ouvriers, attendu que ces sortes de fournitures ne sont autres que des opérations de commerce dont ils se chargent à leur risque péril et fortune.
Les régisseurs remettront en la disposition du roi et de ses préposés tous les magasins, salles de recette et autres qui renferment les effets du roi, ou les approvisionnements qui y rassemblés à cet usage. Les clefs seront sous la main de l'inspecteur : les régisseurs se réservant seulement la disposition du magasin des fers de rebut, du second grenier à bois ou sont déposés ceux qui arrivent, avant d'être visités et admis pour le service du roi, et les magasins du rez-de-chaussée de la partie des bâtiments donnant sur la rue de Valbenoite pour y recevoir et retirer, comme ils l'ont fait jusqu'à présent, tous les rebuts et autres approvisionnement de commerce. Ils se réservent aussi leurs logements, ceux de leurs commis, et leurs bureaux, de la même manière qu'ils en jouissent et en ont jouis depuis que la manufacture leur appartient.
 
Corps Royal d'Artillerie à MAS
Procès verbal d'examens et discussion des dettes des ouvriers canonniers et autres attachés au service de la manufacture d'armes de St Etienne dont les entrepreneurs de cet établissement demandent qu'il leur soit tenu compte par le roi.
Nous, inspecteur de la MAS, aidé des officiers et contrôleurs soussignés, en conséquence des ordres de Mr de Gribeauval, premier inspecteur du Corps royal d'artillerie, à nous a remis par sa lettre du 18 novembre dernier, à l'effet de constater les avances que les entrepreneurs de la dite manufacture disent avoir fait à leurs ouvriers, et dont ils demandent qu'il leur soit tenu compte par le roi. Nous sommes faits représenter par les dites entrepreneurs les registres ou journaux sur lesquels ces dettes sont inscrites, les époques auxquelles elles ont été contractées, la nature et les motifs de ces avances et leur quotité ; et à l'aide de ces pièces, et autre renseignement relatif avons procédé à l'examen et discussion des dites dettes, les 17 décembre dernier et jour suivant, faisant venir chaque ouvrier pour l'entendre en présence des entrepreneurs, et nous assurer par son aveu, si la dette était conforme aux registres et aux réclamations des dits entrepreneurs, et si elle avait été nécessité par le service ou non.
Parmi les dites dettes, nous avons conformément aux ordres de Mr de Gribeauval, porté une attention particulière à celles qui ont été contractées par le dit ouvrier Mr du Monthieu et que les entrepreneurs actuels disent leur avoir été cédées pour comptant par ce dernier.
 
 
Premier état contenant les dettes des ouvriers envers les entrepreneurs actuels :
 
Canonniers :
 
Joseph Berthéas, du 14 juin 1777 au 29 octobre 1784
Antoine Merieux Chapuis, du 16 juin 1777 au 12 juin 1784
Claude Berthéas, du 16 juillet 1777 au 10 août 1780
Jean Louis Lyonnet, du 4 février 1779 au 4 août suivant
Martin Merley, du 14 juin 1777 au 17 juillet 1779
Nicolas Berthéas, du 17 juin 1777 au 15 juillet 1780
Jean Broussard, du 14 juin 1777 au 24 novembre suivant
Jean Rey Cottanson, du 23 juin 1777 au 13 décembre suivant
Jean Chapelon, du 23 juin 1777 au 14 octobre 1780
Denis Lyonnet, du 12 juillet 1777 au 14 août 1779
Louis Bonnard, du 14 juin 1777 au 23 juillet 1779
Barthélémy Lallier, du 4 juin 1777 à  ce jour
Jean Lallier, du 14 juillet 1778 à ce jour
Antoine Jacquet, du 23 juin 1777 au 23 juillet 1779
Claude Martinier, du 14 juin 1777 au 29 octobre 1785
Jean-Baptiste Lyonnet, du 17 juin 1777 au 14 octobre 1780
Jean Massardier, du 25 novembre 1777 au 14 février 1780
Louis Rousset, du 14 juin 1777 au 23 janvier 1782
Joseph Rousset, du 25 juin 1777 au 1er septembre 1780
Jean François Meyrieux, du 23 juin 1777 au 30 novembre 1780
Louis Reymond, du 20 octobre 1777 au 1er mars 1779
Toussaint Prajalas ou Drajalac ? Brajalac ? Du 17 juin 1777 au 14 octobre 1780
Gabriel Robert, du 18 juillet 1777 au 20 septembre 1782
Merieux Cellerette, du 17 juin 1777 au 22 avril 1780
Sebastien Lallier, du 14 juin 1777 au 17 mai 1780
Jean-Baptiste Blachon, du 3 juillet 1777 au 22 avril 1780
Pierre Fournier, du 22 septembre 1777 au 14 décembre 1782
Jacques Fournier, du 19 août 1777 au 27 octobre 1782
Jean Breuil, du 15 septembre 1777 au 1er février 1783
Joseph Blachon, du 14 juin 1777 au 6 avril 1782
Claude Guichard, du 14 juin 1777 au 1er avril 1786
Jean Louis Merieux, du 29 septembre 1779 au 4 septembre 1784
Joseph Bonnard, du 14 juin 1777 au 29 avril 1786
Jean-Baptiste Rigaud, du 14 juin 1777 au 1er avril 1779
 
Ouvriers en garnitures ou dresseurs morts ou insolvables :
 
Antoine Chometton, mort. Faiseur de garnitures.
Jean-François Brunon, insolvable. Ouvrier en garnitures.
Martin Merley, insolvable, ouvrier dresseur.
 
En constatant la réalité des dettes portées en l'état ci-dessus et en discutant avec les entrepreneurs, leur légitimité ou illégitimité, relativement au service, nous leur avons objecté qu'il ne paraissait pas naturel que le roi leur tint compte de celle qui ne provenaient que d'avances faites parce qu'ils avaient dû balancer celles qu'ils faisaient aux ouvriers, avec l'ouvrage que ces derniers pouvaient être ... ; et que tout fer ou argent, donné au-delà du besoin de la fabrication, ne devait point être regardé comme une avance faite pour le service.
Ils nous ont répondu qu'ils avaient été obligés à ces avances considérables pour retenir les ouvriers qui menaçaient de les quitter, soit parce que le commerce les leur débauchait journellement soit parce que les quantités considérables de rebuts qu'éprouvaient ces mêmes ouvriers les décourageaient que dans l'un et l'autre cas, ils avaient mieux ainsi s'exposer à perdre des avances nécessaires à des ouvriers qu'il était intéressant de conserver, que de risquer de voir tomber la fabrication faute de bras.
Ce qui nous a paru favorables au dire des entrepreneurs à cet égard, c'est que nous avons vu effectivement les dettes contractées pour cause d'ouvrages rebutés, fort au dessus de celles occasionnées par des avances seulement. C'est ce que nous avons cru devoir distinguer dans l'état ci-dessus dans la récapitulation duquel on voit pour chaque ouvrier, si sa dette vient d'avance seulement, ou bien des rebuts de sa fabrication, ou enfin de l'un et l'autre et dans quel rapport.
 
D'où nous croyons pouvoir conclure que la perfection dans l'arme, exigée avec raison depuis 1777, ayant mis les ouvriers dans la nécessité de s'endetter envers les entrepreneurs et ces derniers dans ce cas forcé de les soutenir, il est juste que d'une part l'ouvrier soit affranchi d'une dette qu'il n'a contractée que parce qu'on a exigé de sa fabrication une perfection ignorée jusque là, et que d'un autre côté l'entrepreneur soit indemnisé d'avances qu'il n'a faite que pour assurer le service.
Au reste ces dettes des ouvriers contractées depuis 1777 étant une fois remboursées, nous pouvons assurer Mr de Gribeauval qu'il n'en est point d'autres que les entrepreneurs ne puissent réclamer. Ils nous en ont présenté une beaucoup plus grande quantité, nous l'avons réduite à celle portée dans l'état qu'on vient de parcourir parce que parmi celles excédents, les unes ont été sur le champ compensées par des ouvrages que certains ouvriers réclamaient, ce qui a été reconnu par les entrepreneurs, et que les débiteurs des autres sont en ... avec les dits entrepreneurs, qui reconnaissent leur solvabilité, et se chargent de faire payer sans aucune réclamation contre le roi.
Signé : Carrier LaThuillerie Dubouchet ; Lambert, Merley, Javelle, le chevalier Delespinasse, De Fyard et le chevalier ?
 
 
Corps Royal de l'artillerie, manufacture d'armes
Observations en réponse à la lettre de Mr de Gribeauval a Mr d'Agoult, du 7 mai 1788 et à celle de Mr le Comte de Briennes à Mr de Gribeauval, du 23 du même mois :
On croit pouvoir assurer Mr de Gribeauval qu'il n'est pas possible d'exciter dans les manufactures une plus grande activité de travail, ni faire surveiller les contrôleurs, réviseurs et ouvriers, plus qu'ils ne le sont par messieurs les officiers. La perfection de la fabrication généralement reconnue, et la quantité d'armes fabriquées, au dessus des commandes de la cour, sont des preuves existantes, et de l'exacte surveillance de tous les préposés du roy sur les ouvriers, et d'une activité de travail, qui ne peuvent être portés plus loin.
Si la perfection de la fabrication occasionne des rebuts, c'est une suite indispensable des examens des ouvrages. On ne peut se relâcher de la sévérité salutaire de ces examens, sans exposer les manufactures à fournir aux troupes d'aussi mauvaises armes qu'on le faisait dans les temps d'anarchie qui ont précédé l'époque à laquelle Mr de Gribeauval a mis dans le régime des manufactures l'ordre qu'on y admire aujourd'hui.
C'est donc à tort que les entrepreneurs, ennemis nés des règles, et toujours prêts à s'y soustraire, ne cessent de représenter que les rebuts des ouvrages sont effrayants, pour employer ici leur expression. Ces rebuts sont ce qu'ils doivent être pour le salut des troupes ; et su les entrepreneurs étaient justes, ils conviendraient qu'on en a infiniment diminué le nombre, par le soin qu'on a pris d'éclairer les ouvriers, sur les véritables moyens, de connaitre les bonnes matières, de les éprouver et enfin de les employer à la meilleure fabrication des diverses pièces de l'arme. Ces procédés sont consignés dans les réglements des manufactures et l'on n'y peut rien changer, ni ajouter.
Une preuve particulière de l'attention des officiers à suivre ces réglements, et à ne rebuter que ce qui doit l'être, c'est qu'on n'examine jamais aucun ouvrage quelqu'ils soient, qu'en présence des ouvriers intéressés, leur montrant les défauts dans lesquels ils sont tombés, et leur enseigner avec patience les moyens de les éviter.
C'est surtout dans l'examen des canons que l'attention est portée plus loin. Lorsque les défauts ne sont pas assez sensibles à l'oeil, pour que les officiers, contrôleurs et réviseurs, puissent les condamner d'une voix unanime, on les remet à la salle d'humidité, pour un mois de plus, et on les revoit ensuite. Cette règle a été établie par Mr Dagoult dans les trois manufactures, pour assurer les décisions des préposés du roy, sur la partie la plus essentielle de l'arme, et oter aux ouvriers et aux entrepreneurs tout sujet de plainte de partialité ou d'inexpérience.
D'ailleurs ces canons de rebut sont remis à mesure aux entrepreneurs, revêtus des marques de réprobations ordonnées pour être employés à leurs armes du commerce. S'il s'en était trouvé qui eussent été rebutés sans raison, ils n'auraient surement pas attendu jusqu'à ce jour pour les représenter. On les met au défi de le faire.
C'est par une suite de l'amour du plus grand ordre et de la protection qu'il est naturel d 'accorder à une classe aussi utile d'ouvriers que ceux des manufactures, que Mr de Gribeauval demande, si l'on ne pourrait pas "épargner encore plus à ces mêmes ouvriers, le temps qu'on leur fait employer gratuitement, lors de la présentation, examen et recette quelconque de leurs ouvrages, temps dont on a assuré qu'on pourrait facilement économiser une partie, animés du même esprit, de soutenir, et de protéger des malheureux dont nous devons être les appuis, en même temps que les juges, nous osons certifier à Mr de Gribeauval, que nous ne faisons jamais perdre aucun temps aux ouvriers, que nous le leur économisons autant qu'il est possible, et qu'on lui en a imposé lorsqu'on a osé lui assurer le contraire.
Les entrepreneurs ont également cherché à surprendre la religion de ce respectable chef, et à lui donner une impression défavorable des officiers des manufactures, lorsqu'ils se sont permis de lui dire, qu'on employait les ouvriers à des recherches et des polis superflus. On les évite au contraire autant qu'il se peut ; mais on ne regarde pas comme superflu les soins qu'on prend de s'assurer des défauts de fabrication, par le poli ordinaire qu'on est obligé de donner à toutes les pièces de forge pour les juger. Ce premier poli, bien éloigné des recherches superflues qui ne feraient que donner de l'éclat aux armes, sans rien ajouter à leur solidité, est si nécessaire pour les examiner qu'un des premiers contrôleurs des manufactures s'appelle meurtrier pour les canons, se regardant comme le moyen le plus sur d'en faire découvrir les défauts. Voila ce que les entrepreneurs appellent des polis superflus. Aussi est-ce en négligeant ainsi le soin que doivent avoir tous fabricants, d'examiner ce qu'ils fournissent, que les entrepreneurs de la manufacture de Maubeuge, ont livré de si mauvaises armes aux régiments suisses, dans les temps où ils en ont soustrait l'examen aux préposés du roy, comme Mr Dagoult l'a observé dans son mémoire.
Nous ne nous départirons donc point des soins prétendus superflus, que les entrepreneurs nous accusent de donner à l'examen de la fabrication. Ils ne sont point superflus puisqu'ils assurent la solidité des armes et le salut du soldat.
Il n'est de recherches qu'on puisse appeler superflues, que celles qui sont outrées, absurdes, comme celles du sieur Mercier contrôleur des salles de Lyon, qui a prétendu trouver à nos canons des défauts qui n'existaient point, si ce n'est quelques points tolérés par les réglements au dessous des mesures de rigueur. On ne recevrait point d'armes s'il fallait les examiner avec cette sévérité puérile. Nous nous défendons de ce mieux ennemi du bien, autant que de la négligence. Ce sont deux extrêmes qu'il faut également éviter. Mais il faut savoir les connaitre. Aussi le procès verbal de l'examen fait par ordre de Mr de la Mortière, de 86 canons rebutés par le sieur Mercier, fait-il voir que dans ce nombre, il ne s'en est trouvé que deux très légèrement disproportionnés, et un autre à rebuter, non pour ce défaut que lui attribuait ce contrôleur, mais pour une doublure qu'il n'avait pas vue, tant il avait bien jugé, remarquant aux canons des défauts qu'ils n'avaient pas, et ne voyant pas ceux qu'ils avaient réellement. Mais revenons aux observations de la lettre de Mr de Gribeauval.
Ce général demande avec raison si l'on ne pourrait pas opérer la réduction si désirée du prix de l'arme en changeant le régime des manufactures. Nous pensons que le moyen de le faire serait de faire acheter au roi les bâtiments, outils et ustensiles des manufactures et de l'en rendre propriétaire comme il l'est de ceux de klingenthal en Alsace. Examinons la réduction que ce nouveau système opérerait sur le prix de l'arme.
Dans le régime actuel des manufactures de St Etienne, Charleville et Maubeuge, le roi paye aux entrepreneurs les armes qu'ils lui fournissent, aux prix coutant, et il leur donne en outre 15% de leurs immeubles, 15% de leurs approvisionnements et 10% du prix de fabrication, aux charges par eux d'entretenir et de répondre de leurs bâtiments et approvisionnements, et de prendre également à leurs charges tous les frais de régie et d'administration quelconques.
Dans le nouveau régime qui serait de compter de clerc à maitre avec les entrepreneurs, le roy leur rembourserait les armes qu'ils lui fourniraient, au prix coutant, il payerait les appointements de leurs commis sur les revues des commissaires des guerres, et il leur accorderait en outre, 5% de leur approvisionnements jugés nécessaires pour une fourniture annuelle de 12 000 armes, et 10% du prix de fabrication.
Les entrepreneurs ne pourraient se plaindre de ce traitement puisqu'ils y trouveraient plus que les intérêts ordinaires du commerce, sans courir aucun risque.
Pour juger de ce que le roi gagnerait à cet arrangement, qui n'est autre que celui du Klingenthal, on va comparer le prix des armes fabriquées, en suivant le régime actuel, au prix des mêmes armes fabriquées en suivant le système proposé. On prendra pour exemple la manufacture de St Etienne...

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Un peu d'histoire sur les manufactures au 17e et 18e siècle Empty Re: Un peu d'histoire sur les manufactures au 17e et 18e siècle

Message  Conservateur le Jeu 17 Déc 2020, 21:43

Suite...


Mr Dagoult a fait connaitre par l'historique des manoeuvres des entrepreneurs et par les infidélités prouvées de leurs commis, les raisons que Mr de Gribeauval avait eu d'établir les réglements des manufactures. Nous pensons comme ce directeur que ces sages réglements doivent être conservés, à moins qu'on ne veuille retomber dans l'inconvénient d'une fabrication négligée, et infecter nos arsenaux comme nous l'avons déjà observé, d'armes aussi peu sures, que celles qui sortaient des mains des entrepreneurs, lorsqu'ils étaient seuls chargés de la fabrication et que les officiers n'avaient pas l'autorité de s'y opposer.
Loin donc que nous pensions qu'on doive rien changer au fond de ces réglements, auxquels nous devons la solidité, la perfection et la beauté de nos armes, aujourd'hui l'étonnement et l'admiration de l'europe , nous supplions au contraire Mr de Gribeauval devant lequel nous les avons lu, et qui y a de nouveau donné sa sanction, (sauf quelques changements que nous y avons, avec lui, reconnus nécessaires et dont les notes ont été par nous remises à son bureau) de vouloir bien les maintenir en leur entier, et de représenter au ministre la nécessité de les soutenir contre les cabales des entrepreneurs, dont quelques uns ont eu l'indécence de se vanter qu'ils les feraient changer.
C'est par une suite du même esprit d'indépendance que ces mêmes entrepreneurs demandent avec importunité que ces réglements leur soient communiqués pour y répondre ; comme si c'était avec eux que ces réglements dussent être faits. On sait des marchés avec des entrepreneurs mais non des réglements. Doit-on consulter sur les dispositions de la loi l'homme disposé à l'enfreindre ? Il répondra toujours qu'elle le gêne. Il en doit être de même des entrepreneurs : on ne doit leur communiquer les réglements que pour les leur faire suivre.
C'est ainsi que nous voyons la chose, dans le même esprit que Mr de Gribeauval, uniquement par l'amour de la justice et de l'ordre, et non par un esprit inquisitoire, comme les entrepreneurs voudraient le persuader à ce premier chef du corps. Nous les surveillons parce qu'il est de notre devoir de le faire, mais en même temps nous les protégeonse, en les sauvant de leur négligeance, et de leur... qui leur ont tant de fois été ... Qu'ils ne se plaignent donc pas de nos régles, et de leur observance : elles sont toutes pour eux ; et s'ils étaient appellés à les faire, ils se perdraient en les adoucissant...
 
Mémoire, manufactures royales d'armes à feu
Il a été remis à Mr de la Tour du Pin des observations sur les causes du ralentissement du travail actuel de la manufacture royale d'armes à feu de Saint-Etienne. Mr d'Agoult a été chargé d'y répondre et de donner son avis au ministre sur le projet de supprimer le sort actuel des fournisseurs des trois manufactures d'armes à feu pour y substituer des marchés à passer annuellement avec ces messieurs ou a son terme moins rapprochés comme cela se pratiquait autrefois.
Avant d'entrer dans aucune discussion sur la manière plus moins avantageuse pour l'état d'asseoir le sort des entrepreneurs des manufactures d'armes à feu, il convient de faire l'historique des différents motifs qui ont successivement porté le fusil de soldat au prix où il est payé aujourd'hui et déterminé Mr de Gribeauval à asservir les sorts des entrepreneurs tel qu'il est décidément fixé depuis le 21 juin 1785, c'est-à-dire à leur payer un intérêt de 15% sur le prix de leurs immeubles et approvisionnements et un intérêt de 10% sur celui de fabrication.
La première époque connue où des officiers d'artillerie ont été envoyés dans les manufactures d'armes date de 1718, la fabrication n'a pu y faire que des progrès bien peu sensibles jusqu'en 1763, parce que la plupart des officiers qui avaient été successivement nommés inspecteurs de ces divers établissements n'y apportaient aucune des connaissances relatives à la mission dont ils étaient chargés, qu'ils y étaient envoyés dans un âge trop avancé, que ces sortes de place leur étaient presque toujours données pour retraite, que les contrôleurs qui y avaient été établis, pour veiller à l'instruction de détail des ouvriers étaient pour la plupart inaptes, peu propres à s'acquitter des emplois dont ils étaient chargés, ou des fripons vendus aux entrepreneurs et que de cette manière de voir dérivait nécessairement un retard de connaissances sur une partie si intéressante du service militaire.
Il était réservé à Mr de Gribeauval (qu'in doit regarder avec justice comme le restaurateur de l'artillerie en France) de changer le régime de nos manufactures, comme il avait fait celui de nos arsenaux de construction, de nos fonderies, de nos forges de fer coulés, des officiers instruits et choisis par lui avaient été placés dans ces divers établissement, ceux qui furent envoyés dans les manufactures ne tardèrent pas par les lumières qu'ils y répandirent à perfectionner la fabrication ; elle y avait fait des progrès sensibles, lorsqu'en 1773, les suites du fameux procès suscité à Mr de Bellegarde, entrainèrent avec sa condamnation la chute des officiers employés dans les trois manufactures d'armes à feu et avec elle, celle du système d'ordre et d'administration que Mr de Gribeauval avait établi avec ses peines et ses soins infinis dans les divers établissements de l'artillerie.
En 1776, les manufactures d'armes furent de nouveau tirées de la barbarie, où les avaient plongés les discussions qui depuis 1773 divisaient le corps de l'artillerie, les officiers qui avaient été précédemment employés en qualité de subalterne en furent nommés les inspecteurs, leur constance à s'opposer aux abus, à veiller à l'instruction des ouvriers de toutes les classes, à les protéger contre les menées et les principes odieux de quelques fournisseurs, ont contribué à porter la fabrication de nos armes à un tel degré de perfection, qu'elle force aujourd'hui l'admiration des connaisseurs comme elles inspirent la plus grande confiance au soldat destiné à s'en servir à la guerre.
Les prix de nos armes ont varié d'après la nature et l'espèce des différents modèles proposés et envoyés dans les manufactures d'armes pour y être suivis et exécutés ; en 1718 le fusil de soldat ne coutait que 11 livres 15 sols y compris la baïonnette et son fourreau de 1 livre 5 sols, et le roi accordait (comme il l'a toujours fait depuis) en sus du marché passé entre lui et les entrepreneurs des passeports pour l'exemption des visites de la quantité de matières premières nécessaires à la fabrication de la fourniture ordonnée.
En 1728, les fusils y compris sa baïonnette fut porté à 13 livres 10 sols, ce prix se continue jusqu'en 1738 ou 1739, à cette époque il fut décidé que les baïonnettes ne se fabriqueraient plus dans les manufactures d'armes à feu, le fusil fut réduit à 12 livres 5 sols, augmenté ensuite de 10 sols à raison d'une baguette en fer substituée à celle de bois, ce qui portera le prix du fusil à 12 livres 15 sols.
En 1754, on le porta à 13 livres 15 sols
En 1755, à 14 livres 10 sols toujours sans baïonette.
En 1763 à 20 livres également sans baïonette, ce fusil était connu sous le nom de modèle pesant et en a gardé le nom.
En 1766 ce fusil en conservant ses formes apparentes a éprouvé une diminution dans le poids de ses garnitures et du canon, il a seulement été distingué du précédent par celui de modèle léger et toujours sous la dénomination du modèle de 1763.
En 1769, 1770 et 1771, il a éprouvé quelques changements et a été payé le même prix de 20 livres.
En 1773, une nouvelle compagnie de fournisseurs fut substituée à l'ancienne, le fusil dont le modèle fut alors adopté, ne fut d'abord payé que 18 livres, peu de mois après, 20 livres.
En 1774, un nouveau modèle fut encore proposé, mais peu de temps après de nouveaux ordres adressés dans les manufactures pour en interdire la fabrication et s'en tenir au précédent, c'est-à-dire à celui de 1773.
Ces détails ne seront peut-être pas jugés inutiles, ils serviront au moins à prouver avec quelle légèreté on a successivement passé d'un modèle à un autre, le grand nombre de ceux qui ont été proposés, rejetés ou adoptés pour les différents corps de troupes tant à pied qu'à cheval, et celles qui sont dans l'usage de l'armée sur le produit de leurs masses et à leur choix a toujours occasionné dans l'ensemble de l'armée une bigarrure infiniment désagréable pour ceux chargés de leur exécution et non moins onéreux pour les intérêts du roi.
L'établissement d'un nouveau modèle dans une manufacture, en suspend pendant un long temps, les opérations, il est une occasion de dégout pour les ouvriers qu'on amène difficilement à imiter les nouvelles propositions, qu'ils sont obligés de suivre pour la forge et la lime des différentes pièces qu'ils doivent livrer ; delà leurs prétensions à exiger des prix infiniment élevés de tout ce qui est nouveau pour eux, qu'il est bien difficile en faite d'amener à un point de réduction raisonable sans occasionner des plaintes ou des menaces de leur part, des suspensions de travil.
Le choix et l'adoption d'un nouveau modèle pour telle espèce de troupes que ce soit, ne doit donc pas se faire légèrement, personne ne contestera que la fabrication des armes ayant été pareille pendant un grand nombre d'années par des officiers d'artillerie, eux seuls doivent continuer à être chargés de cette partie intéressante du service militaire, dont l'exécution se trouve si étroitement liée aux connaissances de la qualité du bois, fers, aciers, cuivres et charbon qui s'employent à la fabrication des armes, mais dans aucun cas ces mêmes officiers, ni les préposés du roi dans les manufactures, ne doivent proposer de modèles pour armer les troupes, leur adoption doit être faite par des officiers de l'arme a qui celle proposée doit servir, après avoir été soumise à une sévère discussion et elle ne doit enfin être admise pour modèle de fabrication et être exécutée et suivie dans une manufacture, qu'après avoir requis les observations de l'officier qui la dirige sur les avantages et les inconvénients qui pourraient se rencontrer dans la fabrication et l'usage de telle ou telle pièce de l'arme proposée.
Assurément si le pistolet actuel des troupes à cheval, dont le modèle a été adopté en 1777 soumis ensuite à des modifications en 1782, l'avoir été à un comité d'officiers de cavalerie, de hussards et de dragons, qui eussent profondémment medité sur les avantages et les inconvénients de cette arme, il aurait été rejeté d'une voix unanime et les magasins du roi ne se trouveraient pas aujourd'hui surchargés d'une quantité assez considérable de ces pistolets que beaucoup de régiments de cavalerie ont refusé parce qu'ils les ont considéré avec raison comme des machines difficile à démonter et remonter et dont les pièces à remplacer étaient d'une exécution difficile et dispendieuse.
Ces observations ont été faites dans le temps à Mr de Gribeauval, il les avait accueilli mais feu M de St Germain alors ministre de la guerre les avait au contraire rejetés, et il tenait tellement à cetet arme que pendant son ministère et plusieurs années après, on en a fait des fournitures considérables parce qu'il a bien fallu consomer les approvisionnements de toutes les pièces de sa fabrication que les entrepreneurs des trois manufactures avaient accumulé dans l'espérance qu'il leur serait donné des ordres de les employer.
Le fusil d'infanterie Mle 1777 dont la fabrication n'a point varié depuis cette époque, ne peut être exposé à une pareille critique, c'est la meilleure arme, la plus solide, la plus aiser à démonter et remonter qui ait jamais été mises entre les mains des troupes, tous les régiments d'infanterie dont les armes étaient hors de service, ont refusé les anciens modèles pour être armés de celui-ci, le régiment
des gardes françaises, celui d'infanterie de sa majesté, plusieurs régiments suisses dont l'usage de l'arme a leur choix, ont également donné la préférence à ce modèle, il y existe on en convient plusieurs pièces qui ne sont pas exemptes de critique, on les a indiqué, on a plusieurs fois proposé d'y en substituer d'autres moins exposées à être détériorées et lorsque ces changements seront adoptés, ce fusil ne laissera rien à désirer pour sa bonté, sa solidité et le parfait ensemble de ses pièces.
On s'est souvent plaint des augmentations successives qu'on éprouvé nos armes depuis plusieurs années, comme il importe de développer les motifs qui ont nécessité ces augmentations, on se les détaille de manière à prouver qu'elles tiennent à plusieurs causes et qu'on ne peut se flatter de rabaisser le prix auquel elles ont progressivement monté jusqu'à aujourd'hui, sans craindre de voir tomber nos manufactures dans le dépérissement et le discrédit ou elles étaient en 1775, d'ou Mr de Gribeauval avait jugé important de les tirer, en plaçant à la tête de ces établissements des officiers qui en connaissant tous les détails et dont le zèle se porterait à en détruire les abus.
Depuis l'année 1718 (qui est la première époque ou des officiers d'artillerie ont été envoyés dans les manufactures d'armes pour en être les inspecteurs) jusqu'en 1776, on a vu que le prix du fusil a progressivement monté, sans y comprendre la baïonnette, de 10 livres 10 à 20 livres...
Lorsqu'il s'agissait d'en régler le prix, on envoyait le modèle proposé dans une manufacture, l'entrepreneur faisait sa soumission et le marché était aussitôt arrêté entre le ministre et lui.
Cette manière de traiter des intérêts du roi, n'était pas sans inconvénients parce que l'entrepreneur dans la vue de tirer le meilleur parti de son marché avec le roi, n'en arrêtait aucun particulier avec les ouvriers, qu'il employait à lui fournir telle ou telle pièce de l'arme, mais les conditions du fournisseur n'étaient pas plutôt réglées avec le roi que le malheureux ouvrier (qui n'avait reçu que des acomptes pour prix de sa main d'oeuvre) qui le mettaient au desespoir et le disposaient à être infidèle dans ses livraisons.
 
Lettre du 29 septembre 1789
J'ai eu l'honneur de vous rendre compte dans le temps, monsieur et cher directeur, de la suspension de la fabrication du modèle de 1777, par ordre du conseil de la guerre. J'ai eu aussi celui de vous marquer que les entrepreneurs avaient demandé à vendre au profit du roi les pièces détachées qui leur restaient en magazin pour la confection des commandes de la cour relatives à cette arme. Cette demande de leur part n'était pas fort décente, cependant ils l'ont obtenue. Mr Mezance subdélégué de cette ville a procédé à cette vente suivant les formes d'usage : elle a produit peu de choses, comme je l'avais annoncé au ministre dans le temps : elle a même trainé longtemps, faute d'amateurs. Enfin elle vient d'être terminée. J'ai l'honneur de vous envoyer ci-joint un double du procès verbal que j'ai adressé au ministre.
Le lettre de Mr le Comte de Puységur qui m'autorisait à faire faire la vente en question, portant de réserver les canons, chiens, batteries et baguettes pour servir au pistolet du modèle à venir, j'ai fait mettre les dites pièces au dépôt du roi sur le récépissé du garde d'artillerie qui les représentera, lorsqu'on en aura besoin.
Ainsi nous voila débarrassés de cette arme, un peu machine à la vérité, mais que l'on aurait du conserver en y faisant les changements que vous aviez proposés. Mais en France on aime mieux détruire que de corriger, c'est une maladie couteuse. Dieu veille qu'enfin on nous donne un pistolet qui n'éprouve plus de contradiction, surtout qu'il ne soit pas de blanc, car il serait encore machine et pire que le premier.
Signé Delespinasse.
 
 
Autre mémoire, extraits :
Ces estimations faites, Mr de Gribeauval les remis à Mr le Comte d'Agoult et le chevalier de l'Espinasse qui eurent ordre de se rendre à Paris pour les examiner, et lui en faireleur rapport. Les entrepreneurs avaient acheté le 26 février 1777 du sieur de Monthieu les batiments, ateliers et magasins compris entre la place Chavanelle et la rue Valbenoite, plus les usines appelées les grandes molières, le tout 80 000, le Commissaire estimait les mêmes objets 125 957.4c.3d. Savoir 116 957.4c.3d. Les bâtiments perçant de la place Chavanelle à la rue Valbenoite et 8999.10c. Les grandes molières. C'était une plus value assez considérable dans le court espace de 10 ans (à compter du 26 février 1777 au 1er janvier 1787) environ. Cette considération n'empêcha pas les inspecteurs de laisser les bâtiments et usines de la manufacture au prix où le Commissaire les avaient portés, se contentant d'en distraire suivant l'ordre de Mr de Gribeauval et du ministre les bâtiments qui n'étaient pas réellement employés au service. Ces soustractions faites, les bâtiments utiles se trouvèrent encore monter à 149 085. 8c.2d ce qui ne différait que 914.11c.10d de l'estimation qui avait été faite de la totalité des bâtiments en 1785. Ainsi les entrepreneurs ne pouvaient pas se plaindre puisqu'ils avaient encore à peu près les mêmes intérêts pour une partie de leurs immeubles, que ceux qu'on leur avait alloué pour la totalité en 1785, et qu'ils avaient eu en plus bénéfice tous leurs logements et magasins du commerce.
 
Goupilles
On n'a pas fait usage du fil d'acier pour goupille en 1785, 1786 et 1878. Ce n'est qu'en 1788 qu'on en a employé dans la monture des armes, par la difficulté qu'on a éprouvé, précédemment à s'en procurer. Il suffit de 30 livres de ce fil étiré en approvisionnement parce qu'une livre donne 220 goupilles et que les forges du sieur Jourgeon, d'où on le tire ne sont qu'à deux lieues de St Etienne.
 
 
Mémoire pour rendre compte à Mr d'Agoult de la situation de cette manufacture (St Etienne)
Mr delespinasse se conformant à la lettre que mr d'Agoult lui a fait l'honneur de lui écrire pour lui demander de lui faire connaitre les circonstances du ralentissement des travaux de cette manufacture, a l'honneur de lui rendre compte que la cause de ce ralentissement est l'avantage que les ouvriers trouvent à se livrer aux ouvrages du commerce. Les prix des fusils de traite sont plus que doublés, quoique ces armes soient reçues sans examen. C'est plus qu'il n'en faut pour décider les ouvriers à préférer cet ouvrage à celui de la manufacture que leur est beaucoup moins payé.
Mr le chevalier delespinasse n'a pas cru devoir augmenter les prix des armes du roy parce que c'eût été gâter le métier, et faire monter la fabrication à un prix d'où il eût ensuite été fort difficile de la faire descendre.
Il faut donc, comme le chevalier de lespinasse a eû l'honneur de le marquer au mr le Comte de la Tour du Pin et suivant l'observation même de Mr d'Agoutl dans ses lettres des 26 et 29 septembre dernier laisser passer la presse actuelle du commerce, les ouvriers reviendront ensuite d'eux mêmes à la manufacture.
Dans l'état actuel il est resté quelques monteurs fidèles, mais en très petit nombre. Les rhabilleurs doivent monter aussi, lorsqu'ils auront coulé à fonds le peu d'anciennes armes qui restent encore à finir dans les dépôts de la manufacture. De cette manière, Mr le chevalier delespinasse entretiendra encore un peu le mouvement de la machine jusqu'au temps du retour naturel des ouvriers.
Par une suite inévitable du ralentissement des ouvrages, il se fait peu de platines et de garnitures, ce n'est pas un mal parce que le roi faisant très peu d'armes, ce serait une surcharge pour lui de payer des intérêts de trop forts approvisionnements en matières ouvrées. Par cette même raison, on a cru devoir diminuer un peu la fabrication des canons qui devenait trop forte. D'un autre côté les bois dont l'approvisionnement est encore au dessous du taux ordinaire se relèveront jusqu'à la renaissance des travaux.
Ainsi telle est la marche que suit Mr le chevalier delespinasse, de laisser diminuer les parties de l'approvisionnement qui sont trop fortes et qui aujourd'hui s'affaiblissent d'elles mêmes, telles que les platines et garnitures ; de ralentir la fabrication de celles qui pourraient devenir trop considérables comme les canons, et enfin de relever les parties qui ne sont pas encore en mesure avec les besoins du service, telles que les bois.
Il ne faut donc pas que le déclin actuel des travaux de cette manufacture la fasse regarder comme perdue ni même en danger pour la suite. La seule perte pour le roi, c'est que faisant peu d'armes, il n'en paiera pas moins les intérêts des batiments et des approvisionnements effectifs que les entrepreneurs auront pour son service. Mais au retour des travaux, la fabrication reprendra avec avantage et sans dépendre des ouvriers parce qu'alors on aura 15 000 canons bons pour le service, distraction faite des rebuts qu'on aura eût le temps de démolir, à peu près 3500 platines ; le même nombre de garnitures complètes et enfin un approvisionnement complet en bois.
Telle est la situation de cette manufacture dont le chevalier delespinasse a l'honneur de rendre compte à Mr d'Agoult, situation qui n'a comme on le voit, rien d'alarmant puisqu'au contraire elle se trouvera convenablement approvisionnée lorsque ces ouvriers reviendront et qu'on ne doit pas regarder ces derniers comme perdus ni désertés mais seulement détournés pour un temps par le commerce qui leur offre un bénéfice auquel il est difficile qu'ils résistent, et dont il serait même inhumain de les empêcher de profiter...
St Etienne le 7 octobre 1789
Signé Delespinasse
 
Paris le 1er octobre 1790 à Mr Dagoult
J'ai reçu le mémoire que vous m'avez adressé par lequel je vois que les ouvriers de la manufacture de Charleville abandonnent le travail de l'artillerie pour s'occuper de celui du public qui leur procure plus de bénéfice. Le moyen que vous a présenté Mr de St Sernin d'augmenter le prix de la main d'oeuvre des équipeurs monteurs pourrait les ramener au travail de la manufacture, mais cette augmentation serait dangereuse et deviendrait bientôt inutile ainsi que vous l'avez observé vous même sur une pareille proposition faite par la manufacture de St Etienne. Dans ces circonstances il convient d'attendre un nouvel ordre de choses et je vous prie d'en informer Mr de St Sernin.
Je vois aussi d'après ce que vous me marquez, que les 3 manufactures ensemble ne fabriqueront cette année qu'environ 17 000 armes au lieu de 23 000 dont elles ont la commande, d'ou il suit que le fusil coutera fort cher surtout à St Etienne et Charleville qui en feront beaucoup moins qu'à Maubeuge. Comme les prix varient d'une année à l'autre, et que l'on est aujourd'hui en état de les régler par les connaissances que les inspecteurs des manufactures se sont procurées, je leur mande, ainsi que vous le verrez par la copie ci-jointe de la lettre que je viens de leur écrire à ce sujet, de diriger leur travail sur la fixation de ces prix pour chaque arme, de manière qu'ils puissent être réglés au premier janvier prochain.
Signé Mr de la Tour du Pin
 
Corps royal de l'artillerie, manufacture d'armes à feu - 8 mai 1791
Observations sur les prix des armes fabriquées par les manufactures en 1790 pour être jointes au décompte de la même année :
 
Les armes fabriquées à St Etienne en 1790 ont été plus cheres que celles que cette manufacture a fournies les années précédentes par la raison qu'elle n'a fait en 1790 que 2069 armes et que le roy ne lui en a pas moins payé les intérêts de ses immeubles et approvisionnements, comme si elle avait fourni 12 000 armes qui sont le taux ordinaire de sa fabrication.
Les armes faites à Charleville dans le cours de la même année ont aussi été plus cheres que celles des années précédentes, parce que cette manufacture n'a fait qu'une partie des armes convenues et qu'on lui a tenu compte des intérêts de ses immeubles et approvisionnements calculés sur 12 000 armes.

Pour obvier à cet inconvénient pour la suite, on est convenu par le nouveau traité proposé aux manufactures, qu'à date du 1er janvier 1791, il ne leur serait payé d'intérêt de leurs immeubles et approvisionnements que proportionnellement aux quantités d'armes qu'elles fourniraient, mais on n'a pas donné d'effet rétroactif à cette convention, ni de le faire, parce que si les entrepreneurs de St Etienne et de Charleville par exemple, ont fait peu d'armes en 1790, ce n'a pas été de leur faute, mais parce que les circonstances impérieuses de la révolution leur ont enlevé la majeure partie de leurs ouvriers, et qu'ils n'en ont point eû. Les approvisionnements pour 12 000 armes, qu'ils étaient tenus par le réglement d'avoir en magasin.Mémoire, Juillet 1762
La dernière guerre ayant pour ainsi dire épuisé les magasins d'artillerie des fusils du dernier modèle à l'usage des troupes dont ils étaient approvisionnés on s'est occupé à la paix du soin d'en faire le remplacement, mais le peu de secours fourni par la finance n'a pas permis de faire fabriquer une quantité suffisante de fusils, en sorte que lors de l'évènement de la présente guerre on s'est trouvé dans l'obligation d'augmenter le travail des manufactures pour être en état de fournir l'armement des troupes de nouvelle levée, a celui des augmentations survenues dans les anciennes troupes sur pied et aux remplacements dont elles avaient d'ailleurs besoin pour entrer en campagne.
Il a paru alors que pour exciter l'émulation des entrepreneurs le plus sur moyen était de leur demander de faire fabriquer la plus grande quantité de fusils qu'il était possible en leur promettant des payements réguliers, sans cependant leur passer de nouveaux marchés qui auraient pu gêner leur travail, et qu'ils ont eu la liberté d'étendre.
En 1750, le prix du fusil de soldat non compris celui des bayonnettes qui se fabriquent à la manufacture d'armes blanches d'Alsace était fixé, savoir :
A St Etienne : 12,15
Charleville et Maubeuge : 13
En 1754, il a été fait quelques changements et augmentations au fusil de soldat tendant a plus de solidité et de perfection ce qui a donné lieu après bien des représentations de la part des entrepreneurs et de l'avis des inspecteurs des manufactures d'en augmenter le prix, savoir de 20 à St Etinne et de 15 à Charleville et Maubeuge en sorte qu'il a été également porté dans ces trois manufactures a 13, 15
mais comme on a encore depuis quelques années exigé plus de soins et de solidité dans la fabrication des armes, les entrepreneurs ont représenté qu'ils n'avaient pu se dispenser d'accorder aux ouvriers quelques augmentations sur une partie des pièces qui entrent dans la composition du fusil et ils n'ont pas cessé de demander que le prix en soit augmenté et de leur accorder aussi des passeports pour exemple du payement de tous droits les matières qui entrent dans la fabrication de l'arme, soit qu'il a les ... de l'étranger ou de l'intérieur du Royaume.
L'augmentation demandée en dernier lieu par ces entrepreneurs sur le prix du fusil est :
Par ceux de St Etienne de 3
Par ceux de Charleville de 2
et de Maubeuge de 3.
Les motifs sur lesquels ils fondent leurs demandes sont :
qu'ils s'en faut de beaucoup que le fusil de soldat ait été porté en 1754 à sa juste valeur, que depuis l'année 1750, et même antérieurement les matières qui entrent dans la fabrication des armes et surtout le fer qui en fait la principale partie, sont considérablement augmentées, que depuis cette année ces matières ont encore été portées à son plus haut prix, et que le nouvel impôt de 5 sols pour livre sur ces mêmes matières, joint à la retenue de 2 (?) pour livre d'augmentation affectée à l'école royale militaire est un surcroit de charge pour eux.
Que d'un autre côté les ordres précis qui ont été donnés de rebuter en général tous les canons de fusils auxquels on reconnait le moindre défaut après la seconde épreuve, sans qu'ils puissent être réparés, ainsi qu'il se pratiquait avant, leur occasionne une nouvelle perte.
Et qu'enfin les établissements considérables de leurs manufactures, les réparations annuelles des batiments et usines qui les composent, les frais de régie, les appoitements de leurs employés, les intérets tant de leurs emprunts que des sommes assez considérables qui leur sont dues par le roi et par les troupes et les autres différentes dépenses qu'entraine leur entreprise, bien loin de leur laisser aucun bénéfice sur leur fourniture, les mettent dans la dure nécessité d'y perdre.
Pour parvenir à connaitre autant qu'il est possible si les demandes des entrepreneurs sont fondées, on a pris le parti de consulter quelques uns de Mr les inspecteurs généraux de l'artillerie et les inspecteurs particuliers des manufactures. En conséquence ils ont été chargés de prendre les renseignements les plus particuliers sur le prix auquel revient le fusil aux entrepreneurs dans chaque manufacture et de donner à cet égard tous les éclaircissements possibles.
 
Manufacture de Saint-Etienne :
Mr Guyot de Guiran, maréchal de camp, l'un des inspecteurs généraux de l'artillerie qui a visité la manufacture de St Etienne et qui y est entré dans les plus grands détails condernant la fabrication des armes, marque que le fusil de soldat revient aux entrepreneurs à 12 livres 1 sol et 7 deniers.
En sorte qu'en apparence ils y trouvent un bénéfice de 1 livre 13 sols et 5 deniers. Total pareil au prix du fusil : 13 livres 15 sols.
Mais il observe que ce bénéfice qui parait assez considérable, est en partie absorbé par le retard des payements des sommes qui sont accordées aux entrepreneurs, par leurs emprunts, les intérêts des sommes qui leurs sont dues, leurs frais de voyage, les approvisionnements de bois de noyer et autres matières qu'ils sont tenus de se procurer quatre ou cinq années avant de les employer et les rebuts qui s'y trouvent lorsqu'il est question de les mettre en oeuvre.
Il ajoute qu'il est essentiel d'obliger les entrepreneurs à se pourvoir de fer de la forge de Betfort en Alsace et de le fournir aux ouvriers mais qu'il coutera plus cher que celui de Franche Comté dont on fait usage, ce qui leur occasionnera un sourcroit de dépense, qu'ils ne pourront supporter sans égard à l'augmentation de prix qu'il parait d'ailleurs juste de leur accorder.
Mr de St Hilaire inspecteur particulier de cette manufacture marque de son côté que le prix du fusil de soldat revient aux entrepreneurs à 12 livres et 3 sols, en sorte qu'ils y trouvent un bénéfice apparent de 1 livre 12 sols, total pareil au xprix du fusil : 13 livres 15 sols.
Mr de St hilaire sans entrer dans les mêmes détails que Mr de Guyol sur les dépnses qu'entraine la fabrication des armes, observe seulement que le retard des payements et les autres charges des entrepreneurs diminuent ce bénéfice apparent. Il conclut par représenter qu'il lui parait convenable d'accorder à ces entrepreneurs une augmentation de 20 sols par fusil dont il estime que la principale portion doit être repartie aux ouvriers par augmentation sur quelques vues des pièces qui entrent dans la composition de l'arme.
 
Manufacture de Charleville :
Mr de Montbeillard, inspecteur de cette manufacture marque que si les entrepreneurs essuient des retards sur leurs payements et s'il leur en coute des escomptes sur les effets qui leur sont donnés en payement à longues échéances, il s'en suit une perte réelle pour eux, qu'en conséquence ils se trouvent obligés de faire leurs approvisionnements à contre temps et dans le cas de faire des emprunts pour remplir le service dont ils sont chargés.
Que par ces raisons il est presque impossible de déterminer au juste le prix du fusil, que pour en approcher de près il faudrait que les fournitures fussent toujours égales, les durées ou matières à des prix constants, connaitre la valeur exacte de leurs fonds, de leurs batiments, forges, usines et approvisionnements, en distinguant les bois, fers et autres matières, soit de bon service ou que l'on pourrait se trouver dans le cas de rebuter par rapport à leur mauvaise qualité ou à leurs défauts.
Suivant l'état que Mr de Montbeillard a joint à sa valeur du 25 mars dernier, les différentes pièces qui entrent dans la composition du fusil et les autres dépenses qui y sont relatives, il revient aux entrepreneurs à  : 12 livres 18 sols et 5 deniers, en sorte que leur ébénfice apparent est de 16 sols et 7 deniers. Total pareil au prix du fusil est de 13 livres 15 sols.
Mr de Montbeillard observe cependant que les bois venant a augmenter comme il y a lieu de le craindre, ce benéfice de 16 sols et 7 deniers sera diminué, que d'un autre côté si le fond de la manufacture et les approvisionnements des entrepreneurs sont seulement de 600 mille livres comme ils le prétendent, au lieu de 300 mille auxquels il les a évalués, il en doit résulter une diminution de bénéfice de 12 sols par fusil, ce qui l'absorberait pour ainsi dire en entier. Encore faudrait-il qu'ils fussent assurés d'une fourniture de 25 mil fusils au moins par année, car si elle se trouvait réduite à 12 ou 15 mil, ce qui peut arriver surtout en temps de paix, alors une partie de leur charge étant les mêmes pour une médiocre fourniture que pour une plus considérable, ils demeuraient en perte réelle.
Mr de Montbeillard ajoute que dans le prix coutant du fusil apprécié à 12 livres 18 sols 5 deniers ne sont point compris les intérêts des sommes dues aux entrepreneurs par le roy et les troupes, l'escompte des effets qui leur sont donnés en payement à longues échéances, les petites pensions alimentaires qu'ils sont dans le cas de faire à de vieux ouvriers infirmes, ni les gratifications qu'ils accordent aux meilleurs ouvriers pour exciter l'émulation.
Il laisse enfin au ministre a décider de l'augmentation qu'il jugera a propos d'accorder aux entrepreneurs sur le fusil de soldat pour leur donner moyen de se soutenir.
 
Manufacture de Maubeuge :
Mr Geoffroy de Flevy ci devant inspecteur de la manufacture de Maubeuge sans entrer dans les mêmes détails que Mr de Montbeillard, ni mettre en considération les dépenses ordinaires et extraordinaires qu'entraine une manufacture marque que suivant le prix des matières qui entrent dans la fabrication du fusil et ceux de la main d'oeuvre payée aux ouvriers, il revient à l'entrepreneur aux prix coutant à 10 livres 8 sols et 9 deniers. Mais il représente qu'il est indispensable d'accorder aux ouvriers une augmentation sur le prix de la main d'oeuvre de quelques pièces du fusil qu'il apprécie à 8 sols 9 deniers. En sorte que le déboursé de l'entrepreneur sera porté à 10 livres 17 sols et 6 deniers.
Il ajoute que l'entretien des batiments et usines de la manufacture, la réparation des réservoirs et canaux, la fourniture des meules et gros outils, la retenue des 6 deniers par livre et autres frais sont à la charge de l'entrepreneur, mais il n'en fait aucune appréciation sur le prix de l'arme.
Le sieur Darets entrepreneur de la manufacture représente qu'elle a été établie avec l'agrement du roy il y a 62 ans par son ayeul, qu'en l'état ou elle est à présent avec des dépendances elle fait un objet d'environ 300 mille livres qui ne produit aucun intérêt ; que feu son père a sacrifié quatre vingt mille livres du bien de son épouse actuellement vivante et la plus grande partie du sien pour soutenir cette manufacture dans des temps difficiles et attendre le payement de plus de 200 m a qui lui étaient dues par sa Majesté.
Il observe qu'on avait flatté feu son père de lui accorder les intérets de cette somme de 200 m dont il était alors en avance sur ses fournitures à compter de l'année 1754 jusqu'au parfait payement, ainsi qu'il en a été usé en faveur des entrepreneurs de la manufacture de Charleville qui cependant se trouvaient dans un cas moins favorable que lui ; que si la même grace ne lui a pas été octroyée, ce n'a été que parce qu'il n'avait personne à la Cour qui sollicita en sa faveur et qu'étant seul, il était forcé de se tenir à sa manufacture ou sa présence était nécessaire pour en suivre le travail.
Le sieur Darets ajoute que précédemment il lui était permis de faire réparer les canons de fusils auxquels il avait été reconnu quelques légers défauts après la seconde épreuve, mais que l'ordre donné depuis quelques temps de les rebuter lui fait un tort considérable, dégoute les ouvriers auxquels il n'est pas en état de payer la main d'oeuvre de ces canons et par cette raison fera abandonner leur travail.
Il observe enfin qu'il lui sera de toute impossibilité de soutenir sa manufacture si l'augmentation de 3 livres par fusil qu'il demande ne lui est pas accordée.
Mr de Morey, maréchal de camp, inspecteur général de l'artillerie qui a été consulté sur les demandes du sieur Darets observe qu'il a reconnu que le fusil de soldat lui revient a quelque petite chose de plus qu'à Charleville par rapport au bois de noyer qui lui coute plus cher et qu'il lui parait juste de lui accorder une augmentation sur le prix du fusil de soldat mais que la demande qu'il fait de porter cette augmentation à 3 livres est excessive.
On croit pouvoir dire que quoique Mr Geoffroy de Flevy ne porte le prix coutant du fusil de Maubeuge qu'à 15 livres 17 sols et 6 deniers compris l'augmentation qu'il demande d'accorder à l'ouvrier il revient à l'entrepreneur a quelque chose de plus qu'à Charleville, dont Mr de Montbeillard, qui a approfondi la matière, évalue les déboursés à 12 livres 18 sols et 5 deniers.
Par les raisons ci devant détaillées, il parait de toute justice et même indispensable d'accorder aux entrepreneurs des manufactures à commencer de cette année une augmentation sur le prix du fusil de soldat qu'ils sollicitent depuis longtemps à de biens justes titres et qu'en leur assurant des payements réguliers mois par mois proportionnés aux fournitures dont ils seront chargés. Cette augmentation peut être seulement portée pour St Etienne à ... et pour Charleville et maubeuge à ... cette différence de prix qui a eu lieu pendant plus de trente ans jusqu'en 1750, est motivée sur les établissements considérables de ves deux dernières manufactures auxquelles les entrepreneurs ont employé de gros fonds sur ce qu'ils sont obligés de tirer de l'étranger une partie de leurs matières, entre anutre le charbon de pierre que les premiers trouvent aux portes de St Etienne.
Il est à considérer que cette augmentation du prix de l'arme ne demeurera dans la suite que pour la moindre partie à la charge de Sa Majesté par la raison que lorsqu'il sera délivré des fusils aux troupes d'infanterie des magasins du roy, elles les payeront au même prix qui sera accordé aux entrepreneurs et que Sa majesté en fera seulement les avances pour en approvisionner ses arsenaux.
Il parait encore convenable d'accorder aux entrepreneurs des passeports pour exemptes de payement des droits les fers nécessaires pour la fabrication des armes afin qu'ils n'ayent point de pretexte pour se dispenser de les tirer des forges qui leur sont indiquées.
On croit devoir ajouter qu'il parait juste d'accorder en particulier au sieur Darets et à sa famille un dedommagement pour leur tenir lieu des intérêts de la somme d'environ 200 mille livres dont leur père a été en avance pendant plusieurs années puisque cette même grace a été accordée par une décision du roy aux entrepreneurs de Charleville dont l'objet s'est monté à 83 251 livres. Que le sieur Darets se trouvait alors dans un cas plus favorable qu'eux puisqu'il a sacrifié la plus grande partie de son bien et celui de sa femme pour soutenir sa manufacture, qu'il était d'ailleurs seul sans autre ressource et que les entrepreneurs de Charleville étaient en grand nombre et dans une situation bien moins facheuse.
On estime que les dédommagements qu'il convient d'accorder au sieur Darets et à sa famille peut être fixé à ... et qu'il sera encore très inférieur aux intérêts que leur père avait lieu de prétendre.
Monseigneur est supplié de faire connaitre ses intentions sur les différents objets contenus dans ce mémoire qui se réduisent à trois points principaux :
à l'augmentation du prix du fusil de soldat
à l'exemption des droits sur les fers nécessaires à leur fabrication
et au dédommagement à accorder au sieur Darets.
 
Détail du prix du fusil que le roy a agréé dont le model scellé du cachet de monsegneur Chamillart sera remis a ceux qui ont l'inspection des armes tant à Paris qu'à Lion et Charleville.
Fusil
Prix qui se paye aux ouvriers
Canon compris la première épreuve 4 livres 10 sols
achevage et polissage 4 sols
la platine 1 livre 15 sols
Bois et montage 1 livre 13 sols
équipage et achevage 16 sols
Seconde épreuve 2 sols et 6 deniers
Les deux anneaux, façon de grenadiers 8 sols
Total : 9 livres 8 sols et 6 deniers
Commissions de St Etienne : 9 sols
Pour encaissage et emballage, voitures, provisions des commissionnaires de Roanne et Orléans, faux frais de rupture qui se fait aux armes : 1 livre et 5 sols
Trois deniers des Invalides : 3 sols 6 deniers
Total : 11 livres 6 sols
Le sieur Titon nommé dans les marchés précédés s'est engagé de fournir dorénavant les fusils de soldat rendus à Lion à 13 livres chacun, et à 13 livres 10 sols ceux rendus à Paris, dont il y aura 9 livres 8 sols 6 deniers pour les ouvriers qui les auront fabriqués.
Conformément au détail cu dessus transcrit, et le surplus sera pour les frais de commission d'emballage, de magasin, entretien, interets des avances, peines et soins du sieur Titon, ce qui a été accordé par Monsegneur Chamillard au nom de Sa Majesté, avec faculté à Titon de faire travailler seul dans les manufactures de St Etienne et Charleville comme cela s'est fait dans l'établissement du magasin royal, à condition néanmoins d'avoir toujours pendant la guerre trente mil fusils et douze mil pendant la paix à commencer du 1er avril de l'année prochaine pour l'armement de ses troupes qu'il remplacera dans les magasins, à mesure qu'il en livrera. Le prix des autres armes se substituant comme il a été réglé par le premier marché. Fait à Versailles le onze avril 1702
Signé Chamillard et Titon
 
 
Tableau des prix du modèle de 1774; considéré seulement pour les ouvriers, scavoir :
Aux canonniers 4 livres
Aux garnisseurs 10 sols 6 deniers
Aux foreurs, 5 sols 3 deniers
A l'émouleur 3 sols
Total : 4 livres 18 sols et 9 deniers.
Il existe encore d'autres petits frais pour le canon qui seront les mêmes pour le modèle de 1777 comme pour celui de 1774.
 
Platine : aux forgerons : 3 livres
Il existe encore d'autres petits frais pour la platine qui seront aussi les mêmes pour le modèle 1777 comme pour celui de 1774.
Baguette :
Aux forgerons : 13 sols 6 deniers
Aux émouleurs : 2 sols 6 deniers
Aux limeurs, et tourneurs de tête 9 sols
Total : 16 sols 9 deniers
Il existe encore d'autres petits frais pour les baguettes qui seront aussi les mêmes pour le modèle de 1777 comme pour celui de 1774
 
Pièces de garnitures :
Sous garde : 6 sols
Plaque : 7 sols 6 deniers
Embouchoir : 9 sols
Grenadière : 6 sols 3 deniers
Battant : 2 sols 3 deniers
Capucine : 3 sols 9 deniers
Portevis : 1 sol 3 deniers
Ecusson : 4 sols 6 deniers
Détente : 1 sol 3 denier
Ressort de baguette : 1 sol 9 deniers
Ressort de bayonnette : 1 sol 9 deniers
Total : 2 livres 5 sols et 3 deniers
 
Bois de noyer : 1 livre 3 sols
 
Main d'oeuvre équipeur monteur : 2 livres 8 sols
 
Examen des raisons qui nous ont semblé nécessiter l'augmentation ci-dessus pour certaines parties du modèle de 1777 :
 
Canonnier : Nous avons projeté de donner 5 sols d'augmentation au canonnier avec lequel nous n'avons point encore fait de prix, quoique nous ayons déjà plus de douze cent canons de forgés.
Et la raison que nous avons de cette augmentation, c'est l'assujettissement où nous devons actuellement tenir cet ouvrier de forger plus serr, et de ne souder ces bonnes chaudes que sur le point précis où la broche n'a que 6 lignes, ce qui exige plus d'attention, de travail, et même un peu plus de manière dans la lame à canon.
D'ailleurs cet ouvrier est exposé à essuyer beaucoup de pertes dans son ouvrage et comme c'est lui qui est l'ame de la manufacture, il faut au contraire de ce qu'on a fait jusqu'à présent, tacher d'améliorer un peu son état.
Garnisseur :
Nous avons projeté aussi de donner au garnisseur 3 sols d'augmentation :
1/ à cause du tenon d'embouchoir ou croissant qui est plus difficile à ajuster par sa forme et sa position
2/ à cause de la lumière du canon qui devra se percer de bas en haut, ce qui forçant l'ouvrier de tenir son poinçon obliquement sera cause qu'il en cassera beaucoup, ainsi que nous l'avons déjà éprouvé.
3/ à cause du bouton de culasse qu'il doit forger plus gros, du pas de vis qui est plus serré et plus profond, ce qui rend le bouton de culasse plus difficile à faire, ainsi que le taraudage des canons : ces deux derniers objets obligeront encore le garnisseur de renouveler souvent ses taraudes et ses filières.
 
Foreur :
Nous devons donner aussi au foreur deux liards d'augmentation, à cause du travail qu'il a deplus, pour former au tonnerre du canon la boite d'évasement prescrite pour en préparer le taraudage, et parce qu'il convient aussi de lui tenir compte de la fabrication, et de l'entretien des outils nécessaires à cette opération.
 
Emouleur :
Nous projetons encore de donner aussi à l'émouleur 400 (?) deniers d'augmentation, parce qu'il sera assujetti scrupuleusement aux proportions ordonnées pour le canon, et dans lesquelles il ne se maintiendra qu'en travaillant avec beaucoup de précaution et en présentant souvent son calibre, ce qui lui prendra beaucoup de temps.
 
Platines :
La platine du nouveau modèle comparée avec celle de 1774 présente pour la forge plusieurs différences qui augmentent la matière et enchérissent le travail du forgeron.
Le corps de platine étant plus épais notre échantillon de fer ordinaire pour cette partie s'est trouvé trop faible, et nous avons été obligés d'en fendre de plus forts.
Il en est de même pour les chiens dont les reins et la sous gorge se trouvent aussi plus larges et plus épais.
La noix se trouve également plus forte que celle du modèle de 1774 et nos anciens moulins n'ayant pu servir, nous avons été obligés d'en faire faire d'autres.
L'angle de la batterie est un objet difficile pour la forge, et il causera souvent la perte de cette pièce, jusqu'à ce que les platineurs en aient pris l'habitude.
La pièce de pouce de la batterie, inusitée jusqu'alors, est entrée aussi pour quelques chose dans les objections du forgeron de platines.
Mais le limeur en fait un objet considérable de difficultés, en disant qu'il ne lui fallait qu'un coup de lime pour achever la face de batterie de 1774 et qu'il lui en faut ici plusieurs.
Il fait aussi la même objection pour le rempart et le bassinet, qui n'étant plus dans les mêmes plans, ne peuvent plus comme précédemment s'achever du même coup de lime.
Le limeur, remontre encore une difficulté très assujettisante dans la batterie, c'est d'être obligé de faire attention à percer toujours les trous du pied de batterie dans le même point, le bassinet de cuivre et sa bride ne pouvant plus varier.
La pente, les arrondissements et le bombage de la batterie sont encore des assujettissements pénibles pou le limeur.
Le fraiseur de la vis du bassinet au modèle de 1774 se faisait conique, dans le nouveau modèle elle est ... et avec une embase pour la soutenir au colet, par conséquent travail et difficulté de plus.
Au bas de la crete derrière la machoire inférieure, il y a encore un évidement qui interrompt le coup de lime, et qui ralentit par conséquent le travail de l'ouvrier.
Toutes ces difficultés bien considérées et débattues avec les platineurs, nous avons cru ne pouvoir nous dispenser de donner pour la forge et la lime de la platine du nouveau modèle, dix sols trois deniers d'augmentation sur la platine de 1774 nonobtant le petit profit que fait le forgeron sur le bassinet de forge qu'ile ne fournit plus.
Quant au bassinet de cuivre que l'on donne aux platineurs, nous en avons discuté le prix avec le fondeur, et après l'examen le plus crupuleux, nous sommes tombés d'ccord avec lui de lui payer six sols pièce.
Ce qui joint à 10 sols 3 deniers ci-dessus donne un prix de 16 sols 3 deniers d'augmentation par platine.
Ces trois deniers font acconrdés pour la noix, parce que comme nous l'avons observé ci-dessus, elle est plus forte que celle de 1774.
 
Baguette :
La fabrication de la baguette pour le nouveau modèle, étant à peu près la même que pour celui de 1774 nous n'avons pas jugé à propos de faire aucun changement dans les prix de cette partie.
 
Garnitures :
Sous garde et écusson
Indépendamment des difficultés qui présente l'ecusson du modèle de 1774 pour la forge, il faut encore pour l'écusson du nouveau modèle que le forgeron réserve une épaisseur suffisante de fer pour former la plate forme dans laquelle se loge la bascule de la sous-garde.
Il faut aussi qu'il réserve l'épaisseur de fer qu'exige l'emplacement des doigts du tireur, et les arrondissements nécessaires pour former cet emplacement.
Quant à la sous-garde du nouveau modèle comparée avec celle du modèle de 1774 elle n'exige de plus pour la forge que le soin de réserver au noeud de derrière la quantité de fer suffisante pour former la bascule.
Mais les plus grandes difficultés de ces deux pièces sont dans la lime, à cause de l'ajustage qui ne peut être trop parfait pour leur union puisqu'au moyen de la bascule, ces deux pièces ne doivent plus en faire qu'une lorsqu'elles sont super l'une sur l'autre.
Il existe encore pour le limeur un assujettissement très grand, et cependant indispensable qui consiste à conserver à l'ecusson le contour prescrit sans lequel l'union parfaite des deux pièces ne pourrait pas avoir lieu.
Les arrondissements de ces deux pièces et le perçage des trous sont encore des objets à prendre en considération pour cet ouvrier, parce qu'ils exigent de lui beaucoup d'attention et de temps.
D'après toutes ces observations et les plus longs débats que nous avons eu avec le forgeron, et le limeur d'ecusson et de sous-garde, nous n'avons pu nous défendre d'accorder pour la fabrication de ces deux pièces ensemble, tant pour la forge que pour la lime, 24 sols au lieu de 6 sols 6 deniers qu'on payait au modèle 1774.
 
Observation pour note : Il n'y a pas un ouvrier de sous garde à la manufacture qui ne certifie qu'il a plutot achevé une sous garde d'arme fine qu'on lui paye 40 sols, qu'une sous garde de nouveau modèle, et que sans la quantité qu'ils espèrent en faire, au lieu de 24 sols, a quoi nous les avons taxés, ils aimeraient mieux renoncer à leur métier que d'en faire une seule à moins de 30 sols.
 
Plaque :
Cette pièce est plus difficile pour le forgeron dans le nouveau modèle que dans celui de 1774 ; le dedans de la plaque n'est qu'un plan horizontal qui n'a point d'emboutissure, d'ailleurs pour s'y procurer la hauteur du talon, il faut réserver 5 ligues de fer (lignes ?) d'épaisseur dans cette partie.
Au lieu qu'au modèle de 1774 le forgeron avait la facilité de l'emboutissure et par son moyen la hauteur du talon se trouvait dans trois ligues d'épaisseur au plus.
Il s'en suit donc de là que la plaque du modèle de 1777 indépendamment de son travail de forge qui est plus difficile, nécessité encore une augmentation de fer.
Il y a d'ailleurs dans cette pièce plus d'ouvrage pour le limeur que dans la plaque du modèle de 1774, tant à cause de la pente de la queue, que des arrondissements de toutes les surfaces vues sous différents sens.
D'après toutes ces observations et discussions avec l'ouvrier, nous avons jugé que le travail de cette plaque excédent à celui de la plaque du modèle de 1774 méritait deux sols six deniers d'augmentation.
 
Embouchoir :
Les plus grandes difficultés de cette pièce pour le nouveau modèle se rencontrent dans la forge, et elle est bien plus difficile à faire que l'embouchoir de 1774.
le forgeron est obligé d'y réserver une petite masse de fer pour y former la bouterolle dans laquelle doit se placer à écrou la petite vis destinée à arrêter l'embouchoir.
Cette petite masse réservée est gênante pour l'ouvrier lorsqu'il veut rouler la partie supérieure de l'embouchoir quand il se dispose à le souder.
Le manque de coulisse au dit embouchoir gêne aussi beaucoup cet ouvrier, et il a, à cause de cela, beaucoup de peine d'en élever le nez qu'il est obligé de tirer exprès, et auquel il ne peut donner la hauteur qu'en forçant la broche à outrance.
Or pour toutes ces opréations, il faut qu'il rapporte à chaud l'embouchoir sur son mandrin jusqu'à quatre fois, tandis qu'à l'embouchoir de 1774 il le finissait en deux.
Au reste cette pièce est très scabreuse à forger parce qu'elle peut casser facilement aux deux coins du nez à cause de l'enfoncement de la broche pour le former et des chaudes réitérées.
La bouterolle ne pouvant être réservée à la forge qu'en masse, comme nous l'avons dit plus haut, c'est le limeur qui doit la former, ce qui fait un travail assez difficile pour lui et excédent dans le nouveau modèle à celui de 1774.
D'après toutes ces observations et discussions avec l'ouvrier nous avons jugé que cet embouchoir du nouveau modèle méritait trois sols d'augmentation.
 
Grenadière à battant :
Cette pièce du nouveau modèle n'a rien de commun avec la grenadière du modèle de 1774. cette dernière n'étant qu'une simple boucle soudée à laquelle on a enlevé de forge un bouton où est percé le trou qui reçoit le battant.
La grenadière du nouveau modèle, au contraire, demande beaucoup de justesse pour la forge, elle est formée d'un morceau de fer aplati aux extrémités duquel il doit être réservé deux têtes lesquelles sont pliées sous un angle obtus pour qu'en se rejoignant en roulant la pièce, elle puisse former la charnière qui doit recevoir le battant.
Si la bande se trouve trop longue entre les deux têtes la pièce est manquée parce qu'alors elle a un plus grand diamètre que le mandrin.
Elle demande encore plus de savoir faire dans le limeur,
1/ parce que la partie intérieure de cette grenadière qui porte sur le bois étant convexe pour remplir la concavité ménagée exprès au dit bois pour assujettir la dite grenadière, la forme intérieure en est difficile à rencontrer avec la précision qu'exige son usage.
Les trous de la charnière ne sont pas moins difficiles à percer justes et pour qu'ils soient percés ou plus haut ou plus bas, cette pièce se trouve disproportionnée et par conséquent de rebut.
La justesse de la vis et son taraudage, la perfection de la charnière et de son écrou sont des choses qui n'exigent pas peu d'adresse et de temps de la part du limeur.
Le battant d'en bas est à peu près le même quant à la forme que celui du modèle de 1774 nous avons exigé seulement qu'il soit plus achevé.
D'après toutes ces observations et discussion avec l'ouvrier, nous avons jugé que cette grenadière avec le battant d'en bas du nouveau modèle méritait 6 sols de plus que ces deux mêmes pièces au modèle de 1774.
 
Equipeurs Monteurs :
Nous avons observé déjà que l'equipeur monteur pour le modèle de 1774 n'était pas mieux payé que pour celui de 1763, dans les dernières années quoiqu'il y ait pour lui une augmentation d'ouvrages assez considérable, et même plus de risque à courir dans son travail :
1/ relativement à l'écusson portant arrêt lequel exige d'être mis en bois avec la plus grande précision dans toutes sa longueur
2/ cet écusson gêne aussi beaucoup l'equipeur monteur pour le forage de sa baguette puisqu'en effet, pour peu que le canal de la dite baguette, se dévoye, et ne rencontre pas exactement l'arrêt de l'ecusson le bois doit être rebuté et reste en pure perte pour lui.
3/ cet equipeur monteur a encore une peine de plus avec cet ecusson au modèle de 1774 qu'à celui de 1763 dans l'ajustement de la première vis de sous garde qui doit traverser le dit ecusson
4/ de plus le ressort de baïonnette placé à l'extrémité du bois sur le devant et qui y exige un petit logement dans sa partie la plus faible, a souvent été cause que l'equipeur monteur a eu des bois rebutés parce qu'il était difficile d'éviter de les fendre dans ce point.
D'après les risques de cet ouvrier dans son travail et les difficultés qui s'y trouvent de plus au modèle de 1774 qu'à celui de 1763, nous ne concevons pas comment on avait pu faire pour éviter d'augmenter son prix.
Aussi cela l'a-t-il fait crier beaucoup dans le temps et le mécontente même encore à présent pour le petit nombre de fusils du modèle de 1774 qui nous restent à faire.
Mais comme ce que nous avons dit ci dessus pour l'ecusson subsiste aussi dans le nouveau modèle, et que le travail y est même plus considérable parce que l'ecusson y est plus long et qu'il est contourné suivant la forme de dessous de la crosse du fusil, l'equipeur monteur sera assujetti à ne rien changer au contour de cet ecusson, en le mettant en bois, parce que s'il le déformait le moins du monde, la bascule de la sous garde ne pourrait plus rentrer dans le petit logement qui fait son ajustage.
L'embouchoir du nouveau modèle lui donne encore un travail qui exige de la précaution pour y tarauder la bouterolle et y adopter la petite vis qui doit le contenir en le fixant au croissant.
D'ailleurs il ne lui sera pas facile non plus de former au bout de cette vis le rivet qui doit l'empêcher de sortir de son petit écrou parce que ce rivet se trouve précisément dessous la base supérieure de l'embouchoir.
Cet ouvrier aura donc la peine de dégrossir le croissant qui sera laissé exprès un peu plus plein par le garnisseur, a fin que l'equipeur monteur puisse plus facilement l'approprier à son usage et le disposer comme il jugera plus convenable.
En conséquence de toutes ces observations relativement à l'equipeur monteur et de l'intention où nous sommes conformément au réglement de retirer à cet ouvrier la trempe des platines que nous évaluons seulement à deux sols six deniers, parce qu'il restera toujours obligé d'en blanchir et polir comme il faut toutes les pièces.
Nous projetons et jugeons nécessaire de lui donner pour montage et équipement du fusil du nouveau modèle, le prix de 51 sols 6 deniers net, ce qui comparé avec le prix du modèle de 1774 fait à cet ouvrier une augmentation de 6 sols par fusil. Le prix de la trempe étant soustrait et ce qui nous met en droit, en le payant aussi convenablement, d'en exiger un bon et fidèle service.
 
De la trempe :
L'equipeur monteur étant dechargé de la trempe, nous comptons en former un atelier à part, pour lequel nous avons déjà notre établissement préparé et conformément au réglement du nouveau modèl, nous y mettrons en tête un maitre ouvrier dont nous avons déjà fait choix, sur qui roulera toute cette opération, et qui nous en répondra, cependant elle n'en sera pas moins dirigée principalement par les officiers et contrôleurs et ce maitre ouvrier sera très bien payé, avec les deux sols six deniers  par platine soustraits à l'equipeur monteur d'autant plus qu'il ne sera assujetti qu'à blanchir les pièces susceptibles de recuit et seulement de manière à le mettre à même de connaitre par sa couleur les degrés du dit recuit.
Il résulte de tout ce que nous venons d'exposer que pour monter comme il faut, le travail du nouveau modèle dans cette manufacture et nous mettre à même d'exiger des différents ateliers la besogne telle qu'il convient de l'avoir pour faire un bon service nous jugeons que le prix de la fabrication du dit nouveau modèle doit excéder celui du modèle de 3 livres sauf à diminuer par la suite quelques petites bagatelles sur certaines parties, lorsque les ouvriers auront acquis plus de facilité par l'habitude...
 
 
Etat des prix payés par les entrepreneurs dela manufacture d'armes de Charleville à leurs ouvriers pour la fabrication des pièces du fusil de Vincennes suivant le premier modèle envoyé à cette manufacture par ordre de Monseigneur le maréchal Duc de Belleisle suivant sa lettre du 28 février 1758, savoir...
Second modèle envoyé à la manufacture de Charleville par ordre de Monsiegneur le Marquis de Cremilles suivant sa lettre du 19 juin 1758...

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Un peu d'histoire sur les manufactures au 17e et 18e siècle Empty Re: Un peu d'histoire sur les manufactures au 17e et 18e siècle

Message  Conservateur le Jeu 17 Déc 2020, 21:44

Suite...

Mémoire – Manufacture de Saint-Etienne, février 1785
 
Les propriétaires de la manufacture d'armes de St Etienne, justement alarmés de la situation de leurs affaires, et de la chute prochaine de leur manufacture, qu'ils prévoient depuis longtemps, ont déjà eu l'honneur d'exposer par différents mémoires au Ministre, et à Mr de Gribeauval les raisons qui ralentissent le cours de la fabrication, et qui réduisaient leurs bénéfices à peine à six et demi pour cent de l'intérpet de leur mise de fonds. Ils appuièrent leurs réclamations au mois de septembre dernier par des états circonstanciés des pertes énormes que les ouvriers canonniers supportaient, lesquelles avaient forcés plusieurs d'entre eux d'abandonner le travail, et que tous avaient progressivement contracté des dettes si considérables envers les entrepreneurs qu'ils sont hors d'état de pouvoir jamais les acquitter. Ils demandèrent en conséquence une augmentation de 40 par fusil et qu'on se relâchat un peu de la sévérité du réglement de 1777 relativement aux canons, à la perfection desquels les ouvriers n'ont pu atteindre au prix qui en é ét précédemment fixé. Le ministre a bien voulu avoir égard à leurs représentations et leur annoncer qu'il leur serait payé à l'avenir 20 soles de plus par fusil d'infanterie et de dragon et mousqueton, à compter du premier janvier 1784. cette augmentation étant encore insuffisante pour satisfaire l'ouvrier, et produire aux entrepreneurs l'intérêt de 15% sur leur mise de fond que leur accorde le réglement de 1777 donnerait nécessairement lieu par la suite à de nouvelles réclamations. Par conséquent le roy ne serait jamais assuré du prix qu'il doit payer les armes qui se fabriquent pour prévenir cette incertitude et oter tout sujet de plainte et de réclamation aux entrepreneurs, ils supplient le ministre et Mr de Gribeauval de changer le régime actuel de leur manufacture et d'y en substituer un autre plus analogue aux dispositions du réglement de 1777 qui donnant aux preposés du roy une autorité entière et absolue pour la réception et la distribution des ouvrages, le prix et le choix des matières qui s'emploient, ne laissent d'autres fonctions et d'autres soins aux entrepreneurs que ceux de l'administration de la chose, ou de régisseurs intéressés. C'est donc sous ce point de vue et cette dénommination qu'ils demandent à être considérés et traités en cessant d'être entrepreneurs pour être régisseurs, ils n'auront plus de réclamation à faire ; les préposés du roy pourront exercer et étendre leur influence pour la plus grande perfection possible des armes, aussi librement et aussi loin qu'ils le jugeront nécessaire. Il ne pourra par conséquent plus y avoir de plaintes, parce que les régisseurs auront toujours un intérêt puissant pour concourir et seconder les préposés du roy, tant pour l'accroissement de la fabrication que pour lui conserver le degré de perfection qu'elel amaintenant ; dès ors il n'y aura plus entre eux qu'un même esprit, comme un même but ; c'est donc pour y parvenir et mettre leur réputation à l'abri de tout soupçon que les propriétaires de la MAS prennent la liberté de proposer un plan de régie auss facile à concevoir que simple dans l'exécution et par lequel le roy en indemnisant les régisseurs sur leur mise de fonds, ne paiera plus alors les fusils qu'au prix coutant, leurs propositions consistent en ce qui suit…
Pour empêcher que les canonniers ne s'endettent (ce qui arriverait infailliblement si on leur permettait de disposer à leur volonté des canons qui leur sont rebutés) les régisseurs s'obligent à prendre pour leur compte tous ceux qui sont condamnés pour travers, chambres et défauts de proportion, en conséquence les ouvriers à qui ils appartiendront seront appelés une fois par mois pour les reconnaitre en présence d'un officier, en effacer leur marque : après quoi ils seront remis aux régisseurs qui les feront porter sur leur compte au prix qui sera convenu, et arrêté en déduction de ce qu'ils devront, car s'ils ne devaient rien, ils leur seraient payés comptant.
Les régisseurs s'obligeant à prendre tous les canons rebutés, comme aussi à garder pour leur compte, les bois et les fers auxquels on aurait reconnu quelques défauts de qualité aux visites et dans le cours de la fabrication, demandent à être maintenu dans le privilège accordé à leur manufacture de faire fabriquer exclusivement les armes du calibre de guerre, ainsi qu'il est porté par les lettres patentes d'aout 1769 et aux termes de l'ordonnance du roy du 7 juillet 1783 sans quoi ils ne pourraient pas se charger des canons rebutés aux ouvriers.
En faveur de ce privilège, les régisseurs feront exécuter par les ouvriers de la manufacture, de préférence à tous autres les armes qui leur seront demandées par les Cours étrangères, les armateurs ou celles qu'ils enverraient par spéculation dans les colonies. Ils feront part à l'inspecteur de ce qu'ils se proposent de faire fabriquer, et se concerteront avec lui, pour employer les ouvriers qui n'auraient pas suffisamment de travail et ne pas déranger ceux qui seraient utiles aux besoins du service. Les régisseurs conviendront de prix de gré à gré avec ces ouvriers, attendu que ces sortes de fournitures ne sont autres que des opérations de commerce dont ils se chargent à leur risque péril et fortune.
Les régisseurs remettront en la disposition du roi et de ses préposés tous les magasins, salles de recette et autres qui renferment les effets du roi, ou les approvisionnements qui y rassemblés à cet usage. Les clefs seront sous la main de l'inspecteur : les régisseurs se réservant seulement la disposition du magasin des fers de rebut, du second grenier à bois ou sont déposés ceux qui arrivent, avant d'être visités et admis pour le service du roi, et les magasins du rez-de-chaussée de la partie des bâtiments donnant sur la rue de valbenoite pour y recevoir et retirer, comme ils l'ont fait jusqu'à présent, tous les rebuts et autres approvisionnement de commerce. Ils se réservent aussi leurs logements, ceux de leurs commis, et leurs bureaux, de la même manière qu'ils en jouissent et en ont jouis depuis que la manufacture leur appartient.
 
Corps Royal d'Artillerie à MAS
Procès verbal d'examens et discussion des dettes des ouvriers canonniers et autres attachés au service de la manufacture d'armes de St Etienne dont les entrepreneurs de cet établissement demandent qu'il leur soit tenu compte par le roi.
Nous, inspecteur de la MAS, aidé des officiers et contrôleurs soussignés, en conséquence des ordres de Mr de Gribeauval, premier inspecteur du Corps royal d'artillerie, à nous a remis par sa lettre du 18 novembre dernier, à l'effet de constater les avances que les entrepreneurs de la dite manufacture disent avoir fait à leurs ouvriers, et dont ils demanden qu'il leur soit tenu compte par le roi.Nous sommes faits représenter par les dites entrepreneurs les registres ou journaux sur lesquels ces dettent sont inscrites, les époques auxquelles elles ont été contractées, la nature et les motifs de ces avances et leur quotité ; et à l'aide de ces pièces, et autre renseignement relatif avons procédé à l'examen et discussion des dites dettes, les 17 décembre dernier et jour suivant, faisant venir chaque ouvrier pour l'entendre en présence des entrepeneurs, et nous assurer par son aveu, si la dette était conforme aux registres et aux réclamations des dits entrepreneurs, et si elle avait été nécessité par le service ou non.
Parmi les dites dettes, nous avons conformément aux ordres de Mr de Gribeauval, porté une attention particulière à celles qui ont été contractées par le dit ouvrier Mr du Monthieu et que les entrepreneurs actuels disent leur avoir été cédées pour comptant par ce dernier.
 
 
Premier état contenant les dettes des ouvriers envers les entrepreneurs actuels :
 
Canonniers :
 
Joseph Berthéas, du 14 juin 1777 au 29 octobre 1784
Antoine Merieux Chapuis, du 16 juin 1777 au 12 juin 1784
Claude Berthéas, du 16 juillet 1777 au 10 août 1780
Jean Louis Lyonnet, du 4 février 1779 au 4 août suivant
Martin Merley, du 14 juin 1777 au 17 juillet 1779
Nicolas Berthéas, du 17 juin 1777 au 15 juillet 1780
Jean Broussard, du 14 juin 1777 au 24 novembre suivant
Jean Rey Cottanson, du 23 juin 1777 au 13 décembre suivant
Jean Chapelon, du 23 juin 1777 au 14 octobre 1780
Denis Lyonnet, du 12 juillet 1777 au 14 août 1779
Louis Bonnard, du 14 juin 1777 au 23 juillet 1779
Barthélémy Lallier, du 4 juin 1777 à  ce jour
Jean Lallier, du 14 juillet 1778 à ce jour
Antoine Jacquet, du 23 juin 1777 au 23 juillet 1779
Claude Martinier, du 14 juin 1777 au 29 octobre 1785
Jean-Baptiste Lyonnet, du 17 juin 1777 au 14 octobre 1780
Jean Massardier, du 25 novembre 1777 au 14 février 1780
Louis Rousset, du 14 juin 1777 au 23 janvier 1782
Joseph Rousset, du 25 juin 1777 au 1er septembre 1780
Jean François Meyrieux, du 23 juin 1777 au 30 novembre 1780
Louis Reymond, du 20 octobre 1777 au 1er mars 1779
Toussaint Prajalas ou Drajalac ? Brajalac ? Du 17 juin 1777 au 14 octobre 1780
Gabriel Robert, du 18 juillet 1777 au 20 septembre 1782
Merieux Cellerette, du 17 juin 1777 au 22 avril 1780
Sebastien Lallier, du 14 juin 1777 au 17 mai 1780
Jean-Baptiste Blachon, du 3 juillet 1777 au 22 avril 1780
Pierre Fournier, du 22 septembre 1777 au 14 décembre 1782
Jacques Fournier, du 19 août 1777 au 27 octobre 1782
Jean Breuil, du 15 septembre 1777 au 1er février 1783
Joseph Blachon, du 14 juin 1777 au 6 avril 1782
Claude Guichard, du 14 juin 1777 au 1er avril 1786
Jean Louis Merieux, du 29 septembre 1779 au 4 septembre 1784
Joseph Bonnard, du 14 juin 1777 au 29 avril 1786
Jean-Baptiste Rigaud, du 14 juin 1777 au 1er avril 1779
 
Ouvriers en garnitures ou dresseurs morts ou insolvables :
 
Antoine Chometton, mort. Faiseur de garnitures.
Jean-François Brunon, insolvable. Ouvrier en garnitures.
Martin Merley, insolvable, ouvrier dresseur.
 
En constatant la réalité des dettes portées en l'état ci-dessus et en discutant avec les entrepreneurs, leur légitimité ou illégitimité, relativement au service, nous leur avons objecté qu'il ne paraissait pas naturel que le roi leur tint compte de celle qui ne provenaient que d'avances faites parce qu'ils avaient dû balancer celles qu'ils faisaient aux ouvriers, avec l'ouvrage que ces derniers pouvaient être ... ; et que tout fer ou argent, donné au-delà du besoin de la fabrication, ne devait point être regardé comme une avance faite pour le service.
Ils nous ont répondu qu'ils avaient été obligés à ces avances considérables pour retenir les ouvriers qui menaçaient de les quitter, soit parce que le commerce les leur débauchait journellement soit parce que les quantités considérables de rebuts qu'éprouvaient ces mêmes ouvriers les décourageaient que dans l'un et l'autre cas, ils avaient mieux ainsi s'exposer à perdre des avances nécessaires à des ouvriers qu'il était intéressant de conserver, que de risquer de voir tomber la fabrication faute de bras.
Ce qui nous a prau favorables au dire des entrepreneurs à cet égard, c'est que nous avons vu effectivement les dettes contractées pour cause d'ouvrages rebutés, fort au dessus de celles occasionnées par des avances seulement. C'est ce que nous avons cru devoir distinguer dans l'état ci-dessus dans la récapitulation duquel on voit pour chaque ouvrier, si sa dette vient d'avance seulement, ou bien des rebuts de sa fabrication, ou enfin de l'un et l'autre et dans quel rapport.
 
D'où nous croyons pouvoir conclure que la perfection dans l'arme, exigée avec raison depuis 1777, ayant mis les ouvriers dans la nécessité de s'endetter envers les entrepreneurs et ces derniers dans ce cas forcé de les soutenir, il est juste que d'une aprt l'ouvrier soit affranchi d'une dette qu'il n'a contractée que parce qu'on a exigé de sa fabrication une perfection ignorée jusque là, et que d'un autre côté l'entrepreneur soit indemnisé d'avances qu'il n'a faite que pour assurer le service.
Au reste ces dettes des ouvriers contractées depuis 1777 étant une fois remboursées, nous pouvons assurer Mr de Gribeauval qu'il n'en est point d'autres que les entrepreneurs ne puissent réclamer. Ils nous en ont présenté une beaucoup plus grande quantité, nous l'avons réduite à celle portée dans l'état qu'on vient de parcourir parce que parmi celles excédents, les unes ont été sur le champ compensées par des ouvrages que certains ouvriers réclamaient, ce qui a été reconnu par les entrepreneurs, et que les débiteurs des autres sont en ... avec les dits entrepreneurs, qui reconnaissent leur solvabilité, et se chargent de faire payer sans aucune réclamation contre le roi.
Signé : Carrier LaThuillerie Dubouchet ; Lambert, Merley, Javelle, le chevalier Delespinasse, De Fyard et le chevalier ?
 
 
Corps Royal de l'artillerie, manufacture d'armes
Observations en réponse à la lettre de Mr de Gribeauval a Mr d'Agoult, du 7 mai 1788 et à celle de Mr le Comte de Briennes à Mr de Gribeauval, du 23 du même mois :
On croit pouvoir assurer Mr de Gribeauval qu'il n'est pas possible d'exciter dans les manufactures une plus grande activité de travail, ni faire surveiller les contrôleurs, réviseurs et ouvriers, plus qu'ils ne le sont par messieurs les officiers. La perfection de la fabrication généralement reconnue, et la quantité d'armes fabriquées, au dessus des commandes de la cour, sont des preuves existantes, et de l'exacte surveillance de tous les préposés du roy sur les ouvriers, et d'une activité de travail, qui ne peuvent être portés plus loin.
Si la perfection de la fabrication occasionne des rebuts, c'est une suite indispensable des examens des ouvrages. On ne peut se relâcher de la sévérité salutaire de ces examens, sans exposer les manufactures à fournir aux troupes d'aussi mauvaises armes qu'on le faisait dans les temps d'anarchie qui ont précédé l'époque à laquelle Mr de Gribeauval a mis dans le régime des manufactures l'ordre qu'on y admire aujourd'hui.
C'est donc à tort que les entrepreneurs, ennemis nés des règles, et toujours prêts à s'y soustraire, ne cessent de représenter que les rebuts des ouvrages sont effrayants, pour employer ici leur expression. Ces rebuts sont ce qu'ils doivent être pour le salut des troupes ; et su les entrepreneurs étaient justes, ils conviendraient qu'on en a infiniment diminué le nombre, par le soin qu'on a pris d'éclairer les ouvriers, sur les véritables moyens, de connaitre les bonnes matières, de les éprouver et enfin de les employer à la meilleure fabrication des diverses pièces de l'arme. Ces procédés sont consignés dans les réglements des manufactures et l'on n'y peut rien changer, ni ajouter.
Une preuve particulière de l'attention des officiers à suivre ces réglements, et à ne rebuter que ce qui doit l'être, c'est qu'on n'examine jamais aucun ouvrage quelqu'ils soient, qu'en présence des ouvriers intéressés, leur montrant les défauts dans lesquels ils sont tombés, et leur enseigner avec patience les moyens de les éviter.
C'est surtout dans l'examen des canons que l'attention est portée plus loin. Lorsque les défauts ne sont pas assez sensibles à l'oeil, pour que les officiers, contrôleurs et réviseurs, puissent les condamner d'une voix unanime, on les remet à la salle d'humidité, pour un mois de plus, et on les revoit ensuite. Cette règle a été établie par Mr Dagoult dans les trois manufactures, pour assurer les décisions des préposés du roy, sur la partie la plus essentielle de l'arme, et oter aux ouvriers et aux entrepreneurs tout sujet de plainte de partialité ou d'inexpérience.
D'ailleurs ces canons de rebut sont remis à mesure aux entrepreneurs, revêtus des marques de réprobations ordonnées pour être employés à leurs armes du commerce. S'il s'en était trouvé qui eussent été rebutés sans raison, ils n'auraient surement pas attendu jusqu'à ce jour pour les représenter. On les met au défi de le faire.
C'est par une suite de l'amour du plus grand ordre et de la protection qu'il est natureld 'accorder à une classe aussi utile d'ouvriers que ceux des manufactures, que Mr de Gribeauval demande, si l'on ne pourrait pas "épargner encore plus à ces mêmes ouvriers, le temps qu'on leur fait employer gratuitement, lors de la présentation, examen et recette quelconque de leurs ouvrages, temps dont on a assuré qu'on pourrait facilement économiser une partie, animés du même esprit, de soutenir, et de protéger des malheureux dont nous devons être les appuis, en même temps que les juges, nous osons certifier à Mr de Gribeauval, que nous ne faisons jamais perdre aucun temps aux ouvriers, que nous le leur économisons autant qu"il est possible, et qu'on lui en a imposé lorsqu'on a osé lui assurer le contraire.
Les entrepreneurs ont également cherché à surprendre la religion de ce respectable chef, et à lui donner une impression défavorable des officiers des manufactures, lorsqu'ils se sont permis de lui dire, qu'on employait les ouvriers à des recherches et des polis superflus. On les évite au contraire autant qu'il se peut ; mais on ne regarde pas comme superflu les soins qu'on prend de s'assurer des défauts de fabrication, par le poli ordinaire qu'on est obligé de donner à toutes les pièces de forge pour les juger. Ce premier poli, bien éloigné des recherches superflues qui ne feraient que donner de l'éclat aux armes, sans rien ajouter à leur solidité, est si nécessaire pour les examiner qu'un des premiers contrôleurs des manufactures s'appelle meurtrier pour les canons, se regardant comme le moyen le plus sur d'en faire découvrir les défauts. Voila ce que les entrepreneurs appellent des polis superflus. Aussi est-ce en négligeant ainsi le soin que doivent avoir tous fabriquants, d'examiner ce qu'ils fournissent, que les entrepreneurs de la manufacture de Maubeuge, ont livré de si mauvaises armes aux régiments suisses, dans les temps où ils en ont soustrait l'examen aux préposés du roy, comme Mr Dagoult l'a observé dans son mémoire.
Nous ne nous départirons donc point des soins prétendus superflus, que les entrepreneurs nous accusent de donner à l'examen de la fabrication. Ils ne sont point superflus puisqu'ils assurent la solidité des armes et le salut du soldat.
Il n'est de recherches qu'on puisse appeler superflues, que celles qui sont outrées, absurdes, comme celles du sieur Mercier contrôleur des salles de Lyon, qui a prétendu trouver à nos canons des défauts qui n'existaient point, si ce n'est quelques points tolérés par les réglements au dessous des mesures de rigueur. On ne recevrait point d'armes s'il fallait les examiner avec cetet sévérité puérile. Nous nous défendons de ce mieux ennemi du bien, autant que de la négligeance. Ce sont deux extrêmes qu'il faut également éviter. Mais il faut savoir les connaitre. Aussi le procès verbal de l'examen fait par ordre de Mr de la Mortière, de 86 canons rebutés par le sieur Mercier, fait-il voir que dans ce nombre, il ne s'en est trouvé que deux très légèrement disproportionnés, et un autre à rebuter, non pour ce défaut que lui attribuait ce contrôleur, mais pour une doublure qu'il n'avait pas vue, tant il avait bien jugé, remarquant aux canons des défauts qu'ils n'avaient pas, et ne voyant pas ceux qu'ils avaient réellement. Mais revenons aux observations de la lettre de Mr de Gribeauval.
Ce général demande avec raison si l'on ne pourrait pas opérer la réduction si désirée du prix de l'arme en changeant le régime des manufactures. Nous pensons que le moyen de le faire serait de faire acheter au roi les bâtiments, outils et ustensiles des manufactures et de l'en rendre propriétaire comme il l'est de ceux de klingenthal en Alsace. Examinons la réduction que ce nouveau système opérerait sur le prix de l'arme.
Dans le régime actuel des manufactures de St Etienne, Charleville et Maubeuge, le roi paye aux entrepreneurs les armes qu'ils lui fournissent, aux prix coutant, et il leur donne en outre 15% de leurs immeubles, 15% de leurs approvisionnements et 10% du prix de fabrication, aux charges par eux d'entretenir et de répondre de leurs bâtiments et approvisionnements, et de prendre également à leurs charges tous les frais de régie et d'administration quelconques.
Dans le nouveau régime qui serait de compter de clerc à maitre avec les entrepreneurs, le roy leur rembourserait les armes qu'ils lui fourniraient, au prix coutant, il payerait les appointements de leurs commis sur les revues des commissaires des guerres, et il leur accorderait en outre, 5% de leur approvisionnements jugés nécessaires pour une fourniture annuelle de 12 000 armes, et 10% du prix de fabrication.
Les entrepreneurs ne pourraient se plaindre de ce traitement puisqu'ils y trouveraient plus que les intérêts ordinaires du commerce, sans courir aucun risque.
Pour juger de ce que le roi gagnerait à cet arrangement, qui n'est autre que celui du Klingenthal, on va comparer le prix des armes fabriquées, en suivant le régime actuel, au prix des mêmes armes fabriquées en suivant le système proposé. On prendra pour exemple la manufacture de St Etienne...

 
Mr Dagoult a fait connaitre par l'historique des manœuvres des entrepreneurs et par les infidélités prouvées de leurs commis, les raisons que Mr de Gribeauval avait eu d'établir les règlements des manufactures. Nous pensons comme ce directeur que ces sages règlements doivent être conservés, à moins qu'on ne veuille retomber dans l'inconvénient d'une fabrication négligée, et infecter nos arsenaux comme nous l'avons déjà observé, d'armes aussi peu sures, que celles qui sortaient des mains des entrepreneurs, lorsqu'ils étaient seuls chargés de la fabrication et que les officiers n'avaient pas l'autorité de s'y opposer.
Loin donc que nous pensions qu'on doive rien changer au fond de ces règlements, auxquels nous devons la solidité, la perfection et la beauté de nos armes, aujourd'hui l'étonnement et l'admiration de l'europe , nous supplions au contraire Mr de Gribeauval devant lequel nous les avons lu, et qui y a de nouveau donné sa sanction, (sauf quelques changements que nous y avons, avec lui, reconnus nécessaires et dont les notes ont été par nous remises à son bureau) de vouloir bien les maintenir en leur entier, et de représenter au ministre la nécessité de les soutenir contre les cabales des entrepreneurs, dont quelques uns ont eu l'indécence de se vanter qu'ils les feraient changer.
C'est par une suite du même esprit d'indépendance que ces mêmes entrepreneurs demandent avec importunité que ces règlements leur soient communiqués pour y répondre ; comme si c'était avec eux que ces règlements dussent être faits. On sait des marchés avec des entrepreneurs mais non des règlements. Doit-on consulter sur les dispositions de la loi l'homme disposé à l'enfreindre ? Il répondra toujours qu'elle le gêne. Il en doit être de même des entrepreneurs : on ne doit leur communiquer les règlements que pour les leur faire suivre.
C'est ainsi que nous voyons la chose, dans le même esprit que Mr de Gribeauval, uniquement par l'amour de la justice et de l'ordre, et non par un esprit inquisitoire, comme les entrepreneurs voudraient le persuader à ce premier chef du corps. Nous les surveillons parce qu'il est de notre devoir de le faire, mais en même temps nous les protégeons, en les sauvant de leur négligence, et de leur... qui leur ont tant de fois été ... Qu'ils ne se plaignent donc pas de nos régles, et de leur observance : elles sont toutes pour eux ; et s'ils étaient appellés à les faire, ils se perdraient en les adoucissant...
 
Mémoire, manufactures royales d'armes à feu
Il a été remis à Mr de la Tour du Pin des observations sur les causes du ralentissement du travail actuel de la manufacture royale d'armes à feu de Saint-Etienne. Mr d'Agoult a été chargé d'y répondre et de donner son avis au ministre sur le projet de supprimer le sort actuel des fournisseurs des trois manufactures d'armes à feu pour y substituer des marchés à passer annuellement avec ces messieurs ou a son terme moins rapprochés comme cela se pratiquait autrefois.
Avant d'entrer dans aucune discussion sur la manière plus moins avantageuse pour l'état d'asseoir le sort des entrepreneurs des manufactures d'armes à feu, il convient de faire l'historique des différents motifs qui ont successivement porté le fusil de soldat au prix où il est payé aujourd'hui et déterminé Mr de Gribeauval à asservir les sorts des entrepreneurs tel qu'il est décidément fixé depuis le 21 juin 1785, c'est-à-dire à leur payer un intérêt de 15% sur le prix de leurs immeubles et approvisionnements et un intérêt de 10% sur celui de fabrication.
La première époque connue où des officiers d'artillerie ont été envoyés dans les manufactures d'armes date de 1718, la fabrication n'a pu y faire que des progrès bien peu sensibles jusqu'en 1763, parce que la plupart des officiers qui avaient été successivement nommés inspecteurs de ces divers établissements n'y apportaient aucune des connaissances relatives à la mission dont ils étaient chargés, qu'ils y étaient envoyés dans un âge trop avancé, que ces sortes de place leur étaient presque toujours données pour retraite, que les contrôleurs qui y avaient été établis, pour veiller à l'instruction de détail des ouvriers étaient pour la plupart inaptes, peu propres à s'acquitter des emplois dont ils étaient chargés, ou des fripons vendus aux entrepreneurs et que de cette manière de voir dérivait nécessairement un retard de connaissances sur une partie si intéressante du service militaire.
Il était réservé à Mr de Gribeauval (qu'in doit regarder avec justice comme le restaurateur de l'artillerie en France) de changer le régime de nos manufactures, comme il avait fait celui de nos arsenaux de construction, de nos fonderies, de nos forges de fer coulés, des officiers instruits et choisis par lui avaient été placés dans ces divers établissement, ceux qui furent envoyés dans les manufactures ne tardèrent pas par les lumières qu'ils y répandirent à perfectionner la fabrication ; elle y avait fait des progrès sensibles, lorsqu'en 1773, les suites du fameux procès suscité à Mr de Bellegarde, entrainèrent avec sa condamnation la chute des officiers employés dans les trois manufactures d'armes à feu et avec elle, celle du système d'ordre et d'administration que Mr de Gribeauval avait établi avec ses peines et ses soins infinis dans les divers établissements de l'artillerie.
En 1776, les manufactures d'armes furent de nouveau tirées de la barbarie, où les avaient plongés les discussions qui depuis 1773 divisaient le corps de l'artillerie, les officiers qui avaient été précédemment employés en qualité de subalterne en furent nommés les inspecteurs, leur constance à s'opposer aux abus, à veiller à l'instruction des ouvriers de toutes les classes, à les protéger contre les menées et les principes odieux de quelques fournisseurs, ont contribué à porter la fabrication de nos armes à un tel degré de perfection, qu'elle force aujourd'hui l'admiration des connaisseurs comme elles inspirent la plus grande confiance au soldat destiné à s'en servir à la guerre.
Les prix de nos armes ont varié d'après la nature et l'espèce des différents modèles proposés et envoyés dans les manufactures d'armes pour y être suivis et exécutés ; en 1718 le fusil de soldat ne coutait que 11 livres 15 sols y compris la baïonnette et son fourreau de 1 livre 5 sols, et le roi accordait (comme il l'a toujours fait depuis) en sus du marché passé entre lui et les entrepreneurs des passeports pour l'exemption des visites de la quantité de matières premières nécessaires à la fabrication de la fourniture ordonnée.
En 1728, les fusils y compris sa baïonnette fut porté à 13 livres 10 sols, ce prix se continue jusqu'en 1738 ou 1739, à cette époque il fut décidé que les baïonnettes ne se fabriqueraient plus dans les manufactures d'armes à feu, le fusil fut réduit à 12 livres 5 sols, augmenté ensuite de 10 sols à raison d'une baguette en fer substituée à celle de bois, ce qui portera le prix du fusil à 12 livres 15 sols.
En 1754, on le porta à 13 livres 15 sols
En 1755, à 14 livres 10 sols toujours sans baïonnette.
En 1763 à 20 livres également sans baïonnette, ce fusil était connu sous le nom de modèle pesant et en a gardé le nom.
En 1766 ce fusil en conservant ses formes apparentes a éprouvé une diminution dans le poids de ses garnitures et du canon, il a seulement été distingué du précédent par celui de modèle léger et toujours sous la dénomination du modèle de 1763.
En 1769, 1770 et 1771, il a éprouvé quelques changements et a été payé le même prix de 20 livres.
En 1773, une nouvelle compagnie de fournisseurs fut substituée à l'ancienne, le fusil dont le modèle fut alors adopté, ne fut d'abord payé que 18 livres, peu de mois après, 20 livres.
En 1774, un nouveau modèle fut encore proposé, mais peu de temps après de nouveaux ordres adressés dans les manufactures pour en interdire la fabrication et s'en tenir au précédent, c'est-à-dire à celui de 1773.
Ces détails ne seront peut-être pas jugés inutiles, ils serviront au moins à prouver avec quelle légèreté on a successivement passé d'un modèle à un autre, le grand nombre de ceux qui ont été proposés, rejetés ou adoptés pour les différents corps de troupes tant à pied qu'à cheval, et celles qui sont dans l'usage de l'armée sur le produit de leurs masses et à leur choix a toujours occasionné dans l'ensemble de l'armée une bigarrure infiniment désagréable pour ceux chargés de leur exécution et non moins onéreux pour les intérêts du roi.
L'établissement d'un nouveau modèle dans une manufacture, en suspend pendant un long temps, les opérations, il est une occasion de dégout pour les ouvriers qu'on amène difficilement à imiter les nouvelles propositions, qu'ils sont obligés de suivre pour la forge et la lime des différentes pièces qu'ils doivent livrer ; delà leurs prétentions à exiger des prix infiniment élevés de tout ce qui est nouveau pour eux, qu'il est bien difficile en faite d'amener à un point de réduction raisonnable sans occasionner des plaintes ou des menaces de leur part, des suspensions de travail.
Le choix et l'adoption d'un nouveau modèle pour telle espèce de troupes que ce soit, ne doit donc pas se faire légèrement, personne ne contestera que la fabrication des armes ayant été pareille pendant un grand nombre d'années par des officiers d'artillerie, eux seuls doivent continuer à être chargés de cette partie intéressante du service militaire, dont l'exécution se trouve si étroitement liée aux connaissances de la qualité du bois, fers, aciers, cuivres et charbon qui s'employent à la fabrication des armes, mais dans aucun cas ces mêmes officiers, ni les préposés du roi dans les manufactures, ne doivent proposer de modèles pour armer les troupes, leur adoption doit être faite par des officiers de l'arme a qui celle proposée doit servir, après avoir été soumise à une sévère discussion et elle ne doit enfin être admise pour modèle de fabrication et être exécutée et suivie dans une manufacture, qu'après avoir requis les observations de l'officier qui la dirige sur les avantages et les inconvénients qui pourraient se rencontrer dans la fabrication et l'usage de telle ou telle pièce de l'arme proposée.
Assurément si le pistolet actuel des troupes à cheval, dont le modèle a été adopté en 1777 soumis ensuite à des modifications en 1782, l'avoir été à un comité d'officiers de cavalerie, de hussards et de dragons, qui eussent profondément medité sur les avantages et les inconvénients de cette arme, il aurait été rejeté d'une voix unanime et les magasins du roi ne se trouveraient pas aujourd'hui surchargés d'une quantité assez considérable de ces pistolets que beaucoup de régiments de cavalerie ont refusé parce qu'ils les ont considéré avec raison comme des machines difficile à démonter et remonter et dont les pièces à remplacer étaient d'une exécution difficile et dispendieuse.
Ces observations ont été faites dans le temps à Mr de Gribeauval, il les avait accueilli mais feu M de St Germain alors ministre de la guerre les avait au contraire rejetés, et il tenait tellement à cette arme que pendant son ministère et plusieurs années après, on en a fait des fournitures considérables parce qu'il a bien fallu consommer les approvisionnements de toutes les pièces de sa fabrication que les entrepreneurs des trois manufactures avaient accumulé dans l'espérance qu'il leur serait donné des ordres de les employer.
Le fusil d'infanterie Mle 1777 dont la fabrication n'a point varié depuis cette époque, ne peut être exposé à une pareille critique, c'est la meilleure arme, la plus solide, la plus aisée à démonter et remonter qui ait jamais été mises entre les mains des troupes, tous les régiments d'infanterie dont les armes étaient hors de service, ont refusé les anciens modèles pour être armés de celui-ci, le régiment
des gardes françaises, celui d'infanterie de sa majesté, plusieurs régiments suisses dont l'usage de l'arme a leur choix, ont également donné la préférence à ce modèle, il y existe on en convient plusieurs pièces qui ne sont pas exemptes de critique, on les a indiqué, on a plusieurs fois proposé d'y en substituer d'autres moins exposées à être détériorées et lorsque ces changements seront adoptés, ce fusil ne laissera rien à désirer pour sa bonté, sa solidité et le parfait ensemble de ses pièces.
On s'est souvent plaint des augmentations successives qu'on éprouvé nos armes depuis plusieurs années, comme il importe de développer les motifs qui ont nécessité ces augmentations, on se les détaille de manière à prouver qu'elles tiennent à plusieurs causes et qu'on ne peut se flatter de rabaisser le prix auquel elles ont progressivement monté jusqu'à aujourd'hui, sans craindre de voir tomber nos manufactures dans le dépérissement et le discrédit ou elles étaient en 1775, d'où Mr de Gribeauval avait jugé important de les tirer, en plaçant à la tête de ces établissements des officiers qui en connaissant tous les détails et dont le zèle se porterait à en détruire les abus.
Depuis l'année 1718 (qui est la première époque ou des officiers d'artillerie ont été envoyés dans les manufactures d'armes pour en être les inspecteurs) jusqu'en 1776, on a vu que le prix du fusil a progressivement monté, sans y comprendre la baïonnette, de 10 livres 10 à 20 livres...
Lorsqu'il s'agissait d'en régler le prix, on envoyait le modèle proposé dans une manufacture, l'entrepreneur faisait sa soumission et le marché était aussitôt arrêté entre le ministre et lui.
Cette manière de traiter des intérêts du roi, n'était pas sans inconvénients parce que l'entrepreneur dans la vue de tirer le meilleur parti de son marché avec le roi, n'en arrêtait aucun particulier avec les ouvriers, qu'il employait à lui fournir telle ou telle pièce de l'arme, mais les conditions du fournisseur n'étaient pas plutôt réglées avec le roi que le malheureux ouvrier (qui n'avait reçu que des acomptes pour prix de sa main d'oeuvre) qui le mettaient au désespoir et le disposaient à être infidèle dans ses livraisons.
 
Lettre du 29 septembre 1789
J'ai eu l'honneur de vous rendre compte dans le temps, monsieur et cher directeur, de la suspension de la fabrication du modèle de 1777, par ordre du conseil de la guerre. J'ai eu aussi celui de vous marquer que les entrepreneurs avaient demandé à vendre au profit du roi les pièces détachées qui leur restaient en magasin pour la confection des commandes de la cour relatives à cette arme. Cette demande de leur part n'était pas fort décente, cependant ils l'ont obtenue. Mr Mezance subdélégué de cette ville a procédé à cette vente suivant les formes d'usage : elle a produit peu de choses, comme je l'avais annoncé au ministre dans le temps : elle a même trainé longtemps, faute d'amateurs. Enfin elle vient d'être terminée. J'ai l'honneur de vous envoyer ci-joint un double du procès verbal que j'ai adressé au ministre.
Le lettre de Mr le Comte de Puységur qui m'autorisait à faire faire la vente en question, portant de réserver les canons, chiens, batteries et baguettes pour servir au pistolet du modèle à venir, j'ai fait mettre les dites pièces au dépôt du roi sur le récépissé du garde d'artillerie qui les représentera, lorsqu'on en aura besoin.
Ainsi nous voila débarrassés de cette arme, un peu machine à la vérité, mais que l'on aurait du conserver en y faisant les changements que vous aviez proposés. Mais en France on aime mieux détruire que de corriger, c'est une maladie couteuse. Dieu veille qu'enfin on nous donne un pistolet qui n'éprouve plus de contradiction, surtout qu'il ne soit pas de blanc, car il serait encore machine et pire que le premier.
Signé Delespinasse.
 
 
Autre mémoire, extraits :
Ces estimations faites, Mr de Gribeauval les remis à Mr le Comte d'Agoult et le chevalier de l'Espinasse qui eurent ordre de se rendre à Paris pour les examiner, et lui en faire leur rapport. Les entrepreneurs avaient acheté le 26 février 1777 du sieur de Monthieu les batiments, ateliers et magasins compris entre la place Chavanelle et la rue Valbenoite, plus les usines appelées les grandes molières, le tout 80 000, le Commissaire estimait les mêmes objets 125 957.4c.3d. Savoir 116 957.4c.3d. Les bâtiments perçant de la place Chavanelle à la rue Valbenoite et 8999.10c. Les grandes molières. C'était une plus value assez considérable dans le court espace de 10 ans (à compter du 26 février 1777 au 1er janvier 1787) environ. Cette considération n'empêcha pas les inspecteurs de laisser les bâtiments et usines de la manufacture au prix où le Commissaire les avaient portés, se contentant d'en distraire suivant l'ordre de Mr de Gribeauval et du ministre les bâtiments qui n'étaient pas réellement employés au service. Ces soustractions faites, les bâtiments utiles se trouvèrent encore monter à 149 085. 8c.2d ce qui ne différait que 914.11c.10d de l'estimation qui avait été faite de la totalité des bâtiments en 1785. Ainsi les entrepreneurs ne pouvaient pas se plaindre puisqu'ils avaient encore à peu près les mêmes intérêts pour une partie de leurs immeubles, que ceux qu'on leur avait alloué pour la totalité en 1785, et qu'ils avaient eu en plus bénéfice tous leurs logements et magasins du commerce.
 
Goupilles
On n'a pas fait usage du fil d'acier pour goupille en 1785, 1786 et 1878. Ce n'est qu'en 1788 qu'on en a employé dans la monture des armes, par la difficulté qu'on a éprouvé, précédemment à s'en procurer. Il suffit de 30 livres de ce fil étiré en approvisionnement parce qu'une livre donne 220 goupilles et que les forges du sieur Jourgeon, d'où on le tire ne sont qu'à deux lieues de St Etienne.
 
 
Mémoire pour rendre compte à Mr d'Agoult de la situation de cette manufacture (St Etienne)
Mr Delespinasse se conformant à la lettre que mr d'Agoult lui a fait l'honneur de lui écrire pour lui demander de lui faire connaitre les circonstances du ralentissement des travaux de cette manufacture, a l'honneur de lui rendre compte que la cause de ce ralentissement est l'avantage que les ouvriers trouvent à se livrer aux ouvrages du commerce. Les prix des fusils de traite sont plus que doublés, quoique ces armes soient reçues sans examen. C'est plus qu'il n'en faut pour décider les ouvriers à préférer cet ouvrage à celui de la manufacture que leur est beaucoup moins payé.
Mr le chevalier Delespinasse n'a pas cru devoir augmenter les prix des armes du roy parce que c'eût été gâter le métier, et faire monter la fabrication à un prix d'où il eût ensuite été fort difficile de la faire descendre.
Il faut donc, comme le chevalier Delespinasse a eût l'honneur de le marquer au mr le Comte de la Tour du Pin et suivant l'observation même de Mr d'Agoult dans ses lettres des 26 et 29 septembre dernier laisser passer la presse actuelle du commerce, les ouvriers reviendront ensuite d'eux mêmes à la manufacture.
Dans l'état actuel il est resté quelques monteurs fidèles, mais en très petit nombre. Les rhabilleurs doivent monter aussi, lorsqu'ils auront coulé à fonds le peu d'anciennes armes qui restent encore à finir dans les dépôts de la manufacture. De cette manière, Mr le chevalier Delespinasse entretiendra encore un peu le mouvement de la machine jusqu'au temps du retour naturel des ouvriers.
Par une suite inévitable du ralentissement des ouvrages, il se fait peu de platines et de garnitures, ce n'est pas un mal parce que le roi faisant très peu d'armes, ce serait une surcharge pour lui de payer des intérêts de trop forts approvisionnements en matières ouvrées. Par cette même raison, on a cru devoir diminuer un peu la fabrication des canons qui devenait trop forte. D'un autre côté les bois dont l'approvisionnement est encore au dessous du taux ordinaire se relèveront jusqu'à la renaissance des travaux.
Ainsi telle est la marche que suit Mr le chevalier Delespinasse, de laisser diminuer les parties de l'approvisionnement qui sont trop fortes et qui aujourd'hui s'affaiblissent d'elles mêmes, telles que les platines et garnitures ; de ralentir la fabrication de celles qui pourraient devenir trop considérables comme les canons, et enfin de relever les parties qui ne sont pas encore en mesure avec les besoins du service, telles que les bois.
Il ne faut donc pas que le déclin actuel des travaux de cette manufacture la fasse regarder comme perdue ni même en danger pour la suite. La seule perte pour le roi, c'est que faisant peu d'armes, il n'en paiera pas moins les intérêts des bâtiments et des approvisionnements effectifs que les entrepreneurs auront pour son service. Mais au retour des travaux, la fabrication reprendra avec avantage et sans dépendre des ouvriers parce qu'alors on aura 15 000 canons bons pour le service, distraction faite des rebuts qu'on aura eût le temps de démolir, à peu près 3500 platines ; le même nombre de garnitures complètes et enfin un approvisionnement complet en bois.
Telle est la situation de cette manufacture dont le chevalier Delespinasse a l'honneur de rendre compte à Mr d'Agoult, situation qui n'a comme on le voit, rien d'alarmant puisqu'au contraire elle se trouvera convenablement approvisionnée lorsque ces ouvriers reviendront et qu'on ne doit pas regarder ces derniers comme perdus ni désertés mais seulement détournés pour un temps par le commerce qui leur offre un bénéfice auquel il est difficile qu'ils résistent, et dont il serait même inhumain de les empêcher de profiter...
St Etienne le 7 octobre 1789
Signé Delespinasse
 
Paris le 1er octobre 1790 à Mr Dagoult
J'ai reçu le mémoire que vous m'avez adressé par lequel je vois que les ouvriers de la manufacture de Charleville abandonnent le travail de l'artillerie pour s'occuper de celui du public qui leur procure plus de bénéfice. Le moyen que vous a présenté Mr de St Sernin d'augmenter le prix de la main d'oeuvre des équipeurs monteurs pourrait les ramener au travail de la manufacture, mais cette augmentation serait dangereuse et deviendrait bientôt inutile ainsi que vous l'avez observé vous même sur une pareille proposition faite par la manufacture de St Etienne. Dans ces circonstances il convient d'attendre un nouvel ordre de choses et je vous prie d'en informer Mr de St Sernin.
Je vois aussi d'après ce que vous me marquez, que les 3 manufactures ensemble ne fabriqueront cette année qu'environ 17 000 armes au lieu de 23 000 dont elles ont la commande, d'où il suit que le fusil coutera fort cher surtout à St Etienne et Charleville qui en feront beaucoup moins qu'à Maubeuge. Comme les prix varient d'une année à l'autre, et que l'on est aujourd'hui en état de les régler par les connaissances que les inspecteurs des manufactures se sont procurées, je leur mande, ainsi que vous le verrez par la copie ci-jointe de la lettre que je viens de leur écrire à ce sujet, de diriger leur travail sur la fixation de ces prix pour chaque arme, de manière qu'ils puissent être réglés au premier janvier prochain.
Signé Mr de la Tour du Pin
 
Corps royal de l'artillerie, manufacture d'armes à feu - 8 mai 1791
Observations sur les prix des armes fabriquées par les manufactures en 1790 pour être jointes au décompte de la même année :
 
Les armes fabriquées à St Etienne en 1790 ont été plus chères que celles que cette manufacture a fournies les années précédentes par la raison qu'elle n'a fait en 1790 que 2069 armes et que le roy ne lui en a pas moins payé les intérêts de ses immeubles et approvisionnements, comme si elle avait fourni 12 000 armes qui sont le taux ordinaire de sa fabrication.
Les armes faites à Charleville dans le cours de la même année ont aussi été plus chères que celles des années précédentes, parce que cette manufacture n'a fait qu'une partie des armes convenues et qu'on lui a tenu compte des intérêts de ses immeubles et approvisionnements calculés sur 12 000 armes.
Pour obvier à cet inconvénient pour la suite, on est convenu par le nouveau traité proposé aux manufactures, qu'à date du 1er janvier 1791, il ne leur serait payé d'intérêt de leurs immeubles et approvisionnements que proportionnellement aux quantités d'armes qu'elles fourniraient, mais on n'a pas donné d'effet rétroactif à cette convention, ni de le faire, parce que si les entrepreneurs de St Etienne et de Charleville par exemple, ont fait peu d'armes en 1790, ce n'a pas été de leur faute, mais parce que les circonstances impérieuses de la révolution leur ont enlevé la majeure partie de leurs ouvriers, et qu'ils n'en ont point eûs. Les approvisionnements pour 12 000 armes, qu'ils étaient tenus par le règlement d'avoir en magasin.

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Un peu d'histoire sur les manufactures au 17e et 18e siècle Empty Re: Un peu d'histoire sur les manufactures au 17e et 18e siècle

Message  Verchère le Sam 19 Déc 2020, 04:12

C'est copieux ! J'ai pas encore tout potassé...

Toutefois déjà relevé quelques indices sur les procédés de fabrication, particulièrement dans l'exposé des différences de tarif entre les pièces de 1774 et 1777.
Cela confirme absolument perçage de la lumière par poinçonnage (cité aussi par Cotty vers 1805, mais de façon moins évidente). Je me pose tout de même de sérieuses questions, le trou est bien petit et le canon tout de même assez épais... Certes à l'époque il devait être difficile de fabriquer et mettre en oeuvre un forêt aussi petit mais le poinçon, on se demande comment c'est possible !

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Un peu d'histoire sur les manufactures au 17e et 18e siècle Empty Re: Un peu d'histoire sur les manufactures au 17e et 18e siècle

Message  Tico le Sam 19 Déc 2020, 18:28

Conservateur a écrit:Divers mémoires et rapports sur les manufactures de Maubeuge, Charleville, Saint-Etienne, etc du début du 18e à la période révolutionnaire, détails très intéressants à bien des égards... (Attention textes denses !!)

Mémoire, Juillet 1762
La dernière guerre ayant pour ainsi dire épuisé les magasins d'artillerie des fusils du dernier modèle à l'usage des troupes dont ils étaient approvisionnés on s'est occupé à la paix du soin d'en faire le remplacement, mais le peu de secours fourni par la finance n'a pas permis de faire fabriquer une quantité suffisante de fusils, en sorte que lors de l'évènement de la présente guerre on s'est trouvé dans l'obligation d'augmenter le travail des manufactures pour être en état de fournir l'armement des troupes de nouvelle levée, a celui des augmentations survenues dans les anciennes troupes sur pied et aux remplacements dont elles avaient d'ailleurs besoin pour entrer en campagne.
Il a paru alors que pour exciter l'émulation des entrepreneurs le plus sur moyen était de leur demander de faire fabriquer la plus grande quantité de fusils qu'il était possible en leur promettant des payements réguliers, sans cependant leur passer de nouveaux marchés qui auraient pu gêner leur travail, et qu'ils ont eu la liberté d'étendre.
En 1750, le prix du fusil de soldat non compris celui des bayonnettes qui se fabriquent à la manufacture d'armes blanches d'Alsace était fixé, savoir :
A St Etienne : 12,15
Charleville et Maubeuge : 13
En 1754, il a été fait quelques changements et augmentations au fusil de soldat tendant a plus de solidité et de perfection ce qui a donné lieu après bien des représentations de la part des entrepreneurs et de l'avis des inspecteurs des manufactures d'en augmenter le prix, savoir de 20 à St Eteinne et de 15 à Charleville et Maubeuge en sorte qu'il a été également porté dans ces trois manufactures a 13, 15
mais comme on a encore depuis quelques années exigé plus de soins et de solidité dans la fabrication des armes, les entrepreneurs ont représenté qu'ils n'avaient pu se dispenser d'accorder aux ouvriers quelques augmentations sur une partie des pièces qui entrent dans la composition du fusil et ils n'ont pas cessé de demander que le prix en soit augmenté et de leur accorder aussi des passeports pour exemple du payement de tous droits les matières qui entrent dans la fabrication de l'arme, soit qu'il a les ... de l'étranger ou de l'intérieur du Royaume.
L'augmentation demandée en dernier lieu par ces entrepreneurs sur le prix du fusil est :
Par ceux de St Etienne de 3
Par ceux de Charleville de 2
et de Maubeuge de 3.
Les motifs sur lesquels ils fondent leurs demandes sont :
qu'ils s'en faut de beaucoup que le fusil de soldat ait été porté en 1754 à sa juste valeur, que depuis l'année 1750, et même antérieurement les matières qui entrent dans la fabrication des armes et surtout le fer qui en fait la principale partie, sont considérablement augmentées, que depuis cette année ces matières ont encore été portées à son plus haut prix, et que le nouvel impôt de 5 sols pour livre sur ces mêmes matières, joint à la retenue de 2 (?) pour livre d'augmentation affectée à l'école royale militaire est un surcroit de charge pour eux.
Que d'un autre côté les ordres précis qui ont été donnés de rebuter en général tous les canons de fusils auxquels on reconnait le moindre défaut après la seconde épreuve, sans qu'ils puissent être réparés, ainsi qu'il se pratiquait avant, leur occasionne une nouvelle perte.
Et qu'enfin les établissements considérables de leurs manufactures, les réparations annuelles des bâtiments et usines qui les composent, les frais de régie, les appointements de leurs employés, les intérêts tant de leurs emprunts que des sommes assez considérables qui leur sont dues par le roi et par les troupes et les autres différentes dépenses qu'entraine leur entreprise, bien loin de leur laisser aucun bénéfice sur leur fourniture, les mettent dans la dure nécessité d'y perdre.
Pour parvenir à connaitre autant qu'il est possible si les demandes des entrepreneurs sont fondées, on a pris le parti de consulter quelques uns de Mr les inspecteurs généraux de l'artillerie et les inspecteurs particuliers des manufactures. En conséquence ils ont été chargés de prendre les renseignements les plus particuliers sur le prix auquel revient le fusil aux entrepreneurs dans chaque manufacture et de donner à cet égard tous les éclaircissements possibles.
 
Manufacture de Saint-Etienne :
Mr Guyot de Guiran, maréchal de camp, l'un des inspecteurs généraux de l'artillerie qui a visité la manufacture de St Etienne et qui y est entré dans les plus grands détails concernant la fabrication des armes, marque que le fusil de soldat revient aux entrepreneurs à 12 livres 1 sol et 7 deniers.
En sorte qu'en apparence ils y trouvent un bénéfice de 1 livre 13 sols et 5 deniers. Total pareil au prix du fusil : 13 livres 15 sols.
Mais il observe que ce bénéfice qui parait assez considérable, est en partie absorbé par le retard des payements des sommes qui sont accordées aux entrepreneurs, par leurs emprunts, les intérêts des sommes qui leurs sont dues, leurs frais de voyage, les approvisionnements de bois de noyer et autres matières qu'ils sont tenus de se procurer quatre ou cinq années avant de les employer et les rebuts qui s'y trouvent lorsqu'il est question de les mettre en oeuvre.
Il ajoute qu'il est essentiel d'obliger les entrepreneurs à se pourvoir de fer de la forge de Betfort en Alsace et de le fournir aux ouvriers mais qu'il coutera plus cher que celui de Franche Comté dont on fait usage, ce qui leur occasionnera un surcroit de dépense, qu'ils ne pourront supporter sans égard à l'augmentation de prix qu'il parait d'ailleurs juste de leur accorder.
Mr de St Hilaire inspecteur particulier de cette manufacture marque de son côté que le prix du fusil de soldat revient aux entrepreneurs à 12 livres et 3 sols, en sorte qu'ils y trouvent un bénéfice apparent de 1 livre 12 sols, total pareil aux prix du fusil : 13 livres 15 sols.
Mr de St hilaire sans entrer dans les mêmes détails que Mr de Guyol sur les dépenses qu'entraine la fabrication des armes, observe seulement que le retard des payements et les autres charges des entrepreneurs diminuent ce bénéfice apparent. Il conclut par représenter qu'il lui parait convenable d'accorder à ces entrepreneurs une augmentation de 20 sols par fusil dont il estime que la principale portion doit être repartie aux ouvriers par augmentation sur quelques vues des pièces qui entrent dans la composition de l'arme.
 
Manufacture de Charleville :
Mr de Montbeillard, inspecteur de cette manufacture marque que si les entrepreneurs essuient des retards sur leurs payements et s'il leur en coute des escomptes sur les effets qui leur sont donnés en payement à longues échéances, il s'en suit une perte réelle pour eux, qu'en conséquence ils se trouvent obligés de faire leurs approvisionnements à contre temps et dans le cas de faire des emprunts pour remplir le service dont ils sont chargés.
Que par ces raisons il est presque impossible de déterminer au juste le prix du fusil, que pour en approcher de près il faudrait que les fournitures fussent toujours égales, les durées ou matières à des prix constants, connaitre la valeur exacte de leurs fonds, de leurs bâtiments, forges, usines et approvisionnements, en distinguant les bois, fers et autres matières, soit de bon service ou que l'on pourrait se trouver dans le cas de rebuter par rapport à leur mauvaise qualité ou à leurs défauts.
Suivant l'état que Mr de Montbeillard a joint à sa valeur du 25 mars dernier, les différentes pièces qui entrent dans la composition du fusil et les autres dépenses qui y sont relatives, il revient aux entrepreneurs à  : 12 livres 18 sols et 5 deniers, en sorte que leur bénéfice apparent est de 16 sols et 7 deniers. Total pareil au prix du fusil est de 13 livres 15 sols.
Mr de Montbeillard observe cependant que les bois venant a augmenter comme il y a lieu de le craindre, ce bénéfice de 16 sols et 7 deniers sera diminué, que d'un autre côté si le fond de la manufacture et les approvisionnements des entrepreneurs sont seulement de 600 mille livres comme ils le prétendent, au lieu de 300 mille auxquels il les a évalués, il en doit résulter une diminution de bénéfice de 12 sols par fusil, ce qui l'absorberait pour ainsi dire en entier. Encore faudrait-il qu'ils fussent assurés d'une fourniture de 25 mil fusils au moins par année, car si elle se trouvait réduite à 12 ou 15 mil, ce qui peut arriver surtout en temps de paix, alors une partie de leur charge étant les mêmes pour une médiocre fourniture que pour une plus considérable, ils demeuraient en perte réelle.
Mr de Montbeillard ajoute que dans le prix coutant du fusil apprécié à 12 livres 18 sols 5 deniers ne sont point compris les intérêts des sommes dues aux entrepreneurs par le roy et les troupes, l'escompte des effets qui leur sont donnés en payement à longues échéances, les petites pensions alimentaires qu'ils sont dans le cas de faire à de vieux ouvriers infirmes, ni les gratifications qu'ils accordent aux meilleurs ouvriers pour exciter l'émulation.
Il laisse enfin au ministre a décider de l'augmentation qu'il jugera a propos d'accorder aux entrepreneurs sur le fusil de soldat pour leur donner moyen de se soutenir.
 
Manufacture de Maubeuge :
Mr Geoffroy de Flevy ci devant inspecteur de la manufacture de Maubeuge sans entrer dans les mêmes détails que Mr de Montbeillard, ni mettre en considération les dépenses ordinaires et extraordinaires qu'entraine une manufacture marque que suivant le prix des matières qui entrent dans la fabrication du fusil et ceux de la main d'oeuvre payée aux ouvriers, il revient à l'entrepreneur aux prix coutant à 10 livres 8 sols et 9 deniers. Mais il représente qu'il est indispensable d'accorder aux ouvriers une augmentation sur le prix de la main d'oeuvre de quelques pièces du fusil qu'il apprécie à 8 sols 9 deniers. En sorte que le déboursé de l'entrepreneur sera porté à 10 livres 17 sols et 6 deniers.
Il ajoute que l'entretien des bâtiments et usines de la manufacture, la réparation des réservoirs et canaux, la fourniture des meules et gros outils, la retenue des 6 deniers par livre et autres frais sont à la charge de l'entrepreneur, mais il n'en fait aucune appréciation sur le prix de l'arme.
Le sieur Darets entrepreneur de la manufacture représente qu'elle a été établie avec l'agrément du roy il y a 62 ans par son ayeul, qu'en l'état ou elle est à présent avec des dépendances elle fait un objet d'environ 300 mille livres qui ne produit aucun intérêt ; que feu son père a sacrifié quatre vingt mille livres du bien de son épouse actuellement vivante et la plus grande partie du sien pour soutenir cette manufacture dans des temps difficiles et attendre le payement de plus de 200 m a qui lui étaient dues par sa Majesté.
Il observe qu'on avait flatté feu son père de lui accorder les intérêts de cette somme de 200 m dont il était alors en avance sur ses fournitures à compter de l'année 1754 jusqu'au parfait payement, ainsi qu'il en a été usé en faveur des entrepreneurs de la manufacture de Charleville qui cependant se trouvaient dans un cas moins favorable que lui ; que si la même grâce ne lui a pas été octroyée, ce n'a été que parce qu'il n'avait personne à la Cour qui sollicita en sa faveur et qu'étant seul, il était forcé de se tenir à sa manufacture ou sa présence était nécessaire pour en suivre le travail.
Le sieur Darets ajoute que précédemment il lui était permis de faire réparer les canons de fusils auxquels il avait été reconnu quelques légers défauts après la seconde épreuve, mais que l'ordre donné depuis quelques temps de les rebuter lui fait un tort considérable, dégoute les ouvriers auxquels il n'est pas en état de payer la main d'oeuvre de ces canons et par cette raison fera abandonner leur travail.
Il observe enfin qu'il lui sera de toute impossibilité de soutenir sa manufacture si l'augmentation de 3 livres par fusil qu'il demande ne lui est pas accordée.
Mr de Morey, maréchal de camp, inspecteur général de l'artillerie qui a été consulté sur les demandes du sieur Darets observe qu'il a reconnu que le fusil de soldat lui revient a quelque petite chose de plus qu'à Charleville par rapport au bois de noyer qui lui coute plus cher et qu'il lui parait juste de lui accorder une augmentation sur le prix du fusil de soldat mais que la demande qu'il fait de porter cette augmentation à 3 livres est excessive.
On croit pouvoir dire que quoique Mr Geoffroy de Flevy ne porte le prix coutant du fusil de Maubeuge qu'à 15 livres 17 sols et 6 deniers compris l'augmentation qu'il demande d'accorder à l'ouvrier il revient à l'entrepreneur a quelque chose de plus qu'à Charleville, dont Mr de Montbeillard, qui a approfondi la matière, évalue les déboursés à 12 livres 18 sols et 5 deniers.
Par les raisons ci devant détaillées, il parait de toute justice et même indispensable d'accorder aux entrepreneurs des manufactures à commencer de cette année une augmentation sur le prix du fusil de soldat qu'ils sollicitent depuis longtemps à de biens justes titres et qu'en leur assurant des payements réguliers mois par mois proportionnés aux fournitures dont ils seront chargés. Cette augmentation peut être seulement portée pour St Etienne à ... et pour Charleville et Maubeuge à cette différence de prix qui a eu lieu pendant plus de trente ans jusqu'en 1750, est motivée sur les établissements considérables de ces deux dernières manufactures auxquelles les entrepreneurs ont employé de gros fonds sur ce qu'ils sont obligés de tirer de l'étranger une partie de leurs matières, entre autre le charbon de pierre que les premiers trouvent aux portes de St Etienne.
Il est à considérer que cette augmentation du prix de l'arme ne demeurera dans la suite que pour la moindre partie à la charge de Sa Majesté par la raison que lorsqu'il sera délivré des fusils aux troupes d'infanterie des magasins du roy, elles les payeront au même prix qui sera accordé aux entrepreneurs et que Sa majesté en fera seulement les avances pour en approvisionner ses arsenaux.
Il parait encore convenable d'accorder aux entrepreneurs des passeports pour exemptes de payement des droits les fers nécessaires pour la fabrication des armes afin qu'ils n'ayent point de prétexte pour se dispenser de les tirer des forges qui leur sont indiquées.
On croit devoir ajouter qu'il parait juste d'accorder en particulier au sieur Darets et à sa famille un dédommagement pour leur tenir lieu des intérêts de la somme d'environ 200 mille livres dont leur père a été en avance pendant plusieurs années puisque cette même grâce a été accordée par une décision du roy aux entrepreneurs de Charleville dont l'objet s'est monté à 83 251 livres. Que le sieur Darets se trouvait alors dans un cas plus favorable qu'eux puisqu'il a sacrifié la plus grande partie de son bien et celui de sa femme pour soutenir sa manufacture, qu'il était d'ailleurs seul sans autre ressource et que les entrepreneurs de Charleville étaient en grand nombre et dans une situation bien moins fâcheuse.
On estime que les dédommagements qu'il convient d'accorder au sieur Darets et à sa famille peut être fixé à ... et qu'il sera encore très inférieur aux intérêts que leur père avait lieu de prétendre.
Monseigneur est supplié de faire connaitre ses intentions sur les différents objets contenus dans ce mémoire qui se réduisent à trois points principaux :
à l'augmentation du prix du fusil de soldat
à l'exemption des droits sur les fers nécessaires à leur fabrication
et au dédommagement à accorder au sieur Darets.
 
Détail du prix du fusil que le roy a agréé dont le model scellé du cachet de monsegneur Chamillart sera remis a ceux qui ont l'inspection des armes tant à Paris qu'à Lion et Charleville.
Fusil
Prix qui se paye aux ouvriers
Canon compris la première épreuve 4 livres 10 sols
achevage et polissage 4 sols
la platine 1 livre 15 sols
Bois et montage 1 livre 13 sols
équipage et achevage 16 sols
Seconde épreuve 2 sols et 6 deniers
Les deux anneaux, façon de grenadiers 8 sols
Total : 9 livres 8 sols et 6 deniers
Commissions de St Etienne : 9 sols
Pour encaissage et emballage, voitures, provisions des commissionnaires de Roanne et Orléans, faux frais de rupture qui se fait aux armes : 1 livre et 5 sols
Trois deniers des Invalides : 3 sols 6 deniers
Total : 11 livres 6 sols
Le sieur Titon nommé dans les marchés précédés s'est engagé de fournir dorénavant les fusils de soldat rendus à Lion à 13 livres chacun, et à 13 livres 10 sols ceux rendus à Paris, dont il y aura 9 livres 8 sols 6 deniers pour les ouvriers qui les auront fabriqués.
Conformément au détail cu dessus transcrit, et le surplus sera pour les frais de commission d'emballage, de magasin, entretien, interets des avances, peines et soins du sieur Titon, ce qui a été accordé par Monsegneur Chamillard au nom de Sa Majesté, avec faculté à Titon de faire travailler seul dans les manufactures de St Etienne et Charleville comme cela s'est fait dans l'établissement du magasin royal, à condition néanmoins d'avoir toujours pendant la guerre trente mil fusils et douze mil pendant la paix à commencer du 1er avril de l'année prochaine pour l'armement de ses troupes qu'il remplacera dans les magasins, à mesure qu'il en livrera. Le prix des autres armes se substituant comme il a été réglé par le premier marché. Fait à Versailles le onze avril 1702
Signé Chamillard et Titon
 
 
Tableau des prix du modèle de 1774; considéré seulement pour les ouvriers, savoir :
Aux canonniers 4 livres
Aux garnisseurs 10 sols 6 deniers
Aux foreurs, 5 sols 3 deniers
A l'émouleur 3 sols
Total : 4 livres 18 sols et 9 deniers.
Il existe encore d'autres petits frais pour le canon qui seront les mêmes pour le modèle de 1777 comme pour celui de 1774.
 
Platine : aux forgerons : 3 livres
Il existe encore d'autres petits frais pour la platine qui seront aussi les mêmes pour le modèle 1777 comme pour celui de 1774.
Baguette :
Aux forgerons : 13 sols 6 deniers
Aux émouleurs : 2 sols 6 deniers
Aux limeurs, et tourneurs de tête 9 sols
Total : 16 sols 9 deniers
Il existe encore d'autres petits frais pour les baguettes qui seront aussi les mêmes pour le modèle de 1777 comme pour celui de 1774
 
Pièces de garnitures :
Sous garde : 6 sols
Plaque : 7 sols 6 deniers
Embouchoir : 9 sols
Grenadière : 6 sols 3 deniers
Battant : 2 sols 3 deniers
Capucine : 3 sols 9 deniers
Portevis : 1 sol 3 deniers
Ecusson : 4 sols 6 deniers
Détente : 1 sol 3 denier
Ressort de baguette : 1 sol 9 deniers
Ressort de bayonnette : 1 sol 9 deniers
Total : 2 livres 5 sols et 3 deniers
 
Bois de noyer : 1 livre 3 sols
 
Main d'oeuvre équipeur monteur : 2 livres 8 sols
 
Examen des raisons qui nous ont semblé nécessiter l'augmentation ci-dessus pour certaines parties du modèle de 1777 :
 
Canonnier : Nous avons projeté de donner 5 sols d'augmentation au canonnier avec lequel nous n'avons point encore fait de prix, quoique nous ayons déjà plus de douze cent canons de forgés.
Et la raison que nous avons de cette augmentation, c'est l'assujettissement où nous devons actuellement tenir cet ouvrier de forger plus serré, et de ne souder ces bonnes chaudes que sur le point précis où la broche n'a que 6 lignes, ce qui exige plus d'attention, de travail, et même un peu plus de manière dans la lame à canon.
D'ailleurs cet ouvrier est exposé à essuyer beaucoup de pertes dans son ouvrage et comme c'est lui qui est l'ame de la manufacture, il faut au contraire de ce qu'on a fait jusqu'à présent, tacher d'améliorer un peu son état.
Garnisseur :
Nous avons projeté aussi de donner au garnisseur 3 sols d'augmentation :
1/ à cause du tenon d'embouchoir ou croissant qui est plus difficile à ajuster par sa forme et sa position
2/ à cause de la lumière du canon qui devra se percer de bas en haut, ce qui forçant l'ouvrier de tenir son poinçon obliquement sera cause qu'il en cassera beaucoup, ainsi que nous l'avons déjà éprouvé.
3/ à cause du bouton de culasse qu'il doit forger plus gros, du pas de vis qui est plus serré et plus profond, ce qui rend le bouton de culasse plus difficile à faire, ainsi que le taraudage des canons : ces deux derniers objets obligeront encore le garnisseur de renouveler souvent ses taraudes et ses filières.
 
Foreur :
Nous devons donner aussi au foreur deux liards d'augmentation, à cause du travail qu'il a de plus, pour former au tonnerre du canon la boite d'évasement prescrite pour en préparer le taraudage, et parce qu'il convient aussi de lui tenir compte de la fabrication, et de l'entretien des outils nécessaires à cette opération.
 
Emouleur :
Nous projetons encore de donner aussi à l'émouleur 400 deniers d'augmentation, parce qu'il sera assujetti scrupuleusement aux proportions ordonnées pour le canon, et dans lesquelles il ne se maintiendra qu'en travaillant avec beaucoup de précaution et en présentant souvent son calibre, ce qui lui prendra beaucoup de temps.
 
Platines :
La platine du nouveau modèle comparée avec celle de 1774 présente pour la forge plusieurs différences qui augmentent la matière et enchérissent le travail du forgeron.
Le corps de platine étant plus épais notre échantillon de fer ordinaire pour cette partie s'est trouvé trop faible, et nous avons été obligés d'en fendre de plus forts.
Il en est de même pour les chiens dont les reins et la sous gorge se trouvent aussi plus larges et plus épais.
La noix se trouve également plus forte que celle du modèle de 1774 et nos anciens moulins n'ayant pu servir, nous avons été obligés d'en faire faire d'autres.
L'angle de la batterie est un objet difficile pour la forge, et il causera souvent la perte de cette pièce, jusqu'à ce que les platineurs en aient pris l'habitude.
La pièce de pouce de la batterie, inusitée jusqu'alors, est entrée aussi pour quelques chose dans les objections du forgeron de platines.
Mais le limeur en fait un objet considérable de difficultés, en disant qu'il ne lui fallait qu'un coup de lime pour achever la face de batterie de 1774 et qu'il lui en faut ici plusieurs.
Il fait aussi la même objection pour le rempart et le bassinet, qui n'étant plus dans les mêmes plans, ne peuvent plus comme précédemment s'achever du même coup de lime.
Le limeur, remontre encore une difficulté très assujettissante dans la batterie, c'est d'être obligé de faire attention à percer toujours les trous du pied de batterie dans le même point, le bassinet de cuivre et sa bride ne pouvant plus varier.
La pente, les arrondissements et le bombage de la batterie sont encore des assujettissements pénibles pou le limeur.
Le fraiseur de la vis du bassinet au modèle de 1774 se faisait conique, dans le nouveau modèle elle est ... et avec une embase pour la soutenir au collet, par conséquent travail et difficulté de plus.
Au bas de la crête derrière la mâchoire inférieure, il y a encore un évidement qui interrompt le coup de lime, et qui ralentit par conséquent le travail de l'ouvrier.
Toutes ces difficultés bien considérées et débattues avec les platineurs, nous avons cru ne pouvoir nous dispenser de donner pour la forge et la lime de la platine du nouveau modèle, dix sols trois deniers d'augmentation sur la platine de 1774 nonobstant le petit profit que fait le forgeron sur le bassinet de forge qu'ile ne fournit plus.
Quant au bassinet de cuivre que l'on donne aux platineurs, nous en avons discuté le prix avec le fondeur, et après l'examen le plus scrupuleux, nous sommes tombés d'accord avec lui de lui payer six sols pièce.
Ce qui joint à 10 sols 3 deniers ci-dessus donne un prix de 16 sols 3 deniers d'augmentation par platine.
Ces trois deniers font accordés pour la noix, parce que comme nous l'avons observé ci-dessus, elle est plus forte que celle de 1774.
 
Baguette :
La fabrication de la baguette pour le nouveau modèle, étant à peu près la même que pour celui de 1774 nous n'avons pas jugé à propos de faire aucun changement dans les prix de cette partie.
 
Garnitures :
Sous garde et écusson
Indépendamment des difficultés qui présente l'écusson du modèle de 1774 pour la forge, il faut encore pour l'écusson du nouveau modèle que le forgeron réserve une épaisseur suffisante de fer pour former la plate forme dans laquelle se loge la bascule de la sous-garde.
Il faut aussi qu'il réserve l'épaisseur de fer qu'exige l'emplacement des doigts du tireur, et les arrondissements nécessaires pour former cet emplacement.
Quant à la sous-garde du nouveau modèle comparée avec celle du modèle de 1774 elle n'exige de plus pour la forge que le soin de réserver au noeud de derrière la quantité de fer suffisante pour former la bascule.
Mais les plus grandes difficultés de ces deux pièces sont dans la lime, à cause de l'ajustage qui ne peut être trop parfait pour leur union puisqu'au moyen de la bascule, ces deux pièces ne doivent plus en faire qu'une lorsqu'elles sont super l'une sur l'autre.
Il existe encore pour le limeur un assujettissement très grand, et cependant indispensable qui consiste à conserver à l'écusson le contour prescrit sans lequel l'union parfaite des deux pièces ne pourrait pas avoir lieu.
Les arrondissements de ces deux pièces et le perçage des trous sont encore des objets à prendre en considération pour cet ouvrier, parce qu'ils exigent de lui beaucoup d'attention et de temps.
D'après toutes ces observations et les plus longs débats que nous avons eu avec le forgeron, et le limeur d'écusson et de sous-garde, nous n'avons pu nous défendre d'accorder pour la fabrication de ces deux pièces ensemble, tant pour la forge que pour la lime, 24 sols au lieu de 6 sols 6 deniers qu'on payait au modèle 1774.
 
Observation pour note : Il n'y a pas un ouvrier de sous garde à la manufacture qui ne certifie qu'il a plutôt achevé une sous garde d'arme fine qu'on lui paye 40 sols, qu'une sous garde de nouveau modèle, et que sans la quantité qu'ils espèrent en faire, au lieu de 24 sols, a quoi nous les avons taxés, ils aimeraient mieux renoncer à leur métier que d'en faire une seule à moins de 30 sols.
 
Plaque :
Cette pièce est plus difficile pour le forgeron dans le nouveau modèle que dans celui de 1774 ; le dedans de la plaque n'est qu'un plan horizontal qui n'a point d'emboutissure, d'ailleurs pour s'y procurer la hauteur du talon, il faut réserver 5 ligues de fer (lignes ?) d'épaisseur dans cette partie.
Au lieu qu'au modèle de 1774 le forgeron avait la facilité de l'emboutissure et par son moyen la hauteur du talon se trouvait dans trois ligues d'épaisseur au plus.
Il s'en suit donc de là que la plaque du modèle de 1777 indépendamment de son travail de forge qui est plus difficile, nécessité encore une augmentation de fer.
Il y a d'ailleurs dans cette pièce plus d'ouvrage pour le limeur que dans la plaque du modèle de 1774, tant à cause de la pente de la queue, que des arrondissements de toutes les surfaces vues sous différents sens.
D'après toutes ces observations et discussions avec l'ouvrier, nous avons jugé que le travail de cette plaque excédent à celui de la plaque du modèle de 1774 méritait deux sols six deniers d'augmentation.
 
Embouchoir :
Les plus grandes difficultés de cette pièce pour le nouveau modèle se rencontrent dans la forge, et elle est bien plus difficile à faire que l'embouchoir de 1774.
le forgeron est obligé d'y réserver une petite masse de fer pour y former la bouterolle dans laquelle doit se placer à écrou la petite vis destinée à arrêter l'embouchoir.
Cette petite masse réservée est gênante pour l'ouvrier lorsqu'il veut rouler la partie supérieure de l'embouchoir quand il se dispose à le souder.
Le manque de coulisse au dit embouchoir gêne aussi beaucoup cet ouvrier, et il a, à cause de cela, beaucoup de peine d'en élever le nez qu'il est obligé de tirer exprès, et auquel il ne peut donner la hauteur qu'en forçant la broche à outrance.
Or pour toutes ces opérations, il faut qu'il rapporte à chaud l'embouchoir sur son mandrin jusqu'à quatre fois, tandis qu'à l'embouchoir de 1774 il le finissait en deux.
Au reste cette pièce est très scabreuse à forger parce qu'elle peut casser facilement aux deux coins du nez à cause de l'enfoncement de la broche pour le former et des chaudes réitérées.
La bouterolle ne pouvant être réservée à la forge qu'en masse, comme nous l'avons dit plus haut, c'est le limeur qui doit la former, ce qui fait un travail assez difficile pour lui et excédent dans le nouveau modèle à celui de 1774.
D'après toutes ces observations et discussions avec l'ouvrier nous avons jugé que cet embouchoir du nouveau modèle méritait trois sols d'augmentation.
 
Grenadière à battant :
Cette pièce du nouveau modèle n'a rien de commun avec la grenadière du modèle de 1774. cette dernière n'étant qu'une simple boucle soudée à laquelle on a enlevé de forge un bouton où est percé le trou qui reçoit le battant.
La grenadière du nouveau modèle, au contraire, demande beaucoup de justesse pour la forge, elle est formée d'un morceau de fer aplati aux extrémités duquel il doit être réservé deux têtes lesquelles sont pliées sous un angle obtus pour qu'en se rejoignant en roulant la pièce, elle puisse former la charnière qui doit recevoir le battant.
Si la bande se trouve trop longue entre les deux têtes la pièce est manquée parce qu'alors elle a un plus grand diamètre que le mandrin.
Elle demande encore plus de savoir faire dans le limeur,
1/ parce que la partie intérieure de cette grenadière qui porte sur le bois étant convexe pour remplir la concavité ménagée exprès au dit bois pour assujettir la dite grenadière, la forme intérieure en est difficile à rencontrer avec la précision qu'exige son usage.
Les trous de la charnière ne sont pas moins difficiles à percer justes et pour qu'ils soient percés ou plus haut ou plus bas, cette pièce se trouve disproportionnée et par conséquent de rebut.
La justesse de la vis et son taraudage, la perfection de la charnière et de son écrou sont des choses qui n'exigent pas peu d'adresse et de temps de la part du limeur.
Le battant d'en bas est à peu près le même quant à la forme que celui du modèle de 1774 nous avons exigé seulement qu'il soit plus achevé.
D'après toutes ces observations et discussion avec l'ouvrier, nous avons jugé que cette grenadière avec le battant d'en bas du nouveau modèle méritait 6 sols de plus que ces deux mêmes pièces au modèle de 1774.
 
Equipeurs Monteurs :
Nous avons observé déjà que l'equipeur monteur pour le modèle de 1774 n'était pas mieux payé que pour celui de 1763, dans les dernières années quoiqu'il y ait pour lui une augmentation d'ouvrages assez considérable, et même plus de risque à courir dans son travail :
1/ relativement à l'écusson portant arrêt lequel exige d'être mis en bois avec la plus grande précision dans toutes sa longueur
2/ cet écusson gêne aussi beaucoup l'equipeur monteur pour le forage de sa baguette puisqu'en effet, pour peu que le canal de la dite baguette, se dévoye, et ne rencontre pas exactement l'arrêt de l'ecusson le bois doit être rebuté et reste en pure perte pour lui.
3/ cet equipeur monteur a encore une peine de plus avec cet ecusson au modèle de 1774 qu'à celui de 1763 dans l'ajustement de la première vis de sous garde qui doit traverser le dit ecusson
4/ de plus le ressort de baïonnette placé à l'extrémité du bois sur le devant et qui y exige un petit logement dans sa partie la plus faible, a souvent été cause que l'equipeur monteur a eu des bois rebutés parce qu'il était difficile d'éviter de les fendre dans ce point.
D'après les risques de cet ouvrier dans son travail et les difficultés qui s'y trouvent de plus au modèle de 1774 qu'à celui de 1763, nous ne concevons pas comment on avait pu faire pour éviter d'augmenter son prix.
Aussi cela l'a-t-il fait crier beaucoup dans le temps et le mécontente même encore à présent pour le petit nombre de fusils du modèle de 1774 qui nous restent à faire.
Mais comme ce que nous avons dit ci dessus pour l'ecusson subsiste aussi dans le nouveau modèle, et que le travail y est même plus considérable parce que l'ecusson y est plus long et qu'il est contourné suivant la forme de dessous de la crosse du fusil, l'equipeur monteur sera assujetti à ne rien changer au contour de cet ecusson, en le mettant en bois, parce que s'il le déformait le moins du monde, la bascule de la sous garde ne pourrait plus rentrer dans le petit logement qui fait son ajustage.
L'embouchoir du nouveau modèle lui donne encore un travail qui exige de la précaution pour y tarauder la bouterolle et y adopter la petite vis qui doit le contenir en le fixant au croissant.
D'ailleurs il ne lui sera pas facile non plus de former au bout de cette vis le rivet qui doit l'empêcher de sortir de son petit écrou parce que ce rivet se trouve précisément dessous la base supérieure de l'embouchoir.
Cet ouvrier aura donc la peine de dégrossir le croissant qui sera laissé exprès un peu plus plein par le garnisseur, a fin que l'equipeur monteur puisse plus facilement l'approprier à son usage et le disposer comme il jugera plus convenable.
En conséquence de toutes ces observations relativement à l'equipeur monteur et de l'intention où nous sommes conformément au réglement de retirer à cet ouvrier la trempe des platines que nous évaluons seulement à deux sols six deniers, parce qu'il restera toujours obligé d'en blanchir et polir comme il faut toutes les pièces.
Nous projetons et jugeons nécessaire de lui donner pour montage et équipement du fusil du nouveau modèle, le prix de 51 sols 6 deniers net, ce qui comparé avec le prix du modèle de 1774 fait à cet ouvrier une augmentation de 6 sols par fusil. Le prix de la trempe étant soustrait et ce qui nous met en droit, en le payant aussi convenablement, d'en exiger un bon et fidèle service.
 
De la trempe :
L'equipeur monteur étant dechargé de la trempe, nous comptons en former un atelier à part, pour lequel nous avons déjà notre établissement préparé et conformément au réglement du nouveau modèl, nous y mettrons en tête un maitre ouvrier dont nous avons déjà fait choix, sur qui roulera toute cette opération, et qui nous en répondra, cependant elle n'en sera pas moins dirigée principalement par les officiers et contrôleurs et ce maitre ouvrier sera très bien payé, avec les deux sols six deniers  par platine soustraits à l'equipeur monteur d'autant plus qu'il ne sera assujetti qu'à blanchir les pièces susceptibles de recuit et seulement de manière à le mettre à même de connaitre par sa couleur les degrés du dit recuit.
Il résulte de tout ce que nous venons d'exposer que pour monter comme il faut, le travail du nouveau modèle dans cette manufacture et nous mettre à même d'exiger des différents ateliers la besogne telle qu'il convient de l'avoir pour faire un bon service nous jugeons que le prix de la fabrication du dit nouveau modèle doit excéder celui du modèle de 3 livres sauf à diminuer par la suite quelques petites bagatelles sur certaines parties, lorsque les ouvriers auront acquis plus de facilité par l'habitude...
 
 
Etat des prix payés par les entrepreneurs de la manufacture d'armes de Charleville à leurs ouvriers pour la fabrication des pièces du fusil de Vincennes suivant le premier modèle envoyé à cette manufacture par ordre de Monseigneur le maréchal Duc de Belleisle suivant sa lettre du 28 février 1758, savoir...
Second modèle envoyé à la manufacture de Charleville par ordre de Monseigneur le Marquis de Cremilles suivant sa lettre du 19 juin 1758...
 
Mémoire – Manufacture de Saint-Etienne, février 1785
 
Les propriétaires de la manufacture d'armes de St Etienne, justement alarmés de la situation de leurs affaires, et de la chute prochaine de leur manufacture, qu'ils prévoient depuis longtemps, ont déjà eu l'honneur d'exposer par différents mémoires au Ministre, et à Mr de Gribeauval les raisons qui ralentissent le cours de la fabrication, et qui réduisaient leurs bénéfices à peine à six et demi pour cent de l'intérpet de leur mise de fonds. Ils appuièrent leurs réclamations au mois de septembre dernier par des états circonstanciés des pertes énormes que les ouvriers canonniers supportaient, lesquelles avaient forcés plusieurs d'entre eux d'abandonner le travail, et que tous avaient progressivement contracté des dettes si considérables envers les entrepreneurs qu'ils sont hors d'état de pouvoir jamais les acquitter. Ils demandèrent en conséquence une augmentation de 40 par fusil et qu'on se relâchat un peu de la sévérité du réglement de 1777 relativement aux canons, à la perfection desquels les ouvriers n'ont pu atteindre au prix qui en é ét précédemment fixé. Le ministre a bien voulu avoir égard à leurs représentations et leur annoncer qu'il leur serait payé à l'avenir 20 soles de plus par fusil d'infanterie et de dragon et mousqueton, à compter du premier janvier 1784. cette augmentation étant encore insuffisante pour satisfaire l'ouvrier, et produire aux entrepreneurs l'intérêt de 15% sur leur mise de fond que leur accorde le réglement de 1777 donnerait nécessairement lieu par la suite à de nouvelles réclamations. Par conséquent le roy ne serait jamais assuré du prix qu'il doit payer les armes qui se fabriquent pour prévenir cette incertitude et ôter tout sujet de plainte et de réclamation aux entrepreneurs, ils supplient le ministre et Mr de Gribeauval de changer le régime actuel de leur manufacture et d'y en substituer un autre plus analogue aux dispositions du réglement de 1777 qui donnant aux préposés du roy une autorité entière et absolue pour la réception et la distribution des ouvrages, le prix et le choix des matières qui s'emploient, ne laissent d'autres fonctions et d'autres soins aux entrepreneurs que ceux de l'administration de la chose, ou de régisseurs intéressés. C'est donc sous ce point de vue et cette dénomination qu'ils demandent à être considérés et traités en cessant d'être entrepreneurs pour être régisseurs, ils n'auront plus de réclamation à faire ; les préposés du roy pourront exercer et étendre leur influence pour la plus grande perfection possible des armes, aussi librement et aussi loin qu'ils le jugeront nécessaire. Il ne pourra par conséquent plus y avoir de plaintes, parce que les régisseurs auront toujours un intérêt puissant pour concourir et seconder les préposés du roy, tant pour l'accroissement de la fabrication que pour lui conserver le degré de perfection qu'elle a maintenant ; dès ors il n'y aura plus entre eux qu'un même esprit, comme un même but ; c'est donc pour y parvenir et mettre leur réputation à l'abri de tout soupçon que les propriétaires de la MAS prennent la liberté de proposer un plan de régie aussi facile à concevoir que simple dans l'exécution et par lequel le roy en indemnisant les régisseurs sur leur mise de fonds, ne paiera plus alors les fusils qu'au prix coutant, leurs propositions consistent en ce qui suit…
Pour empêcher que les canonniers ne s'endettent (ce qui arriverait infailliblement si on leur permettait de disposer à leur volonté des canons qui leur sont rebutés) les régisseurs s'obligent à prendre pour leur compte tous ceux qui sont condamnés pour travers, chambres et défauts de proportion, en conséquence les ouvriers à qui ils appartiendront seront appelés une fois par mois pour les reconnaitre en présence d'un officier, en effacer leur marque : après quoi ils seront remis aux régisseurs qui les feront porter sur leur compte au prix qui sera convenu, et arrêté en déduction de ce qu'ils devront, car s'ils ne devaient rien, ils leur seraient payés comptant.
Les régisseurs s'obligeant à prendre tous les canons rebutés, comme aussi à garder pour leur compte, les bois et les fers auxquels on aurait reconnu quelques défauts de qualité aux visites et dans le cours de la fabrication, demandent à être maintenu dans le privilège accordé à leur manufacture de faire fabriquer exclusivement les armes du calibre de guerre, ainsi qu'il est porté par les lettres patentes d'aout 1769 et aux termes de l'ordonnance du roy du 7 juillet 1783 sans quoi ils ne pourraient pas se charger des canons rebutés aux ouvriers.
En faveur de ce privilège, les régisseurs feront exécuter par les ouvriers de la manufacture, de préférence à tous autres les armes qui leur seront demandées par les Cours étrangères, les armateurs ou celles qu'ils enverraient par spéculation dans les colonies. Ils feront part à l'inspecteur de ce qu'ils se proposent de faire fabriquer, et se concerteront avec lui, pour employer les ouvriers qui n'auraient pas suffisamment de travail et ne pas déranger ceux qui seraient utiles aux besoins du service. Les régisseurs conviendront de prix de gré à gré avec ces ouvriers, attendu que ces sortes de fournitures ne sont autres que des opérations de commerce dont ils se chargent à leur risque péril et fortune.
Les régisseurs remettront en la disposition du roi et de ses préposés tous les magasins, salles de recette et autres qui renferment les effets du roi, ou les approvisionnements qui y rassemblés à cet usage. Les clefs seront sous la main de l'inspecteur : les régisseurs se réservant seulement la disposition du magasin des fers de rebut, du second grenier à bois ou sont déposés ceux qui arrivent, avant d'être visités et admis pour le service du roi, et les magasins du rez-de-chaussée de la partie des bâtiments donnant sur la rue de Valbenoite pour y recevoir et retirer, comme ils l'ont fait jusqu'à présent, tous les rebuts et autres approvisionnement de commerce. Ils se réservent aussi leurs logements, ceux de leurs commis, et leurs bureaux, de la même manière qu'ils en jouissent et en ont jouis depuis que la manufacture leur appartient.
 
Corps Royal d'Artillerie à MAS
Procès verbal d'examens et discussion des dettes des ouvriers canonniers et autres attachés au service de la manufacture d'armes de St Etienne dont les entrepreneurs de cet établissement demandent qu'il leur soit tenu compte par le roi.
Nous, inspecteur de la MAS, aidé des officiers et contrôleurs soussignés, en conséquence des ordres de Mr de Gribeauval, premier inspecteur du Corps royal d'artillerie, à nous a remis par sa lettre du 18 novembre dernier, à l'effet de constater les avances que les entrepreneurs de la dite manufacture disent avoir fait à leurs ouvriers, et dont ils demandent qu'il leur soit tenu compte par le roi. Nous sommes faits représenter par les dites entrepreneurs les registres ou journaux sur lesquels ces dettes sont inscrites, les époques auxquelles elles ont été contractées, la nature et les motifs de ces avances et leur quotité ; et à l'aide de ces pièces, et autre renseignement relatif avons procédé à l'examen et discussion des dites dettes, les 17 décembre dernier et jour suivant, faisant venir chaque ouvrier pour l'entendre en présence des entrepreneurs, et nous assurer par son aveu, si la dette était conforme aux registres et aux réclamations des dits entrepreneurs, et si elle avait été nécessité par le service ou non.
Parmi les dites dettes, nous avons conformément aux ordres de Mr de Gribeauval, porté une attention particulière à celles qui ont été contractées par le dit ouvrier Mr du Monthieu et que les entrepreneurs actuels disent leur avoir été cédées pour comptant par ce dernier.
 
 
Premier état contenant les dettes des ouvriers envers les entrepreneurs actuels :
 
Canonniers :
 
Joseph Berthéas, du 14 juin 1777 au 29 octobre 1784
Antoine Merieux Chapuis, du 16 juin 1777 au 12 juin 1784
Claude Berthéas, du 16 juillet 1777 au 10 août 1780
Jean Louis Lyonnet, du 4 février 1779 au 4 août suivant
Martin Merley, du 14 juin 1777 au 17 juillet 1779
Nicolas Berthéas, du 17 juin 1777 au 15 juillet 1780
Jean Broussard, du 14 juin 1777 au 24 novembre suivant
Jean Rey Cottanson, du 23 juin 1777 au 13 décembre suivant
Jean Chapelon, du 23 juin 1777 au 14 octobre 1780
Denis Lyonnet, du 12 juillet 1777 au 14 août 1779
Louis Bonnard, du 14 juin 1777 au 23 juillet 1779
Barthélémy Lallier, du 4 juin 1777 à  ce jour
Jean Lallier, du 14 juillet 1778 à ce jour
Antoine Jacquet, du 23 juin 1777 au 23 juillet 1779
Claude Martinier, du 14 juin 1777 au 29 octobre 1785
Jean-Baptiste Lyonnet, du 17 juin 1777 au 14 octobre 1780
Jean Massardier, du 25 novembre 1777 au 14 février 1780
Louis Rousset, du 14 juin 1777 au 23 janvier 1782
Joseph Rousset, du 25 juin 1777 au 1er septembre 1780
Jean François Meyrieux, du 23 juin 1777 au 30 novembre 1780
Louis Reymond, du 20 octobre 1777 au 1er mars 1779
Toussaint Prajalas ou Drajalac ? Brajalac ? Du 17 juin 1777 au 14 octobre 1780
Gabriel Robert, du 18 juillet 1777 au 20 septembre 1782
Merieux Cellerette, du 17 juin 1777 au 22 avril 1780
Sebastien Lallier, du 14 juin 1777 au 17 mai 1780
Jean-Baptiste Blachon, du 3 juillet 1777 au 22 avril 1780
Pierre Fournier, du 22 septembre 1777 au 14 décembre 1782
Jacques Fournier, du 19 août 1777 au 27 octobre 1782
Jean Breuil, du 15 septembre 1777 au 1er février 1783
Joseph Blachon, du 14 juin 1777 au 6 avril 1782
Claude Guichard, du 14 juin 1777 au 1er avril 1786
Jean Louis Merieux, du 29 septembre 1779 au 4 septembre 1784
Joseph Bonnard, du 14 juin 1777 au 29 avril 1786
Jean-Baptiste Rigaud, du 14 juin 1777 au 1er avril 1779
 
Ouvriers en garnitures ou dresseurs morts ou insolvables :
 
Antoine Chometton, mort. Faiseur de garnitures.
Jean-François Brunon, insolvable. Ouvrier en garnitures.
Martin Merley, insolvable, ouvrier dresseur.
 
En constatant la réalité des dettes portées en l'état ci-dessus et en discutant avec les entrepreneurs, leur légitimité ou illégitimité, relativement au service, nous leur avons objecté qu'il ne paraissait pas naturel que le roi leur tint compte de celle qui ne provenaient que d'avances faites parce qu'ils avaient dû balancer celles qu'ils faisaient aux ouvriers, avec l'ouvrage que ces derniers pouvaient être ... ; et que tout fer ou argent, donné au-delà du besoin de la fabrication, ne devait point être regardé comme une avance faite pour le service.
Ils nous ont répondu qu'ils avaient été obligés à ces avances considérables pour retenir les ouvriers qui menaçaient de les quitter, soit parce que le commerce les leur débauchait journellement soit parce que les quantités considérables de rebuts qu'éprouvaient ces mêmes ouvriers les décourageaient que dans l'un et l'autre cas, ils avaient mieux ainsi s'exposer à perdre des avances nécessaires à des ouvriers qu'il était intéressant de conserver, que de risquer de voir tomber la fabrication faute de bras.
Ce qui nous a paru favorables au dire des entrepreneurs à cet égard, c'est que nous avons vu effectivement les dettes contractées pour cause d'ouvrages rebutés, fort au dessus de celles occasionnées par des avances seulement. C'est ce que nous avons cru devoir distinguer dans l'état ci-dessus dans la récapitulation duquel on voit pour chaque ouvrier, si sa dette vient d'avance seulement, ou bien des rebuts de sa fabrication, ou enfin de l'un et l'autre et dans quel rapport.
 
D'où nous croyons pouvoir conclure que la perfection dans l'arme, exigée avec raison depuis 1777, ayant mis les ouvriers dans la nécessité de s'endetter envers les entrepreneurs et ces derniers dans ce cas forcé de les soutenir, il est juste que d'une part l'ouvrier soit affranchi d'une dette qu'il n'a contractée que parce qu'on a exigé de sa fabrication une perfection ignorée jusque là, et que d'un autre côté l'entrepreneur soit indemnisé d'avances qu'il n'a faite que pour assurer le service.
Au reste ces dettes des ouvriers contractées depuis 1777 étant une fois remboursées, nous pouvons assurer Mr de Gribeauval qu'il n'en est point d'autres que les entrepreneurs ne puissent réclamer. Ils nous en ont présenté une beaucoup plus grande quantité, nous l'avons réduite à celle portée dans l'état qu'on vient de parcourir parce que parmi celles excédents, les unes ont été sur le champ compensées par des ouvrages que certains ouvriers réclamaient, ce qui a été reconnu par les entrepreneurs, et que les débiteurs des autres sont en ... avec les dits entrepreneurs, qui reconnaissent leur solvabilité, et se chargent de faire payer sans aucune réclamation contre le roi.
Signé : Carrier LaThuillerie Dubouchet ; Lambert, Merley, Javelle, le chevalier Delespinasse, De Fyard et le chevalier ?
 
 
Corps Royal de l'artillerie, manufacture d'armes
Observations en réponse à la lettre de Mr de Gribeauval a Mr d'Agoult, du 7 mai 1788 et à celle de Mr le Comte de Briennes à Mr de Gribeauval, du 23 du même mois :
On croit pouvoir assurer Mr de Gribeauval qu'il n'est pas possible d'exciter dans les manufactures une plus grande activité de travail, ni faire surveiller les contrôleurs, réviseurs et ouvriers, plus qu'ils ne le sont par messieurs les officiers. La perfection de la fabrication généralement reconnue, et la quantité d'armes fabriquées, au dessus des commandes de la cour, sont des preuves existantes, et de l'exacte surveillance de tous les préposés du roy sur les ouvriers, et d'une activité de travail, qui ne peuvent être portés plus loin.
Si la perfection de la fabrication occasionne des rebuts, c'est une suite indispensable des examens des ouvrages. On ne peut se relâcher de la sévérité salutaire de ces examens, sans exposer les manufactures à fournir aux troupes d'aussi mauvaises armes qu'on le faisait dans les temps d'anarchie qui ont précédé l'époque à laquelle Mr de Gribeauval a mis dans le régime des manufactures l'ordre qu'on y admire aujourd'hui.
C'est donc à tort que les entrepreneurs, ennemis nés des règles, et toujours prêts à s'y soustraire, ne cessent de représenter que les rebuts des ouvrages sont effrayants, pour employer ici leur expression. Ces rebuts sont ce qu'ils doivent être pour le salut des troupes ; et su les entrepreneurs étaient justes, ils conviendraient qu'on en a infiniment diminué le nombre, par le soin qu'on a pris d'éclairer les ouvriers, sur les véritables moyens, de connaitre les bonnes matières, de les éprouver et enfin de les employer à la meilleure fabrication des diverses pièces de l'arme. Ces procédés sont consignés dans les réglements des manufactures et l'on n'y peut rien changer, ni ajouter.
Une preuve particulière de l'attention des officiers à suivre ces réglements, et à ne rebuter que ce qui doit l'être, c'est qu'on n'examine jamais aucun ouvrage quelqu'ils soient, qu'en présence des ouvriers intéressés, leur montrant les défauts dans lesquels ils sont tombés, et leur enseigner avec patience les moyens de les éviter.
C'est surtout dans l'examen des canons que l'attention est portée plus loin. Lorsque les défauts ne sont pas assez sensibles à l'oeil, pour que les officiers, contrôleurs et réviseurs, puissent les condamner d'une voix unanime, on les remet à la salle d'humidité, pour un mois de plus, et on les revoit ensuite. Cette règle a été établie par Mr Dagoult dans les trois manufactures, pour assurer les décisions des préposés du roy, sur la partie la plus essentielle de l'arme, et oter aux ouvriers et aux entrepreneurs tout sujet de plainte de partialité ou d'inexpérience.
D'ailleurs ces canons de rebut sont remis à mesure aux entrepreneurs, revêtus des marques de réprobations ordonnées pour être employés à leurs armes du commerce. S'il s'en était trouvé qui eussent été rebutés sans raison, ils n'auraient surement pas attendu jusqu'à ce jour pour les représenter. On les met au défi de le faire.
C'est par une suite de l'amour du plus grand ordre et de la protection qu'il est naturel d 'accorder à une classe aussi utile d'ouvriers que ceux des manufactures, que Mr de Gribeauval demande, si l'on ne pourrait pas "épargner encore plus à ces mêmes ouvriers, le temps qu'on leur fait employer gratuitement, lors de la présentation, examen et recette quelconque de leurs ouvrages, temps dont on a assuré qu'on pourrait facilement économiser une partie, animés du même esprit, de soutenir, et de protéger des malheureux dont nous devons être les appuis, en même temps que les juges, nous osons certifier à Mr de Gribeauval, que nous ne faisons jamais perdre aucun temps aux ouvriers, que nous le leur économisons autant qu'il est possible, et qu'on lui en a imposé lorsqu'on a osé lui assurer le contraire.
Les entrepreneurs ont également cherché à surprendre la religion de ce respectable chef, et à lui donner une impression défavorable des officiers des manufactures, lorsqu'ils se sont permis de lui dire, qu'on employait les ouvriers à des recherches et des polis superflus. On les évite au contraire autant qu'il se peut ; mais on ne regarde pas comme superflu les soins qu'on prend de s'assurer des défauts de fabrication, par le poli ordinaire qu'on est obligé de donner à toutes les pièces de forge pour les juger. Ce premier poli, bien éloigné des recherches superflues qui ne feraient que donner de l'éclat aux armes, sans rien ajouter à leur solidité, est si nécessaire pour les examiner qu'un des premiers contrôleurs des manufactures s'appelle meurtrier pour les canons, se regardant comme le moyen le plus sur d'en faire découvrir les défauts. Voila ce que les entrepreneurs appellent des polis superflus. Aussi est-ce en négligeant ainsi le soin que doivent avoir tous fabricants, d'examiner ce qu'ils fournissent, que les entrepreneurs de la manufacture de Maubeuge, ont livré de si mauvaises armes aux régiments suisses, dans les temps où ils en ont soustrait l'examen aux préposés du roy, comme Mr Dagoult l'a observé dans son mémoire.
Nous ne nous départirons donc point des soins prétendus superflus, que les entrepreneurs nous accusent de donner à l'examen de la fabrication. Ils ne sont point superflus puisqu'ils assurent la solidité des armes et le salut du soldat.
Il n'est de recherches qu'on puisse appeler superflues, que celles qui sont outrées, absurdes, comme celles du sieur Mercier contrôleur des salles de Lyon, qui a prétendu trouver à nos canons des défauts qui n'existaient point, si ce n'est quelques points tolérés par les réglements au dessous des mesures de rigueur. On ne recevrait point d'armes s'il fallait les examiner avec cette sévérité puérile. Nous nous défendons de ce mieux ennemi du bien, autant que de la négligence. Ce sont deux extrêmes qu'il faut également éviter. Mais il faut savoir les connaitre. Aussi le procès verbal de l'examen fait par ordre de Mr de la Mortière, de 86 canons rebutés par le sieur Mercier, fait-il voir que dans ce nombre, il ne s'en est trouvé que deux très légèrement disproportionnés, et un autre à rebuter, non pour ce défaut que lui attribuait ce contrôleur, mais pour une doublure qu'il n'avait pas vue, tant il avait bien jugé, remarquant aux canons des défauts qu'ils n'avaient pas, et ne voyant pas ceux qu'ils avaient réellement. Mais revenons aux observations de la lettre de Mr de Gribeauval.
Ce général demande avec raison si l'on ne pourrait pas opérer la réduction si désirée du prix de l'arme en changeant le régime des manufactures. Nous pensons que le moyen de le faire serait de faire acheter au roi les bâtiments, outils et ustensiles des manufactures et de l'en rendre propriétaire comme il l'est de ceux de klingenthal en Alsace. Examinons la réduction que ce nouveau système opérerait sur le prix de l'arme.
Dans le régime actuel des manufactures de St Etienne, Charleville et Maubeuge, le roi paye aux entrepreneurs les armes qu'ils lui fournissent, aux prix coutant, et il leur donne en outre 15% de leurs immeubles, 15% de leurs approvisionnements et 10% du prix de fabrication, aux charges par eux d'entretenir et de répondre de leurs bâtiments et approvisionnements, et de prendre également à leurs charges tous les frais de régie et d'administration quelconques.
Dans le nouveau régime qui serait de compter de clerc à maitre avec les entrepreneurs, le roy leur rembourserait les armes qu'ils lui fourniraient, au prix coutant, il payerait les appointements de leurs commis sur les revues des commissaires des guerres, et il leur accorderait en outre, 5% de leur approvisionnements jugés nécessaires pour une fourniture annuelle de 12 000 armes, et 10% du prix de fabrication.
Les entrepreneurs ne pourraient se plaindre de ce traitement puisqu'ils y trouveraient plus que les intérêts ordinaires du commerce, sans courir aucun risque.
Pour juger de ce que le roi gagnerait à cet arrangement, qui n'est autre que celui du Klingenthal, on va comparer le prix des armes fabriquées, en suivant le régime actuel, au prix des mêmes armes fabriquées en suivant le système proposé. On prendra pour exemple la manufacture de St Etienne...
Waouh que de lecture et de décryptage à analyser
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Un peu d'histoire sur les manufactures au 17e et 18e siècle Empty Re: Un peu d'histoire sur les manufactures au 17e et 18e siècle

Message  Tico le Sam 19 Déc 2020, 18:35

Conservateur a écrit:Suite...

Mémoire – Manufacture de Saint-Etienne, février 1785
 
Les propriétaires de la manufacture d'armes de St Etienne, justement alarmés de la situation de leurs affaires, et de la chute prochaine de leur manufacture, qu'ils prévoient depuis longtemps, ont déjà eu l'honneur d'exposer par différents mémoires au Ministre, et à Mr de Gribeauval les raisons qui ralentissent le cours de la fabrication, et qui réduisaient leurs bénéfices à peine à six et demi pour cent de l'intérpet de leur mise de fonds. Ils appuièrent leurs réclamations au mois de septembre dernier par des états circonstanciés des pertes énormes que les ouvriers canonniers supportaient, lesquelles avaient forcés plusieurs d'entre eux d'abandonner le travail, et que tous avaient progressivement contracté des dettes si considérables envers les entrepreneurs qu'ils sont hors d'état de pouvoir jamais les acquitter. Ils demandèrent en conséquence une augmentation de 40 par fusil et qu'on se relâchat un peu de la sévérité du réglement de 1777 relativement aux canons, à la perfection desquels les ouvriers n'ont pu atteindre au prix qui en é ét précédemment fixé. Le ministre a bien voulu avoir égard à leurs représentations et leur annoncer qu'il leur serait payé à l'avenir 20 soles de plus par fusil d'infanterie et de dragon et mousqueton, à compter du premier janvier 1784. cette augmentation étant encore insuffisante pour satisfaire l'ouvrier, et produire aux entrepreneurs l'intérêt de 15% sur leur mise de fond que leur accorde le réglement de 1777 donnerait nécessairement lieu par la suite à de nouvelles réclamations. Par conséquent le roy ne serait jamais assuré du prix qu'il doit payer les armes qui se fabriquent pour prévenir cette incertitude et oter tout sujet de plainte et de réclamation aux entrepreneurs, ils supplient le ministre et Mr de Gribeauval de changer le régime actuel de leur manufacture et d'y en substituer un autre plus analogue aux dispositions du réglement de 1777 qui donnant aux preposés du roy une autorité entière et absolue pour la réception et la distribution des ouvrages, le prix et le choix des matières qui s'emploient, ne laissent d'autres fonctions et d'autres soins aux entrepreneurs que ceux de l'administration de la chose, ou de régisseurs intéressés. C'est donc sous ce point de vue et cette dénommination qu'ils demandent à être considérés et traités en cessant d'être entrepreneurs pour être régisseurs, ils n'auront plus de réclamation à faire ; les préposés du roy pourront exercer et étendre leur influence pour la plus grande perfection possible des armes, aussi librement et aussi loin qu'ils le jugeront nécessaire. Il ne pourra par conséquent plus y avoir de plaintes, parce que les régisseurs auront toujours un intérêt puissant pour concourir et seconder les préposés du roy, tant pour l'accroissement de la fabrication que pour lui conserver le degré de perfection qu'elel amaintenant ; dès ors il n'y aura plus entre eux qu'un même esprit, comme un même but ; c'est donc pour y parvenir et mettre leur réputation à l'abri de tout soupçon que les propriétaires de la MAS prennent la liberté de proposer un plan de régie auss facile à concevoir que simple dans l'exécution et par lequel le roy en indemnisant les régisseurs sur leur mise de fonds, ne paiera plus alors les fusils qu'au prix coutant, leurs propositions consistent en ce qui suit…
Pour empêcher que les canonniers ne s'endettent (ce qui arriverait infailliblement si on leur permettait de disposer à leur volonté des canons qui leur sont rebutés) les régisseurs s'obligent à prendre pour leur compte tous ceux qui sont condamnés pour travers, chambres et défauts de proportion, en conséquence les ouvriers à qui ils appartiendront seront appelés une fois par mois pour les reconnaitre en présence d'un officier, en effacer leur marque : après quoi ils seront remis aux régisseurs qui les feront porter sur leur compte au prix qui sera convenu, et arrêté en déduction de ce qu'ils devront, car s'ils ne devaient rien, ils leur seraient payés comptant.
Les régisseurs s'obligeant à prendre tous les canons rebutés, comme aussi à garder pour leur compte, les bois et les fers auxquels on aurait reconnu quelques défauts de qualité aux visites et dans le cours de la fabrication, demandent à être maintenu dans le privilège accordé à leur manufacture de faire fabriquer exclusivement les armes du calibre de guerre, ainsi qu'il est porté par les lettres patentes d'aout 1769 et aux termes de l'ordonnance du roy du 7 juillet 1783 sans quoi ils ne pourraient pas se charger des canons rebutés aux ouvriers.
En faveur de ce privilège, les régisseurs feront exécuter par les ouvriers de la manufacture, de préférence à tous autres les armes qui leur seront demandées par les Cours étrangères, les armateurs ou celles qu'ils enverraient par spéculation dans les colonies. Ils feront part à l'inspecteur de ce qu'ils se proposent de faire fabriquer, et se concerteront avec lui, pour employer les ouvriers qui n'auraient pas suffisamment de travail et ne pas déranger ceux qui seraient utiles aux besoins du service. Les régisseurs conviendront de prix de gré à gré avec ces ouvriers, attendu que ces sortes de fournitures ne sont autres que des opérations de commerce dont ils se chargent à leur risque péril et fortune.
Les régisseurs remettront en la disposition du roi et de ses préposés tous les magasins, salles de recette et autres qui renferment les effets du roi, ou les approvisionnements qui y rassemblés à cet usage. Les clefs seront sous la main de l'inspecteur : les régisseurs se réservant seulement la disposition du magasin des fers de rebut, du second grenier à bois ou sont déposés ceux qui arrivent, avant d'être visités et admis pour le service du roi, et les magasins du rez-de-chaussée de la partie des bâtiments donnant sur la rue de valbenoite pour y recevoir et retirer, comme ils l'ont fait jusqu'à présent, tous les rebuts et autres approvisionnement de commerce. Ils se réservent aussi leurs logements, ceux de leurs commis, et leurs bureaux, de la même manière qu'ils en jouissent et en ont jouis depuis que la manufacture leur appartient.
 
Corps Royal d'Artillerie à MAS
Procès verbal d'examens et discussion des dettes des ouvriers canonniers et autres attachés au service de la manufacture d'armes de St Etienne dont les entrepreneurs de cet établissement demandent qu'il leur soit tenu compte par le roi.
Nous, inspecteur de la MAS, aidé des officiers et contrôleurs soussignés, en conséquence des ordres de Mr de Gribeauval, premier inspecteur du Corps royal d'artillerie, à nous a remis par sa lettre du 18 novembre dernier, à l'effet de constater les avances que les entrepreneurs de la dite manufacture disent avoir fait à leurs ouvriers, et dont ils demanden qu'il leur soit tenu compte par le roi.Nous sommes faits représenter par les dites entrepreneurs les registres ou journaux sur lesquels ces dettent sont inscrites, les époques auxquelles elles ont été contractées, la nature et les motifs de ces avances et leur quotité ; et à l'aide de ces pièces, et autre renseignement relatif avons procédé à l'examen et discussion des dites dettes, les 17 décembre dernier et jour suivant, faisant venir chaque ouvrier pour l'entendre en présence des entrepeneurs, et nous assurer par son aveu, si la dette était conforme aux registres et aux réclamations des dits entrepreneurs, et si elle avait été nécessité par le service ou non.
Parmi les dites dettes, nous avons conformément aux ordres de Mr de Gribeauval, porté une attention particulière à celles qui ont été contractées par le dit ouvrier Mr du Monthieu et que les entrepreneurs actuels disent leur avoir été cédées pour comptant par ce dernier.
 
 
Premier état contenant les dettes des ouvriers envers les entrepreneurs actuels :
 
Canonniers :
 
Joseph Berthéas, du 14 juin 1777 au 29 octobre 1784
Antoine Merieux Chapuis, du 16 juin 1777 au 12 juin 1784
Claude Berthéas, du 16 juillet 1777 au 10 août 1780
Jean Louis Lyonnet, du 4 février 1779 au 4 août suivant
Martin Merley, du 14 juin 1777 au 17 juillet 1779
Nicolas Berthéas, du 17 juin 1777 au 15 juillet 1780
Jean Broussard, du 14 juin 1777 au 24 novembre suivant
Jean Rey Cottanson, du 23 juin 1777 au 13 décembre suivant
Jean Chapelon, du 23 juin 1777 au 14 octobre 1780
Denis Lyonnet, du 12 juillet 1777 au 14 août 1779
Louis Bonnard, du 14 juin 1777 au 23 juillet 1779
Barthélémy Lallier, du 4 juin 1777 à  ce jour
Jean Lallier, du 14 juillet 1778 à ce jour
Antoine Jacquet, du 23 juin 1777 au 23 juillet 1779
Claude Martinier, du 14 juin 1777 au 29 octobre 1785
Jean-Baptiste Lyonnet, du 17 juin 1777 au 14 octobre 1780
Jean Massardier, du 25 novembre 1777 au 14 février 1780
Louis Rousset, du 14 juin 1777 au 23 janvier 1782
Joseph Rousset, du 25 juin 1777 au 1er septembre 1780
Jean François Meyrieux, du 23 juin 1777 au 30 novembre 1780
Louis Reymond, du 20 octobre 1777 au 1er mars 1779
Toussaint Prajalas ou Drajalac ? Brajalac ? Du 17 juin 1777 au 14 octobre 1780
Gabriel Robert, du 18 juillet 1777 au 20 septembre 1782
Merieux Cellerette, du 17 juin 1777 au 22 avril 1780
Sebastien Lallier, du 14 juin 1777 au 17 mai 1780
Jean-Baptiste Blachon, du 3 juillet 1777 au 22 avril 1780
Pierre Fournier, du 22 septembre 1777 au 14 décembre 1782
Jacques Fournier, du 19 août 1777 au 27 octobre 1782
Jean Breuil, du 15 septembre 1777 au 1er février 1783
Joseph Blachon, du 14 juin 1777 au 6 avril 1782
Claude Guichard, du 14 juin 1777 au 1er avril 1786
Jean Louis Merieux, du 29 septembre 1779 au 4 septembre 1784
Joseph Bonnard, du 14 juin 1777 au 29 avril 1786
Jean-Baptiste Rigaud, du 14 juin 1777 au 1er avril 1779
 
Ouvriers en garnitures ou dresseurs morts ou insolvables :
 
Antoine Chometton, mort. Faiseur de garnitures.
Jean-François Brunon, insolvable. Ouvrier en garnitures.
Martin Merley, insolvable, ouvrier dresseur.
 
En constatant la réalité des dettes portées en l'état ci-dessus et en discutant avec les entrepreneurs, leur légitimité ou illégitimité, relativement au service, nous leur avons objecté qu'il ne paraissait pas naturel que le roi leur tint compte de celle qui ne provenaient que d'avances faites parce qu'ils avaient dû balancer celles qu'ils faisaient aux ouvriers, avec l'ouvrage que ces derniers pouvaient être ... ; et que tout fer ou argent, donné au-delà du besoin de la fabrication, ne devait point être regardé comme une avance faite pour le service.
Ils nous ont répondu qu'ils avaient été obligés à ces avances considérables pour retenir les ouvriers qui menaçaient de les quitter, soit parce que le commerce les leur débauchait journellement soit parce que les quantités considérables de rebuts qu'éprouvaient ces mêmes ouvriers les décourageaient que dans l'un et l'autre cas, ils avaient mieux ainsi s'exposer à perdre des avances nécessaires à des ouvriers qu'il était intéressant de conserver, que de risquer de voir tomber la fabrication faute de bras.
Ce qui nous a prau favorables au dire des entrepreneurs à cet égard, c'est que nous avons vu effectivement les dettes contractées pour cause d'ouvrages rebutés, fort au dessus de celles occasionnées par des avances seulement. C'est ce que nous avons cru devoir distinguer dans l'état ci-dessus dans la récapitulation duquel on voit pour chaque ouvrier, si sa dette vient d'avance seulement, ou bien des rebuts de sa fabrication, ou enfin de l'un et l'autre et dans quel rapport.
 
D'où nous croyons pouvoir conclure que la perfection dans l'arme, exigée avec raison depuis 1777, ayant mis les ouvriers dans la nécessité de s'endetter envers les entrepreneurs et ces derniers dans ce cas forcé de les soutenir, il est juste que d'une aprt l'ouvrier soit affranchi d'une dette qu'il n'a contractée que parce qu'on a exigé de sa fabrication une perfection ignorée jusque là, et que d'un autre côté l'entrepreneur soit indemnisé d'avances qu'il n'a faite que pour assurer le service.
Au reste ces dettes des ouvriers contractées depuis 1777 étant une fois remboursées, nous pouvons assurer Mr de Gribeauval qu'il n'en est point d'autres que les entrepreneurs ne puissent réclamer. Ils nous en ont présenté une beaucoup plus grande quantité, nous l'avons réduite à celle portée dans l'état qu'on vient de parcourir parce que parmi celles excédents, les unes ont été sur le champ compensées par des ouvrages que certains ouvriers réclamaient, ce qui a été reconnu par les entrepreneurs, et que les débiteurs des autres sont en ... avec les dits entrepreneurs, qui reconnaissent leur solvabilité, et se chargent de faire payer sans aucune réclamation contre le roi.
Signé : Carrier LaThuillerie Dubouchet ; Lambert, Merley, Javelle, le chevalier Delespinasse, De Fyard et le chevalier ?
 
 
Corps Royal de l'artillerie, manufacture d'armes
Observations en réponse à la lettre de Mr de Gribeauval a Mr d'Agoult, du 7 mai 1788 et à celle de Mr le Comte de Briennes à Mr de Gribeauval, du 23 du même mois :
On croit pouvoir assurer Mr de Gribeauval qu'il n'est pas possible d'exciter dans les manufactures une plus grande activité de travail, ni faire surveiller les contrôleurs, réviseurs et ouvriers, plus qu'ils ne le sont par messieurs les officiers. La perfection de la fabrication généralement reconnue, et la quantité d'armes fabriquées, au dessus des commandes de la cour, sont des preuves existantes, et de l'exacte surveillance de tous les préposés du roy sur les ouvriers, et d'une activité de travail, qui ne peuvent être portés plus loin.
Si la perfection de la fabrication occasionne des rebuts, c'est une suite indispensable des examens des ouvrages. On ne peut se relâcher de la sévérité salutaire de ces examens, sans exposer les manufactures à fournir aux troupes d'aussi mauvaises armes qu'on le faisait dans les temps d'anarchie qui ont précédé l'époque à laquelle Mr de Gribeauval a mis dans le régime des manufactures l'ordre qu'on y admire aujourd'hui.
C'est donc à tort que les entrepreneurs, ennemis nés des règles, et toujours prêts à s'y soustraire, ne cessent de représenter que les rebuts des ouvrages sont effrayants, pour employer ici leur expression. Ces rebuts sont ce qu'ils doivent être pour le salut des troupes ; et su les entrepreneurs étaient justes, ils conviendraient qu'on en a infiniment diminué le nombre, par le soin qu'on a pris d'éclairer les ouvriers, sur les véritables moyens, de connaitre les bonnes matières, de les éprouver et enfin de les employer à la meilleure fabrication des diverses pièces de l'arme. Ces procédés sont consignés dans les réglements des manufactures et l'on n'y peut rien changer, ni ajouter.
Une preuve particulière de l'attention des officiers à suivre ces réglements, et à ne rebuter que ce qui doit l'être, c'est qu'on n'examine jamais aucun ouvrage quelqu'ils soient, qu'en présence des ouvriers intéressés, leur montrant les défauts dans lesquels ils sont tombés, et leur enseigner avec patience les moyens de les éviter.
C'est surtout dans l'examen des canons que l'attention est portée plus loin. Lorsque les défauts ne sont pas assez sensibles à l'oeil, pour que les officiers, contrôleurs et réviseurs, puissent les condamner d'une voix unanime, on les remet à la salle d'humidité, pour un mois de plus, et on les revoit ensuite. Cette règle a été établie par Mr Dagoult dans les trois manufactures, pour assurer les décisions des préposés du roy, sur la partie la plus essentielle de l'arme, et oter aux ouvriers et aux entrepreneurs tout sujet de plainte de partialité ou d'inexpérience.
D'ailleurs ces canons de rebut sont remis à mesure aux entrepreneurs, revêtus des marques de réprobations ordonnées pour être employés à leurs armes du commerce. S'il s'en était trouvé qui eussent été rebutés sans raison, ils n'auraient surement pas attendu jusqu'à ce jour pour les représenter. On les met au défi de le faire.
C'est par une suite de l'amour du plus grand ordre et de la protection qu'il est natureld 'accorder à une classe aussi utile d'ouvriers que ceux des manufactures, que Mr de Gribeauval demande, si l'on ne pourrait pas "épargner encore plus à ces mêmes ouvriers, le temps qu'on leur fait employer gratuitement, lors de la présentation, examen et recette quelconque de leurs ouvrages, temps dont on a assuré qu'on pourrait facilement économiser une partie, animés du même esprit, de soutenir, et de protéger des malheureux dont nous devons être les appuis, en même temps que les juges, nous osons certifier à Mr de Gribeauval, que nous ne faisons jamais perdre aucun temps aux ouvriers, que nous le leur économisons autant qu"il est possible, et qu'on lui en a imposé lorsqu'on a osé lui assurer le contraire.
Les entrepreneurs ont également cherché à surprendre la religion de ce respectable chef, et à lui donner une impression défavorable des officiers des manufactures, lorsqu'ils se sont permis de lui dire, qu'on employait les ouvriers à des recherches et des polis superflus. On les évite au contraire autant qu'il se peut ; mais on ne regarde pas comme superflu les soins qu'on prend de s'assurer des défauts de fabrication, par le poli ordinaire qu'on est obligé de donner à toutes les pièces de forge pour les juger. Ce premier poli, bien éloigné des recherches superflues qui ne feraient que donner de l'éclat aux armes, sans rien ajouter à leur solidité, est si nécessaire pour les examiner qu'un des premiers contrôleurs des manufactures s'appelle meurtrier pour les canons, se regardant comme le moyen le plus sur d'en faire découvrir les défauts. Voila ce que les entrepreneurs appellent des polis superflus. Aussi est-ce en négligeant ainsi le soin que doivent avoir tous fabriquants, d'examiner ce qu'ils fournissent, que les entrepreneurs de la manufacture de Maubeuge, ont livré de si mauvaises armes aux régiments suisses, dans les temps où ils en ont soustrait l'examen aux préposés du roy, comme Mr Dagoult l'a observé dans son mémoire.
Nous ne nous départirons donc point des soins prétendus superflus, que les entrepreneurs nous accusent de donner à l'examen de la fabrication. Ils ne sont point superflus puisqu'ils assurent la solidité des armes et le salut du soldat.
Il n'est de recherches qu'on puisse appeler superflues, que celles qui sont outrées, absurdes, comme celles du sieur Mercier contrôleur des salles de Lyon, qui a prétendu trouver à nos canons des défauts qui n'existaient point, si ce n'est quelques points tolérés par les réglements au dessous des mesures de rigueur. On ne recevrait point d'armes s'il fallait les examiner avec cetet sévérité puérile. Nous nous défendons de ce mieux ennemi du bien, autant que de la négligeance. Ce sont deux extrêmes qu'il faut également éviter. Mais il faut savoir les connaitre. Aussi le procès verbal de l'examen fait par ordre de Mr de la Mortière, de 86 canons rebutés par le sieur Mercier, fait-il voir que dans ce nombre, il ne s'en est trouvé que deux très légèrement disproportionnés, et un autre à rebuter, non pour ce défaut que lui attribuait ce contrôleur, mais pour une doublure qu'il n'avait pas vue, tant il avait bien jugé, remarquant aux canons des défauts qu'ils n'avaient pas, et ne voyant pas ceux qu'ils avaient réellement. Mais revenons aux observations de la lettre de Mr de Gribeauval.
Ce général demande avec raison si l'on ne pourrait pas opérer la réduction si désirée du prix de l'arme en changeant le régime des manufactures. Nous pensons que le moyen de le faire serait de faire acheter au roi les bâtiments, outils et ustensiles des manufactures et de l'en rendre propriétaire comme il l'est de ceux de klingenthal en Alsace. Examinons la réduction que ce nouveau système opérerait sur le prix de l'arme.
Dans le régime actuel des manufactures de St Etienne, Charleville et Maubeuge, le roi paye aux entrepreneurs les armes qu'ils lui fournissent, aux prix coutant, et il leur donne en outre 15% de leurs immeubles, 15% de leurs approvisionnements et 10% du prix de fabrication, aux charges par eux d'entretenir et de répondre de leurs bâtiments et approvisionnements, et de prendre également à leurs charges tous les frais de régie et d'administration quelconques.
Dans le nouveau régime qui serait de compter de clerc à maitre avec les entrepreneurs, le roy leur rembourserait les armes qu'ils lui fourniraient, au prix coutant, il payerait les appointements de leurs commis sur les revues des commissaires des guerres, et il leur accorderait en outre, 5% de leur approvisionnements jugés nécessaires pour une fourniture annuelle de 12 000 armes, et 10% du prix de fabrication.
Les entrepreneurs ne pourraient se plaindre de ce traitement puisqu'ils y trouveraient plus que les intérêts ordinaires du commerce, sans courir aucun risque.
Pour juger de ce que le roi gagnerait à cet arrangement, qui n'est autre que celui du Klingenthal, on va comparer le prix des armes fabriquées, en suivant le régime actuel, au prix des mêmes armes fabriquées en suivant le système proposé. On prendra pour exemple la manufacture de St Etienne...

 
Mr Dagoult a fait connaitre par l'historique des manœuvres des entrepreneurs et par les infidélités prouvées de leurs commis, les raisons que Mr de Gribeauval avait eu d'établir les règlements des manufactures. Nous pensons comme ce directeur que ces sages règlements doivent être conservés, à moins qu'on ne veuille retomber dans l'inconvénient d'une fabrication négligée, et infecter nos arsenaux comme nous l'avons déjà observé, d'armes aussi peu sures, que celles qui sortaient des mains des entrepreneurs, lorsqu'ils étaient seuls chargés de la fabrication et que les officiers n'avaient pas l'autorité de s'y opposer.
Loin donc que nous pensions qu'on doive rien changer au fond de ces règlements, auxquels nous devons la solidité, la perfection et la beauté de nos armes, aujourd'hui l'étonnement et l'admiration de l'europe , nous supplions au contraire Mr de Gribeauval devant lequel nous les avons lu, et qui y a de nouveau donné sa sanction, (sauf quelques changements que nous y avons, avec lui, reconnus nécessaires et dont les notes ont été par nous remises à son bureau) de vouloir bien les maintenir en leur entier, et de représenter au ministre la nécessité de les soutenir contre les cabales des entrepreneurs, dont quelques uns ont eu l'indécence de se vanter qu'ils les feraient changer.
C'est par une suite du même esprit d'indépendance que ces mêmes entrepreneurs demandent avec importunité que ces règlements leur soient communiqués pour y répondre ; comme si c'était avec eux que ces règlements dussent être faits. On sait des marchés avec des entrepreneurs mais non des règlements. Doit-on consulter sur les dispositions de la loi l'homme disposé à l'enfreindre ? Il répondra toujours qu'elle le gêne. Il en doit être de même des entrepreneurs : on ne doit leur communiquer les règlements que pour les leur faire suivre.
C'est ainsi que nous voyons la chose, dans le même esprit que Mr de Gribeauval, uniquement par l'amour de la justice et de l'ordre, et non par un esprit inquisitoire, comme les entrepreneurs voudraient le persuader à ce premier chef du corps. Nous les surveillons parce qu'il est de notre devoir de le faire, mais en même temps nous les protégeons, en les sauvant de leur négligence, et de leur... qui leur ont tant de fois été ... Qu'ils ne se plaignent donc pas de nos régles, et de leur observance : elles sont toutes pour eux ; et s'ils étaient appellés à les faire, ils se perdraient en les adoucissant...
 
Mémoire, manufactures royales d'armes à feu
Il a été remis à Mr de la Tour du Pin des observations sur les causes du ralentissement du travail actuel de la manufacture royale d'armes à feu de Saint-Etienne. Mr d'Agoult a été chargé d'y répondre et de donner son avis au ministre sur le projet de supprimer le sort actuel des fournisseurs des trois manufactures d'armes à feu pour y substituer des marchés à passer annuellement avec ces messieurs ou a son terme moins rapprochés comme cela se pratiquait autrefois.
Avant d'entrer dans aucune discussion sur la manière plus moins avantageuse pour l'état d'asseoir le sort des entrepreneurs des manufactures d'armes à feu, il convient de faire l'historique des différents motifs qui ont successivement porté le fusil de soldat au prix où il est payé aujourd'hui et déterminé Mr de Gribeauval à asservir les sorts des entrepreneurs tel qu'il est décidément fixé depuis le 21 juin 1785, c'est-à-dire à leur payer un intérêt de 15% sur le prix de leurs immeubles et approvisionnements et un intérêt de 10% sur celui de fabrication.
La première époque connue où des officiers d'artillerie ont été envoyés dans les manufactures d'armes date de 1718, la fabrication n'a pu y faire que des progrès bien peu sensibles jusqu'en 1763, parce que la plupart des officiers qui avaient été successivement nommés inspecteurs de ces divers établissements n'y apportaient aucune des connaissances relatives à la mission dont ils étaient chargés, qu'ils y étaient envoyés dans un âge trop avancé, que ces sortes de place leur étaient presque toujours données pour retraite, que les contrôleurs qui y avaient été établis, pour veiller à l'instruction de détail des ouvriers étaient pour la plupart inaptes, peu propres à s'acquitter des emplois dont ils étaient chargés, ou des fripons vendus aux entrepreneurs et que de cette manière de voir dérivait nécessairement un retard de connaissances sur une partie si intéressante du service militaire.
Il était réservé à Mr de Gribeauval (qu'in doit regarder avec justice comme le restaurateur de l'artillerie en France) de changer le régime de nos manufactures, comme il avait fait celui de nos arsenaux de construction, de nos fonderies, de nos forges de fer coulés, des officiers instruits et choisis par lui avaient été placés dans ces divers établissement, ceux qui furent envoyés dans les manufactures ne tardèrent pas par les lumières qu'ils y répandirent à perfectionner la fabrication ; elle y avait fait des progrès sensibles, lorsqu'en 1773, les suites du fameux procès suscité à Mr de Bellegarde, entrainèrent avec sa condamnation la chute des officiers employés dans les trois manufactures d'armes à feu et avec elle, celle du système d'ordre et d'administration que Mr de Gribeauval avait établi avec ses peines et ses soins infinis dans les divers établissements de l'artillerie.
En 1776, les manufactures d'armes furent de nouveau tirées de la barbarie, où les avaient plongés les discussions qui depuis 1773 divisaient le corps de l'artillerie, les officiers qui avaient été précédemment employés en qualité de subalterne en furent nommés les inspecteurs, leur constance à s'opposer aux abus, à veiller à l'instruction des ouvriers de toutes les classes, à les protéger contre les menées et les principes odieux de quelques fournisseurs, ont contribué à porter la fabrication de nos armes à un tel degré de perfection, qu'elle force aujourd'hui l'admiration des connaisseurs comme elles inspirent la plus grande confiance au soldat destiné à s'en servir à la guerre.
Les prix de nos armes ont varié d'après la nature et l'espèce des différents modèles proposés et envoyés dans les manufactures d'armes pour y être suivis et exécutés ; en 1718 le fusil de soldat ne coutait que 11 livres 15 sols y compris la baïonnette et son fourreau de 1 livre 5 sols, et le roi accordait (comme il l'a toujours fait depuis) en sus du marché passé entre lui et les entrepreneurs des passeports pour l'exemption des visites de la quantité de matières premières nécessaires à la fabrication de la fourniture ordonnée.
En 1728, les fusils y compris sa baïonnette fut porté à 13 livres 10 sols, ce prix se continue jusqu'en 1738 ou 1739, à cette époque il fut décidé que les baïonnettes ne se fabriqueraient plus dans les manufactures d'armes à feu, le fusil fut réduit à 12 livres 5 sols, augmenté ensuite de 10 sols à raison d'une baguette en fer substituée à celle de bois, ce qui portera le prix du fusil à 12 livres 15 sols.
En 1754, on le porta à 13 livres 15 sols
En 1755, à 14 livres 10 sols toujours sans baïonnette.
En 1763 à 20 livres également sans baïonnette, ce fusil était connu sous le nom de modèle pesant et en a gardé le nom.
En 1766 ce fusil en conservant ses formes apparentes a éprouvé une diminution dans le poids de ses garnitures et du canon, il a seulement été distingué du précédent par celui de modèle léger et toujours sous la dénomination du modèle de 1763.
En 1769, 1770 et 1771, il a éprouvé quelques changements et a été payé le même prix de 20 livres.
En 1773, une nouvelle compagnie de fournisseurs fut substituée à l'ancienne, le fusil dont le modèle fut alors adopté, ne fut d'abord payé que 18 livres, peu de mois après, 20 livres.
En 1774, un nouveau modèle fut encore proposé, mais peu de temps après de nouveaux ordres adressés dans les manufactures pour en interdire la fabrication et s'en tenir au précédent, c'est-à-dire à celui de 1773.
Ces détails ne seront peut-être pas jugés inutiles, ils serviront au moins à prouver avec quelle légèreté on a successivement passé d'un modèle à un autre, le grand nombre de ceux qui ont été proposés, rejetés ou adoptés pour les différents corps de troupes tant à pied qu'à cheval, et celles qui sont dans l'usage de l'armée sur le produit de leurs masses et à leur choix a toujours occasionné dans l'ensemble de l'armée une bigarrure infiniment désagréable pour ceux chargés de leur exécution et non moins onéreux pour les intérêts du roi.
L'établissement d'un nouveau modèle dans une manufacture, en suspend pendant un long temps, les opérations, il est une occasion de dégout pour les ouvriers qu'on amène difficilement à imiter les nouvelles propositions, qu'ils sont obligés de suivre pour la forge et la lime des différentes pièces qu'ils doivent livrer ; delà leurs prétentions à exiger des prix infiniment élevés de tout ce qui est nouveau pour eux, qu'il est bien difficile en faite d'amener à un point de réduction raisonnable sans occasionner des plaintes ou des menaces de leur part, des suspensions de travail.
Le choix et l'adoption d'un nouveau modèle pour telle espèce de troupes que ce soit, ne doit donc pas se faire légèrement, personne ne contestera que la fabrication des armes ayant été pareille pendant un grand nombre d'années par des officiers d'artillerie, eux seuls doivent continuer à être chargés de cette partie intéressante du service militaire, dont l'exécution se trouve si étroitement liée aux connaissances de la qualité du bois, fers, aciers, cuivres et charbon qui s'employent à la fabrication des armes, mais dans aucun cas ces mêmes officiers, ni les préposés du roi dans les manufactures, ne doivent proposer de modèles pour armer les troupes, leur adoption doit être faite par des officiers de l'arme a qui celle proposée doit servir, après avoir été soumise à une sévère discussion et elle ne doit enfin être admise pour modèle de fabrication et être exécutée et suivie dans une manufacture, qu'après avoir requis les observations de l'officier qui la dirige sur les avantages et les inconvénients qui pourraient se rencontrer dans la fabrication et l'usage de telle ou telle pièce de l'arme proposée.
Assurément si le pistolet actuel des troupes à cheval, dont le modèle a été adopté en 1777 soumis ensuite à des modifications en 1782, l'avoir été à un comité d'officiers de cavalerie, de hussards et de dragons, qui eussent profondément medité sur les avantages et les inconvénients de cette arme, il aurait été rejeté d'une voix unanime et les magasins du roi ne se trouveraient pas aujourd'hui surchargés d'une quantité assez considérable de ces pistolets que beaucoup de régiments de cavalerie ont refusé parce qu'ils les ont considéré avec raison comme des machines difficile à démonter et remonter et dont les pièces à remplacer étaient d'une exécution difficile et dispendieuse.
Ces observations ont été faites dans le temps à Mr de Gribeauval, il les avait accueilli mais feu M de St Germain alors ministre de la guerre les avait au contraire rejetés, et il tenait tellement à cette arme que pendant son ministère et plusieurs années après, on en a fait des fournitures considérables parce qu'il a bien fallu consommer les approvisionnements de toutes les pièces de sa fabrication que les entrepreneurs des trois manufactures avaient accumulé dans l'espérance qu'il leur serait donné des ordres de les employer.
Le fusil d'infanterie Mle 1777 dont la fabrication n'a point varié depuis cette époque, ne peut être exposé à une pareille critique, c'est la meilleure arme, la plus solide, la plus aisée à démonter et remonter qui ait jamais été mises entre les mains des troupes, tous les régiments d'infanterie dont les armes étaient hors de service, ont refusé les anciens modèles pour être armés de celui-ci, le régiment
des gardes françaises, celui d'infanterie de sa majesté, plusieurs régiments suisses dont l'usage de l'arme a leur choix, ont également donné la préférence à ce modèle, il y existe on en convient plusieurs pièces qui ne sont pas exemptes de critique, on les a indiqué, on a plusieurs fois proposé d'y en substituer d'autres moins exposées à être détériorées et lorsque ces changements seront adoptés, ce fusil ne laissera rien à désirer pour sa bonté, sa solidité et le parfait ensemble de ses pièces.
On s'est souvent plaint des augmentations successives qu'on éprouvé nos armes depuis plusieurs années, comme il importe de développer les motifs qui ont nécessité ces augmentations, on se les détaille de manière à prouver qu'elles tiennent à plusieurs causes et qu'on ne peut se flatter de rabaisser le prix auquel elles ont progressivement monté jusqu'à aujourd'hui, sans craindre de voir tomber nos manufactures dans le dépérissement et le discrédit ou elles étaient en 1775, d'où Mr de Gribeauval avait jugé important de les tirer, en plaçant à la tête de ces établissements des officiers qui en connaissant tous les détails et dont le zèle se porterait à en détruire les abus.
Depuis l'année 1718 (qui est la première époque ou des officiers d'artillerie ont été envoyés dans les manufactures d'armes pour en être les inspecteurs) jusqu'en 1776, on a vu que le prix du fusil a progressivement monté, sans y comprendre la baïonnette, de 10 livres 10 à 20 livres...
Lorsqu'il s'agissait d'en régler le prix, on envoyait le modèle proposé dans une manufacture, l'entrepreneur faisait sa soumission et le marché était aussitôt arrêté entre le ministre et lui.
Cette manière de traiter des intérêts du roi, n'était pas sans inconvénients parce que l'entrepreneur dans la vue de tirer le meilleur parti de son marché avec le roi, n'en arrêtait aucun particulier avec les ouvriers, qu'il employait à lui fournir telle ou telle pièce de l'arme, mais les conditions du fournisseur n'étaient pas plutôt réglées avec le roi que le malheureux ouvrier (qui n'avait reçu que des acomptes pour prix de sa main d'oeuvre) qui le mettaient au désespoir et le disposaient à être infidèle dans ses livraisons.
 
Lettre du 29 septembre 1789
J'ai eu l'honneur de vous rendre compte dans le temps, monsieur et cher directeur, de la suspension de la fabrication du modèle de 1777, par ordre du conseil de la guerre. J'ai eu aussi celui de vous marquer que les entrepreneurs avaient demandé à vendre au profit du roi les pièces détachées qui leur restaient en magasin pour la confection des commandes de la cour relatives à cette arme. Cette demande de leur part n'était pas fort décente, cependant ils l'ont obtenue. Mr Mezance subdélégué de cette ville a procédé à cette vente suivant les formes d'usage : elle a produit peu de choses, comme je l'avais annoncé au ministre dans le temps : elle a même trainé longtemps, faute d'amateurs. Enfin elle vient d'être terminée. J'ai l'honneur de vous envoyer ci-joint un double du procès verbal que j'ai adressé au ministre.
Le lettre de Mr le Comte de Puységur qui m'autorisait à faire faire la vente en question, portant de réserver les canons, chiens, batteries et baguettes pour servir au pistolet du modèle à venir, j'ai fait mettre les dites pièces au dépôt du roi sur le récépissé du garde d'artillerie qui les représentera, lorsqu'on en aura besoin.
Ainsi nous voila débarrassés de cette arme, un peu machine à la vérité, mais que l'on aurait du conserver en y faisant les changements que vous aviez proposés. Mais en France on aime mieux détruire que de corriger, c'est une maladie couteuse. Dieu veille qu'enfin on nous donne un pistolet qui n'éprouve plus de contradiction, surtout qu'il ne soit pas de blanc, car il serait encore machine et pire que le premier.
Signé Delespinasse.
 
 
Autre mémoire, extraits :
Ces estimations faites, Mr de Gribeauval les remis à Mr le Comte d'Agoult et le chevalier de l'Espinasse qui eurent ordre de se rendre à Paris pour les examiner, et lui en faire leur rapport. Les entrepreneurs avaient acheté le 26 février 1777 du sieur de Monthieu les batiments, ateliers et magasins compris entre la place Chavanelle et la rue Valbenoite, plus les usines appelées les grandes molières, le tout 80 000, le Commissaire estimait les mêmes objets 125 957.4c.3d. Savoir 116 957.4c.3d. Les bâtiments perçant de la place Chavanelle à la rue Valbenoite et 8999.10c. Les grandes molières. C'était une plus value assez considérable dans le court espace de 10 ans (à compter du 26 février 1777 au 1er janvier 1787) environ. Cette considération n'empêcha pas les inspecteurs de laisser les bâtiments et usines de la manufacture au prix où le Commissaire les avaient portés, se contentant d'en distraire suivant l'ordre de Mr de Gribeauval et du ministre les bâtiments qui n'étaient pas réellement employés au service. Ces soustractions faites, les bâtiments utiles se trouvèrent encore monter à 149 085. 8c.2d ce qui ne différait que 914.11c.10d de l'estimation qui avait été faite de la totalité des bâtiments en 1785. Ainsi les entrepreneurs ne pouvaient pas se plaindre puisqu'ils avaient encore à peu près les mêmes intérêts pour une partie de leurs immeubles, que ceux qu'on leur avait alloué pour la totalité en 1785, et qu'ils avaient eu en plus bénéfice tous leurs logements et magasins du commerce.
 
Goupilles
On n'a pas fait usage du fil d'acier pour goupille en 1785, 1786 et 1878. Ce n'est qu'en 1788 qu'on en a employé dans la monture des armes, par la difficulté qu'on a éprouvé, précédemment à s'en procurer. Il suffit de 30 livres de ce fil étiré en approvisionnement parce qu'une livre donne 220 goupilles et que les forges du sieur Jourgeon, d'où on le tire ne sont qu'à deux lieues de St Etienne.
 
 
Mémoire pour rendre compte à Mr d'Agoult de la situation de cette manufacture (St Etienne)
Mr Delespinasse se conformant à la lettre que mr d'Agoult lui a fait l'honneur de lui écrire pour lui demander de lui faire connaitre les circonstances du ralentissement des travaux de cette manufacture, a l'honneur de lui rendre compte que la cause de ce ralentissement est l'avantage que les ouvriers trouvent à se livrer aux ouvrages du commerce. Les prix des fusils de traite sont plus que doublés, quoique ces armes soient reçues sans examen. C'est plus qu'il n'en faut pour décider les ouvriers à préférer cet ouvrage à celui de la manufacture que leur est beaucoup moins payé.
Mr le chevalier Delespinasse n'a pas cru devoir augmenter les prix des armes du roy parce que c'eût été gâter le métier, et faire monter la fabrication à un prix d'où il eût ensuite été fort difficile de la faire descendre.
Il faut donc, comme le chevalier Delespinasse a eût l'honneur de le marquer au mr le Comte de la Tour du Pin et suivant l'observation même de Mr d'Agoult dans ses lettres des 26 et 29 septembre dernier laisser passer la presse actuelle du commerce, les ouvriers reviendront ensuite d'eux mêmes à la manufacture.
Dans l'état actuel il est resté quelques monteurs fidèles, mais en très petit nombre. Les rhabilleurs doivent monter aussi, lorsqu'ils auront coulé à fonds le peu d'anciennes armes qui restent encore à finir dans les dépôts de la manufacture. De cette manière, Mr le chevalier Delespinasse entretiendra encore un peu le mouvement de la machine jusqu'au temps du retour naturel des ouvriers.
Par une suite inévitable du ralentissement des ouvrages, il se fait peu de platines et de garnitures, ce n'est pas un mal parce que le roi faisant très peu d'armes, ce serait une surcharge pour lui de payer des intérêts de trop forts approvisionnements en matières ouvrées. Par cette même raison, on a cru devoir diminuer un peu la fabrication des canons qui devenait trop forte. D'un autre côté les bois dont l'approvisionnement est encore au dessous du taux ordinaire se relèveront jusqu'à la renaissance des travaux.
Ainsi telle est la marche que suit Mr le chevalier Delespinasse, de laisser diminuer les parties de l'approvisionnement qui sont trop fortes et qui aujourd'hui s'affaiblissent d'elles mêmes, telles que les platines et garnitures ; de ralentir la fabrication de celles qui pourraient devenir trop considérables comme les canons, et enfin de relever les parties qui ne sont pas encore en mesure avec les besoins du service, telles que les bois.
Il ne faut donc pas que le déclin actuel des travaux de cette manufacture la fasse regarder comme perdue ni même en danger pour la suite. La seule perte pour le roi, c'est que faisant peu d'armes, il n'en paiera pas moins les intérêts des bâtiments et des approvisionnements effectifs que les entrepreneurs auront pour son service. Mais au retour des travaux, la fabrication reprendra avec avantage et sans dépendre des ouvriers parce qu'alors on aura 15 000 canons bons pour le service, distraction faite des rebuts qu'on aura eût le temps de démolir, à peu près 3500 platines ; le même nombre de garnitures complètes et enfin un approvisionnement complet en bois.
Telle est la situation de cette manufacture dont le chevalier Delespinasse a l'honneur de rendre compte à Mr d'Agoult, situation qui n'a comme on le voit, rien d'alarmant puisqu'au contraire elle se trouvera convenablement approvisionnée lorsque ces ouvriers reviendront et qu'on ne doit pas regarder ces derniers comme perdus ni désertés mais seulement détournés pour un temps par le commerce qui leur offre un bénéfice auquel il est difficile qu'ils résistent, et dont il serait même inhumain de les empêcher de profiter...
St Etienne le 7 octobre 1789
Signé Delespinasse
 
Paris le 1er octobre 1790 à Mr Dagoult
J'ai reçu le mémoire que vous m'avez adressé par lequel je vois que les ouvriers de la manufacture de Charleville abandonnent le travail de l'artillerie pour s'occuper de celui du public qui leur procure plus de bénéfice. Le moyen que vous a présenté Mr de St Sernin d'augmenter le prix de la main d'oeuvre des équipeurs monteurs pourrait les ramener au travail de la manufacture, mais cette augmentation serait dangereuse et deviendrait bientôt inutile ainsi que vous l'avez observé vous même sur une pareille proposition faite par la manufacture de St Etienne. Dans ces circonstances il convient d'attendre un nouvel ordre de choses et je vous prie d'en informer Mr de St Sernin.
Je vois aussi d'après ce que vous me marquez, que les 3 manufactures ensemble ne fabriqueront cette année qu'environ 17 000 armes au lieu de 23 000 dont elles ont la commande, d'où il suit que le fusil coutera fort cher surtout à St Etienne et Charleville qui en feront beaucoup moins qu'à Maubeuge. Comme les prix varient d'une année à l'autre, et que l'on est aujourd'hui en état de les régler par les connaissances que les inspecteurs des manufactures se sont procurées, je leur mande, ainsi que vous le verrez par la copie ci-jointe de la lettre que je viens de leur écrire à ce sujet, de diriger leur travail sur la fixation de ces prix pour chaque arme, de manière qu'ils puissent être réglés au premier janvier prochain.
Signé Mr de la Tour du Pin
 
Corps royal de l'artillerie, manufacture d'armes à feu - 8 mai 1791
Observations sur les prix des armes fabriquées par les manufactures en 1790 pour être jointes au décompte de la même année :
 
Les armes fabriquées à St Etienne en 1790 ont été plus chères que celles que cette manufacture a fournies les années précédentes par la raison qu'elle n'a fait en 1790 que 2069 armes et que le roy ne lui en a pas moins payé les intérêts de ses immeubles et approvisionnements, comme si elle avait fourni 12 000 armes qui sont le taux ordinaire de sa fabrication.
Les armes faites à Charleville dans le cours de la même année ont aussi été plus chères que celles des années précédentes, parce que cette manufacture n'a fait qu'une partie des armes convenues et qu'on lui a tenu compte des intérêts de ses immeubles et approvisionnements calculés sur 12 000 armes.
Pour obvier à cet inconvénient pour la suite, on est convenu par le nouveau traité proposé aux manufactures, qu'à date du 1er janvier 1791, il ne leur serait payé d'intérêt de leurs immeubles et approvisionnements que proportionnellement aux quantités d'armes qu'elles fourniraient, mais on n'a pas donné d'effet rétroactif à cette convention, ni de le faire, parce que si les entrepreneurs de St Etienne et de Charleville par exemple, ont fait peu d'armes en 1790, ce n'a pas été de leur faute, mais parce que les circonstances impérieuses de la révolution leur ont enlevé la majeure partie de leurs ouvriers, et qu'ils n'en ont point eûs. Les approvisionnements pour 12 000 armes, qu'ils étaient tenus par le règlement d'avoir en magasin.
Très intéressant
Des noms inconnus dans cette partie
Wink
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