ASTRA 400

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ASTRA 400

Message  HELIX le Sam 27 Oct 2012, 16:32

L’ASTRA 400
Sources /
- Gazette des Armes N°176 (par Bernard Meyer), N° 191 (par François Marchetti), N° 202 (par Bernard Meyer), N° 248 (par Jean-Pierre Bastié), N° 253 et 254 (par Luc Guillou)
- « Les pistolets Astra » par Luc Guillou et Philippe Gourio
- « The Astra tubular slide pistols, models 400, 300, 600 Etc » par Ed Buffaloe
- Wikipedia, Littlegun, forums espagnols et autres recherches et photos personnelles
- Liens principaux /
http://www.9mmlargo.com/400/index.htm
http://www.hlebooks.com/


/L’ASTRA 400 – Généalogie :
A/ Des origines de la firme au Campo-Giro

A1/La firme Esperanza y Unceta

Don Juan Esperanza, un fin mécanicien, s’associe à Don Juan Pedro de Unceta-Baerenechea Cendoya pour fonder leur firme le 17 juillet 1908 à Eibar, dans le berceau basque dont est issue la longue lignée d’armuriers à laquelle appartient le second.
Ainsi, tout comme pour la firme Bergmann (sur le Bergmann-Bayard, voir discussion ici : http://www.tircollection.com/t7509-le-pistolet-bergmann-bayard-ouvrage-de-nparra :…), la vocation initiale de sous-traitance de pièces détachées mécaniques peut se trouver rapidement complétée par la production d’éléments destinés au montage des pistolets réalisés par les nombreux artisans locaux.
Si l’obtention des contrats militaires est à l’époque soumise à forte concurrence, le marché civil est très porteur et la vogue des pistolets automatiques Browning 1906 conduit à sa déclinaison en de multiples copies par les artisans basques.
Esperanza y Unceta va proposer à son tour sa propre version, sous la marque « Victoria », un » modèle 100 » ou « modèle 1911 », en 6,35 mm ou 7,65 Browning, de type « hammerless », pouvant être porté commodément en poche.








Cependant, une opportunité d’investir le marché militaire apparait lorsque l’armée espagnole, mécontente des délais de livraison des 3000 exemplaires du Bergmann (Mars) 1905 (devenu 1908, livré 3 ans après la commande initiale), manifeste son intention de privilégier une production nationale. L’entreprise va connaitre son premier développement majeur en participant au contrat de fabrication des pistolets Campo-Giro dès 1912, ce qui l’obligera à trouver des locaux plus vastes à Guernica en 1913.
(sur l’intérêt architectural de la fabrique, voir ici : http://tourisme.euskadi.net/fr/patrimoines-culturels/usine-astra-unceta-y-cia/x65-12375/fr/)





A2/Le Campo-Giro
Sur le Campo-Giro, voir discussion ici : http://www.tircollection.com/t5806-le-campo-giro

Dès 1900, le lieutenant-colonel d’artillerie Venancio Lopez de Ceballos y Aguirre, Comte de Campo-Giro, entreprend l’étude d’un pistolet automatique au fonctionnement original. Cependant, son prototype réalisé à l’arsenal d’Etat d’Oviedo sur autorisation en 1903/1904 (platine à simple action, chien apparent, chambré pour la 9 para), ne retient pas la faveur de l’Etat-Major espagnol après le dépôt du brevet le 25 janvier 1905.





Les difficultés rencontrées par Bergmann motivent la reprise du projet de Campo-Giro, dont un second prototype est réalisé dès 1910, 25 exemplaires dont les essais sont achevés le 30 juin 1912 et validés par décret royal du 24 septembre 1912.





Une modification majeure, l’abandon de la biellette et des verrous au profit d’une culasse non calée, ceci à l’issue de l’expérimentation intensive d’un premier millier d’exemplaires. Sous le nom de « modelo 1913 », le Campo-Giro y a gagné sa ligne élégante, fruit de l’augmentation tubulaire nécessaire pour supporter le puissant ressort récupérateur et la cartouche de 9 mm Campo-Giro ;

La mystérieuse cartouche de 9 mm Campo-Giro (jugée d’une vélocité supérieure à la 9mm Bergmann-Bayard, ce qui pourrait être dû au canon plus long du Campo-Giro) est similaire à la 9 Largo fabriquée par la firme Pirotecnia Militar de Sevilla, mais néanmoins différente :
( lire l'article "Mémoire descriptif du pistolet automatique Campo Giro. Calibre 9 mm. - patente N. 34.798. - 1904" publié par celui qui était alors le Commandant d'État Major D. Venancio Lopez De Ceballos y Aguirre, Comte de Campo Giro, dans le "Memorial d'Artillerie" de juin 1906 (année 61, Serie V, Tome I), dans lequel il parlait d'une munition qui, balistiquement ressemblait peu à la 9 mm Bergmann, mod. 1903) :
• Cartouche : Calibre 8,81 mm. Catégorie guerre. Type Campo Giro. Ordinaire. Modèle 1913. Long 32. poids 12,92 g.
• Ogive : Type Arrondie, rome. Blindée. Cuproniquel. Plomb antimonioso. Longueur 16. Diamètre 9,1. Poids 128 grains.
• Capsule : Type Berdan. 18 milligrammes de mélange détonant. Laiton 72/28. Diamètre 4,5. Poids 2.31 grains.
• Douille : Type cylindrique, entaillée. Avec rainure. Laiton 72/28. Longueur 23. Poids 63,27 grains.
• Poudre : Fil. 41 (6,17 grains) Progressive. Sans fumée. Une base. Lamelles.
• Caractéristiques balistiques : Vitesse initiale 355 M/s. Énergie a la bouche 53 Kpm. pression en chambre moins de 2500 Kp/cm². Portée max 2000 m, Portée efficace 50 m. Perfore 10 cm de bois de pin a 50 mètres.










Si le modèle 1913 sera également civil (340 exemplaires sur les 1300 unités de la « pré-série » livrée dès décembre 1914), la seconde génération appelée 1913/1916 (13 625 exemplaires encore légèrement améliorés en 1915), devient le pistolet réglementaire de l’armée espagnole avec la dénomination Pistª Autª mod.1913 après le second décret royal du 5 janvier 1914 qui valide les modifications apportées depuis l’expérimentation du premier modèle en 1912. Sa production, contrariée par celle prioritaire du Ruby, cesse en 1919.

En haut, le modèle 1913/16 ; dessous le 1913 :










-


Dans sa version ultime, les plaquettes de crosse ne sont plus en corme, devenue difficile à trouver, mais en bois quadrillé, renforcées par une seconde vis, le levier de la sûreté manuelle étant redessiné pour rendre l’arme plus ergonomique.

Accessoires, démontages, éclatés :















Les marquages sont inscrits pour l’essentiel sur l’arrière de la glissière.











A3/ Du Campo-Giro à l’Astra 400

En 1914, afin de désigner ses propres modèles, la manufacture dépose la marque commerciale « Astra ». A compter du 25 novembre 1914, les différents modèles commencent à être distingués par des numéros multiples de 100 (le Victoria en 6,35 mm devient ainsi l’Astra 1911, une nouvelle copie du Browning 1906 devient pour sa part l’Astra 200…),





mais la production principale (150 000 exemplaires) sera le Ruby pour l’armée française durant la première guerre mondiale, en sous-traitance de la firme Gabilondo.






L’armistice nécessite alors la conception d’un nouveau produit, ce sera un successeur au Campo-Giro légèrement vieillissant (qui demandait 3 mains pour le démontage…) et menacé par l’apparition de l’excellent « Star », copie du colt 1911 en 9 para du concurrent Bonifacio Echevarria.
Le Campo-Giro sera toutefois encore en usage dans les deux camps de la guerre civile espagnole,

Les droits et patentes sur son pistolet sont abandonnés par le Comte juste avant sa mort le 22 mai 1916, après un accident équestre, au profit de Don Juan Esperanza, et on peut ainsi appeler le Campo-Giro le « grand-père de tous les Astra (F.Marchetti)».

Le « fils » sera l’Astra 400, arme de légende qui sera exportée en Amérique du sud, en Allemagne, en France, après modification dès 1920 pour simplifier la construction (chien interne) et le démontage (similaire à celui du Browning 1910).
Les deux armes sont indissolublement liées :



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Re: ASTRA 400

Message  HELIX le Sam 27 Oct 2012, 16:35

L’Astra 400 – de la période 1921/1936 à la guerre civile espagnole

L’Astra 400 est donc retenu comme modèle officiel de l’armée espagnole en août 1921 en tant que Pistola de 9mm Modelo 1921, à l’issue d’une série de tests d’endurance probants avec notamment le tir d’un millier de cartouches sur et sous-chargées. (l’arme sera plus tard décrite par la Wehrmacht comme « solide comme un tank »).





Les caractéristiques de l’Astra 400, développées dans les prochains articles, sont notamment la simplification considérable du mécanisme par rapport au Campo-Giro : pas de système de retour à l’ouverture de la culasse, « l’inertie de la lourde glissière et la force du ressort récupérateur logé autour du canon, suffisant pourtant à assurer un parfait fonctionnement de l’arme » (Luc Guillou). Gage de ses qualités, il restera en service dans certaines unités militaires et dans les forces de police jusque dans les années 60, après la fin de sa fabrication en 1946.

-


A partir de 1921, le destin de la firme est étroitement lié aux événements intérieurs et extérieurs, et certaines dates vont rythmer son évolution :





D’autres dates importantes vont s’inscrire dans ce calendrier : En 1926, après le retrait de Juan Esperanza, la famille Unceta prend le contrôle de la firme qui devient « Unceta y Compania », puis sous la nécessité d’intégrer la marque commerciale Astra : « Astra Unceta y Compania ». Dès 1922, la firme crée une filiale chinoise, tant les copies du C96 sont recherchées par les seigneurs de la guerre, ce qui aboutira à la production de l’Astra 900 et ses dérivés.






Enfin, il semble qu’un Rufino ( ?) Unceta ait succédé à Pedro Unceta au décès de celui-ci en 1934.

- La période 1921/1936

La production réalisée au bénéfice du gouvernement espagnol et du gouvernement républicain autonome basque est la suivante
M 400, modèle 1921/ destination jusqu’en avril 1937.
• République espagnole : 35 000 unités environ
• Garde civile : 10 300 unités environ
• Agents des douanes : 1 400 unités environ
• Corps de sécurité : 227 unités
• République espagnole marine : 1 650 unités
• Marine du Chili : 842 unités exportées
• Gouvernement basque /14 800 unités

D’autres exemplaires ont une vocation civile, sans grand succès compte tenu de leur prix élevé.




Cependant, les prémices de la guerre civile s’inscrivent dans une succession de bouleversements sociaux, d’événements insurrectionnels, de faits divers provoqués par les milices ouvrières et nationalistes et d’instabilité politique, notamment dans les années trente. Dans ce contexte, Unceta refuse de collaborer avec le nouveau gouvernement basque issu des élections de 1936 et rejoint plus tard les troupes rebelles franquistes ;

- La guerre civile espagnole
Dans un contexte troublé où les élections de 1936 n’assurent pas la légitimité du gouvernement, les forces carlistes et la Phalange soutiennent le coup d’état militaire préparé par certains généraux depuis 1934. L’assassinat du député monarchiste Juan Calvo Sotelo le 13 juillet 1936 est suivi du soulèvement le 17 juillet au Maroc des troupes indigènes sous le nouveau commandement du Général Franco.





Au bout d'une semaine, le pays est coupé en deux zones de superficies à peu près égales : d'un côté les nationalistes, de l'autre les républicains, qui conservent les régions les plus riches, les plus industrielles et les plus urbanisées (Catalogne, Madrid, Guipuscoa, Biscaye, Asturies, Levant).





L’arme est emblématique de la lutte des républicains et a été souvent photographiée « en situation »

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Cependant, les troupes rebelles vont lentement progresser, et en avril 1937, après le bombardement de Guernica (ici peint par Picasso) :





La firme, dont les employés avaient continué de travailler pour les républicains, est à nouveau dirigée par Unceta et va réorienter sa production au bénéfice des troupes franquistes et des forces de l’Axe, avec cette production de l’Astra, parmi d’autres modèles :

M 400, modèle 1921/ destination après avril 1937 :
• Troupe nationaliste : 825 unités (destination inconnue)
• Armée nationaliste (Franco) : 27 125 unités
• Armée IIIe Reich : 6 000 unités exportées





Toutefois, les républicains souhaitent continuer de produire l’Astra 400, et à la chute de Guernica, le gouvernement installe deux arsenaux militaires, l’un dans la région de Barcelone (le modèle dit « Ascaso »), l’autre dans la région de Valence (le modèle dit « RE »), dont les caractéristiques seront développées dans les prochains articles.

Lors du franchissement du col du Perthus par les réfugiés en déroute en 1938, la plupart des pistolets républicains seront remis aux mains des douaniers et des gendarmes, lesquels en conservèrent sans doute un certain nombre qui trouva son emploi dans les mains des FFI ;

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Il est difficile de trouver des photos d’Astra entre les mains des troupes franquistes, pour des raisons matérielles évidentes, aussi l’Astra est-il considéré par beaucoup comme « la pistola de la republica ».

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Aujourd’hui, l’Astra est fréquemment associé à toute forme de commémoration républicaine :








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